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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2301683

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2301683

mardi 2 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2301683
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantCOUSIN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil a examiné la requête de Mme B... contestant les délibérations du conseil d'administration de l'Office public de l'habitat (OPH) d'Aulnay-sous-Bois du 13 janvier 2023, qui ont retiré une précédente délibération de licenciement pour faute et prononcé un nouveau licenciement pour faute grave. La requérante invoquait notamment des vices de procédure, l'absence de communication de son dossier individuel, le non-respect des délais de convocation et le caractère disproportionné de la sanction. Le tribunal a rejeté l'ensemble des moyens soulevés, considérant que la procédure était régulière et que les faits reprochés étaient établis et justifiaient le licenciement pour faute grave. En conséquence, la demande d'annulation des délibérations a été rejetée, et la demande de provision formée par l'OPH a été accueillie, condamnant Mme B... à reverser la somme de 154 911,71 euros perçue au titre de l'indemnité de licenciement annulée.

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et des mémoires, enregistrés les 9 février 2023, 7 mai, 23 mai et 24 juin 2025, sous le numéro 2301683, Mme A... B..., représentée par Me Cousin-Mikowski, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d’annuler la délibération n° 2023-01 du 13 janvier 2023 par laquelle le conseil d’administration de l’Office public de l’habitat (OPH) d’Aulnay-sous-Bois a retiré la délibération du 30 septembre 2022 prononçant son licenciement pour faute et la délibération n° 2023-2 du 13 janvier 2023 procédant à son licenciement pour faute grave ;

2°) de mettre à la charge de l’OPH d’Aulnay-sous-Bois la somme de 10 000 euros au titre des dispositions de l’article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- les mémoires en défense produits par l’OPH d’Aulnay-sous-Bois sont irrecevables dès lors qu’il ne justifie pas que son directeur général ait été autorisé par le conseil d’administration à ester en justice ;
- les délibérations du conseil d’administration de l’OPH du 13 janvier 2023 sont entachées de vices de procédure :
. il n’est pas justifié que le délai de convocation prévu par les dispositions de l’article R.421-3 du code de la construction et de l’habitation a été respecté ;
. les membres du conseil d’administration n’ont pas été suffisamment informés pour leur permettre de délibérer valablement ;
. son dossier individuel ne lui a pas été communiqué malgré une demande en ce sens ;
. les observations de Mme B... n’ont été ni lues en séance ni annexées aux délibérations ;
. il n’est pas établi que les dispositions de l’article R.421-1 du code de la construction et de l’habitation aient été respectées ;
- l’OPH d’Aulnay-sous-Bois ne justifie pas de la transmission au représentant de l’Etat des délibérations la concernant conformément aux dispositions de l’article L.2131-12 et du 5° de l’article L.2131-2 du code général des collectivités territoriales ;
- la notification des délibérations attaquées méconnaît les dispositions de l’article R.421-18 alinéa 11 du code de la construction et de l’habitation ;
- la délibération n° 2023-01 du 13 janvier 2023 retirant la délibération n° 2022-16 du 30 septembre 2022 procédant au licenciement de Mme B... pour faute méconnaît les dispositions de l’article L.242-1 du code des relations entre le public et l’administration dès lors qu’elle n’était pas illégale ;
- le conseil d’administration de l’OPH d’Aulnay-sous-Bois ne pouvait retirer la délibération prononçant son licenciement pour et infliger une sanction plus sévère à raison des mêmes fautes ;
- la délibération n° 2023-01 du 13 janvier 2023 procédant à son licenciement pour faute grave est fondée sur les mêmes faits que ceux retenus pour justifier son licenciement pour faute ;
- elle est fondée sur des faits qui ne sont pas matériellement établis ;
- certains des faits reprochés sont prescrits ;
- ces faits ne constituent pas des fautes de nature à justifier une sanction ;
- la sanction de licenciement est disproportionnée eu égard aux faits reprochés ;
- la délibération la licenciant pour faute grave est entachée d’un détournement de procédure et de pouvoir dès lors qu’elle s’inscrit dans une démarche de mise à l’écart voire d’un harcèlement institutionnel.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 4 avril, 12 mai et 10 juin 2025, l’Office public de l’Habitat d’Aulnay-sous-Bois, représenté par Me Morandi, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme B... au titre des dispositions de l’article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B... ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 25 juin 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 15 juillet 2025.


II. Par une requête et des mémoires enregistrés les 11 décembre 2023, 12 mai et 11 juin 2025, sous le numéro 2314734, l’Office public de l’habitat (OPH) d’Aulnay-sous-Bois, représenté par Me Morandi, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article R.541-1 du code de justice administrative :

1°) de condamner Mme A... B... à lui verser la somme de 154 911,71 euros à titre de provision sur l’indemnité de licenciement qu’elle doit lui reverser à la suite du retrait de la délibération du 30 septembre 2022 prononçant son licenciement pour faute ;

2°) d’ordonner que cette somme soit versée dans un délai de quinze jours à compter de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de Mme A... B... la somme de 2 000 euros sur le fondement de l’article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- sa requête en référé-provision est recevable dès lors qu’il ne bénéficie pas du privilège du préalable ;
- sa créance n’est pas sérieusement contestable dès lors qu’il a versé la somme de 154 911,71 euros à Mme B... en exécution de la décision de licenciement pour faute et que le fondement du versement de cette somme a disparu dès lors que la décision portant licenciement pour faute a été retirée par une délibération de son conseil d’administration du 13 janvier 2023 ;
. le licenciement pour faute grave est exclusif de toute indemnité ;
. le caractère exécutoire de cette décision rend la créance exigible.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 janvier 2024, Mme A... B..., représentée par Me Cousin-Mikowski, conclut au rejet de la requête et à ce qu’une somme de 3 500 euros soit mise à la charge de l’Office public de l’habitat d’Aulnay-sous-Bois au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors que son recours tendant à l’annulation des délibérations du 13 janvier 2023 retirant la décision de licenciement pour faute et prononçant son licenciement pour faute grave est toujours pendant devant le tribunal ;
- la créance de 154 911,71 euros est sérieusement contestable dès lors qu’elle comprend le prorata de la prime semestrielle, le solde des congés annuels et la monétisation de son compte épargne temps, que le calcul de l’indemnité de licenciement est erroné, que dans l’hypothèse d’une annulation des délibérations du 13 janvier 2023, il appartiendra à l’OPH d’Aulnay-sous-Bois de la réintégrer et de lui verser les salaires qu’elle n’a pas perçus durant son éviction et que les délibérations du 13 janvier 2023 sont entachées d’illégalité.

Par une ordonnance du 22 décembre 2023, la clôture de l’instruction a été fixée au 2 février 2024.


Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Biscarel,
- les conclusions de M. Le Merlus, rapporteur public,
- et les observations de Me Cousin-Mikowski, représentant Mme B... et de Me Morandi, représentant l’OPH d’Aulnay-sous-Bois.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A... B... occupait les fonctions de directrice générale de l’Office public de l’habitat (OPH) d’Aulnay-sous-Bois depuis le 1er décembre 2014. Par une délibération du 30 septembre 2022, notifiée le 11 octobre suivant, le conseil d’administration a prononcé son licenciement pour faute et a arrêté l’indemnité de licenciement à la somme de 142 240,60 euros. Le 13 décembre 2022, l’OPH d’Aulnay-sous-Bois a informé l’intéressée du prochain retrait de la délibération du 30 septembre 2022 au motif que la sanction prononcée n’était pas proportionnée à la gravité des fautes commises. Par une délibération n° 2023-01 du 13 janvier 2023, le conseil d’administration de l’OPH d’Aulnay-sous-Bois a retiré la délibération du 30 septembre 2022 et par une délibération n° 2023-2 du même jour a prononcé le licenciement pour faute grave de Mme B.... Par une requête n° 2301683, Mme B... demande au tribunal d’annuler les délibérations n° 2023-01 et n° 2023-02 du 13 janvier 2023. Par une requête n° 2314734, l’OPH d’Aulnay-sous-Bois a saisi le juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article R.541-1 du code de justice administrative, de conclusions tendant à la condamnation de Mme A... B... à lui reverser la somme totale de 154 911,71 euros au titre de l’indemnité de licenciement qu’elle a perçue.

2. Les requêtes n°s 2301683 et 2314734 concernant la situation d’une même personne, présente un lien de connexité et ont fait l’objet d’une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

3. D’une part, aux termes de l’article R.421-20-4 du code de la construction et de l’habitation : « I. - Le licenciement du directeur général est prononcé par le conseil d'administration sur proposition écrite et motivée du président.(…)/ II. ― Préalablement à la saisine du conseil d'administration, le président communique par écrit à l'intéressé sa proposition de licenciement et l'informe de son droit à obtenir la communication de son dossier individuel, à présenter ses observations et à être assisté d'un défenseur de son choix. / Sauf dans le cas de licenciement pour faute grave, la cessation de fonctions ne prend effet qu'après un préavis de trois mois pendant lesquels la rémunération est maintenue. Le président peut dispenser l'intéressé d'exécuter tout ou partie du préavis./ Sauf dans le cas de licenciement pour faute grave, le directeur général qui n'a pas la qualité de fonctionnaire recruté par voie de détachement a droit à une indemnité calculée par référence à la rémunération brute de base du dernier mois précédant la notification du licenciement et qui ne peut être inférieure à deux mois de rémunération par année entière d'ancienneté, entendue de date à date, dans la limite de vingt-quatre mois de rémunération. Toute fraction de service égale ou supérieure à six mois est comptée pour un an ; toute fraction de service inférieure à six mois n'est pas prise en compte. Sont pris en compte pour l'ancienneté les services exercés en qualité de directeur général de l'office public de l'habitation ainsi qu'en qualité de directeur général de l'office public d'aménagement et de construction ou de directeur de l'office public d'habitat à loyer modéré préexistant à celui-ci et transformé en office public de l'habitation. L'indemnité est payée en totalité le dernier jour du préavis ou à la date d'effet de la dispense d'exécution du préavis. ».

4. D’autre part, aux termes de l’article L.243-3 du code des relations entre le public et l'administration : « L'administration ne peut retirer un acte réglementaire ou un acte non réglementaire non créateur de droits que s'il est illégal et si le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant son édiction.» et aux termes de l’article L. 243-4 du même code : « Par dérogation à l'article L. 243-3, une mesure à caractère de sanction infligée par l'administration peut toujours être retirée ».

5. Une décision de sanction ne crée de droits acquis ni au profit de l'autorité investie du pouvoir disciplinaire, ni au profit des tiers, de sorte qu’elle peut être retirée sans porter préjudice à ceux-ci. Si la sanction prononcée, en tant qu’elle est défavorable à la personne sanctionnée, ne saurait davantage être regardée comme créatrice pour cette personne d’un droit d’être sanctionné qui ferait obstacle à son retrait, il résulte toutefois du principe général du droit de non-aggravation qu’une fois la sanction devenue définitive, la personne sanctionnée acquiert en revanche le droit de ne pas se voir infliger une sanction plus lourde à raison des mêmes faits.

6. Il ressort des pièces du dossier que par une délibération n° 2022-16 du 30 septembre 2022, Mme B... a été licenciée pour faute au motif du climat dans lequel s’est déroulé le conseil d’administration du 22 juin 2022 et plus généralement du climat social au sein de l’office de nature à nuire à la bonne exécution du service public et caractérisant une mauvaise gestion de l’office, de l’absence de signature du protocole transactionnel pour mettre fin au conflit social en lien avec la mutuelle des salariés, de retards dans le règlement des factures de certains prestataires et du déplacement hors des locaux, en juillet 2022, de dossiers entiers paralysant l’activité de l’office. Il ressort également des pièces du dossier que, par une délibération n° 2023-01 du 13 janvier 2023, le conseil d’administration de l’OPH d’Aulnay-sous-Bois a retiré cette délibération au motif que la sanction infligée n’était pas proportionnée à la gravité des fautes commises et que ces dernières justifiaient une sanction plus sévère. Il ressort ainsi des termes mêmes de la délibération n° 2023-02 du 13 janvier 2023, qu’il a entendu sanctionner plus lourdement Mme B... à raison des mêmes faits en lui infligeant la sanction de licenciement pour faute grave. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le conseil d’administration de l’OPH d’Aulnay-sous-Bois ne pouvait pas retirer la délibération du 30 septembre 2022 la licenciant pour faute, devenue définitive, pour prendre une sanction plus lourde de licenciement pour faute grave à raison des mêmes faits. Par suite, Mme B... est fondée à soutenir que les délibérations n°2023-01 et n°2023-02 du 13 janvier 2023 sont entachées d’illégalité.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir tirée de l’irrecevabilité des mémoires en défense et sur les autres moyens de la requête, que les délibérations du conseil d’administration de l’OPH d’Aulnay-sous-Bois n° 2023-01 du 13 janvier 2023 procédant au retrait de la délibération du 30 septembre 2022 prononçant le licenciement pour faute de Mme B... et n°2023-02 du 13 janvier 2023 prononçant le licenciement pour faute grave de Mme B... doivent être annulées.

Sur la demande de provision présentée par l’OPH d’Aulnay-sous-Bois :

8. Aux termes de l’article R. 541-1 du code de justice administrative : « Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. »

9. Dès lors que le présent jugement annule la délibération n° 2023-01 portant retrait de la délibération du 30 septembre 2022 par laquelle le conseil d’administration de l’OPH d’Aulnay-Sous-Bois a prononcé le licenciement pour faute de Mme B... et a arrêté l’indemnité de licenciement à la somme de 142 240,60 euros et la délibération 2023-02 du 13 janvier 2023 prononçant son licenciement pour faute grave, qui est exclusif de toute indemnité de licenciement, les conclusions à fin de provision présentées par l’OPH d’Aulnay-sous-Bois ont perdu leur objet et il n’y a plus lieu d’y statuer.

Sur les frais liés au litige :

10. S’agissant de la requête n° 2301683, dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’Office public de l’habitat d’Aulnay-sous-Bois, partie perdante dans la présente instance, la somme de 1 500 euros à verser à Mme B... sur le fondement des dispositions de l’article L.761-1 du code de justice administrative. Ces dispositions font obstacle à ce que la somme demandée à ce titre par l’Office public de l’habitat d’Aulnay-sous-Bois soit mise à la charge de Mme B..., qui n’est pas la partie perdante.

11. S’agissant de la requête n° 2314734, il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce de faire droit aux conclusions des parties présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


D E C I D E :


Article 1er : Il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin de provision de la requête n° 2314734.

Article 2 : Les délibérations n°s 2023-01 et 2023-02 du 13 janvier 2023 du conseil d’administration de l’OPH d’Aulnay-sous-Bois sont annulées.

Article 3 : Dans l’instance n° 2301683, l’Office public de l’habitat d’Aulnay-sous-Bois versera la somme de 1 500 euros à Mme B... au titre de l’article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2314734 est rejeté.

Article 5 : Les conclusions présentées par l’Office public de l’habitat d’Aulnay-sous-Bois sur le fondement des dispositions de l’article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B... et à l’Office public de l’habitat d’Aulnay-sous-Bois.

Délibéré après l'audience du 18 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Deniel, présidente,
Mme Biscarel, première conseillère,
Mme Bazin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2025.

La rapporteure,




B. BiscarelLa présidente,




C. DenielLa greffière,




A. Capelle


La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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