Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2303540
jeudi 27 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2303540 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 11ème chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 mars 2023, M. B A, représenté par Me Nakou, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 23 janvier 2023 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé d'enregistrer sa demande de délivrance d'un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer sa situation en vue de lui délivrer un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à venir, sous astreinte de 100 euros par jours de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'administration la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la décision attaquée :
- a été signée par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'une erreur de fait ;
- est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'obligation de quitter le territoire français est caduque dans ses effets ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
Par un mémoire enregistré le 30 août 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête comme étant irrecevable.
Il fait valoir que le classement sans suite de la demande de titre de séjour de M. A ne constitue pas une décision faisant grief.
Vu les autres pièces du dossier.
Par ordonnance du 20 septembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 31 octobre 2024.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Marias, premier conseiller, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant ivoirien né le 17 février 1987, a sollicité son admission exceptionnelle au séjour le 6 décembre 2022. Par décision du 23 janvier 2023, dont M. A demande l'annulation, il s'est vu opposer le classement sans suite de sa demande.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Seine-Saint-Denis :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La demande de titre de séjour ne figurant pas dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2, est effectuée à Paris, à la préfecture de police et, dans les autres départements, à la préfecture ou à la sous-préfecture ". Aux termes de la première phrase du premier alinéa de l'article R. 431-12 du même code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer et de délivrer le récépissé y afférent que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. Le caractère abusif ou dilatoire de la demande doit s'apprécier compte tenu des éléments circonstanciés. Dès lors que le préfet dispose toujours de la faculté de faire usage de son pouvoir discrétionnaire en vue de régulariser la situation d'un ressortissant étranger et de prononcer l'abrogation d'une interdiction de retour, le simple fait que l'étranger a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français exécutoire ou que l'interdiction de retour prononcée à son encontre produisait encore ses effets ne suffit pas à caractériser le caractère abusif ou dilatoire d'une demande de titre de séjour.
4. M. A a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prononcée par un arrêté du 11 mai 2021, qu'il n'a pas exécutée. Il ressort des pièces du dossier que M. A a exercé une activité professionnelle, comme agent de service dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, durant quinze mois depuis cette mesure d'éloignement. Il a ainsi fondé sa demande de titre de séjour sur des éléments nouveaux. Il s'ensuit, ainsi qu'il a été dit au point précédent, que sa demande ne peut être regardée comme présentant un caractère abusif ou dilatoire, le préfet ne pouvant pas dès lors se fonder sur un tel motif pour refuser de l'instruire. Le classement sans suite auquel ses services ont procédé le 23 janvier 2023 doit en conséquence être regardé comme un refus de titre de séjour présentant le caractère d'une décision faisant grief et par suite, susceptible de recours pour excès de pouvoir. La fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Seine-Saint-Denis doit donc être écartée.
Sur les conclusions de la requête aux fins d'annulation :
5. En se bornant à relever que M. A déclare exercer illégalement une activité professionnelle sans être titulaire d'un titre de séjour l'autorisant à travailler, sans examiner, sur le terrain de sa vie privée, l'insertion professionnelle de l'intéressé, le préfet a entaché sa décision d'illégalité.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
6. L'annulation de la décision en litige implique seulement que le préfet de la Seine-Saint-Denis ou tout préfet territorialement compétent examine la demande de titre de séjour présentée par M. A. Il y a lieu d'enjoindre d'y procéder, sauf en cas d'incomplétude du dossier, dans le délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat (préfet de la Seine-Saint-Denis) une somme de 1 100 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 23 janvier 2023 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a classé sans suite la demande de M. A tendant à la délivrance d'un titre de séjour est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout préfet territorialement compétent d'examiner la demande de M. A, sauf en cas d'incomplétude du dossier, dans le délai de quatre mois suivant la notification du jugement.
Article 3 : L'Etat (préfet de la Seine-Saint-Denis) versera à M. A une somme de 1 100 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 4 février 2025, à laquelle siégeaient :
M. Israël, président,
M. Marias, premier conseiller,
M. Dumas, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2025.
Le rapporteur,
M. Marias
Le président,
M. IsraëlLa greffière,
Mme C
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
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