Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2303792
jeudi 27 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2303792 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 11ème chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 mars 2023, M. C B, représenté par Me Castejon, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 16 février 2023 par laquelle le préfet de la Seine-SaintDenis- a refusé d'enregistrer sa demande de délivrance d'un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis d'examiner sa demande de titre de séjour et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de 48 heures suivant la notification du jugement sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'administration la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la décision attaquée :
- est entachée d'incompétence de son auteur ;
- méconnaît l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- est entachée d'un défaut de motivation ;
- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- méconnaît les articles R. 431-2, R. 431-3 et R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et d'un défaut de base légale ;
- est entachée d'erreur de droit, dès lors que le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée
- méconnaît l'article R. 613-6 de ce code ;
- méconnaît l'article L. 435-1 du même code ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire enregistré le 4 juillet 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Par ordonnance du 8 juillet 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 13 septembre 2024.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Marias, premier conseiller ;
- les observations de M. B.
Le préfet n'étant ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant srilankais né le 28 juin 1989, a sollicité son admission exceptionnelle au séjour le 10 janvier 2023. Par décision du 16 février 2023, dont M. B demande l'annulation, il s'est vu opposer le classement sans suite de sa demande.
2. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La demande de titre de séjour ne figurant pas dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2, est effectuée à Paris, à la préfecture de police et, dans les autres départements, à la préfecture ou à la sous-préfecture ". Aux termes de la première phrase du premier alinéa de l'article R. 431-12 du même code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise ".
3. Il résulte de ces dispositions que, en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer et de délivrer le récépissé y afférent que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. Le caractère abusif ou dilatoire de la demande doit s'apprécier compte tenu des éléments circonstanciés. Dès lors que le préfet dispose toujours de la faculté de faire usage de son pouvoir discrétionnaire en vue de régulariser la situation d'un ressortissant étranger et de prononcer l'abrogation d'une interdiction de retour, le simple fait que l'étranger a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français exécutoire ou que l'interdiction de retour prononcée à son encontre produisait encore ses effets ne suffit pas à caractériser le caractère abusif ou dilatoire d'une demande de titre de séjour.
4. En l'espèce, la décision en litige, refusant l'enregistrement de la demande de titre de séjour de M. B, est motivée par deux éléments. D'une part, il ne présente aucun élément nouveau par rapport à sa situation précédente. D'autre part, en application de l'article R. 613-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il fait l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français par un arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 24 septembre 2021. Toutefois, un tel motif n'est pas au nombre de ceux pouvant légalement fonder un refus d'enregistrement d'une nouvelle demande de titre de séjour, le préfet ayant toujours la faculté d'abroger de sa propre initiative l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être accueillie.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision contestée.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
6. L'annulation de la décision en litige implique nécessairement que le préfet de la Seine-Saint-Denis, ou tout autre préfet territorialement compétent, enregistre, aux fins d'examen, la demande de titre de séjour présentée par M. B. Il y a lieu d'enjoindre au préfet d'y procéder, sauf en cas d'incomplétude du dossier, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et, de mettre le requérant en possession d'une autorisation provisoire de séjour, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat (préfet de la Seine-Saint-Denis) une somme de 1 100 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 16 février 2023 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour présentée par M. B est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout autre préfet territorialement compétent, d'enregistrer la demande de titre de séjour présentée par M. B, sauf en cas d'incomplétude du dossier, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement et de lui remettre dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'Etat (préfet de la Seine-Saint-Denis) versera à M. B une somme de 1 100 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Seine--SaintDenis-.
Délibéré après l'audience du 4 février 2025, à laquelle siégeaient :
M. Israël, président,
M. Marias, premier conseiller,
M. Dumas, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2025.
Le rapporteur,
M. Marias
Le président,
M. IsraëlLa greffière,
Mme A
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
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