Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2308330

jeudi 26 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2308330
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil a rejeté la requête de M. B, qui contestait le refus du préfet de la Seine-Saint-Denis de lui accorder le regroupement familial pour son épouse. Le tribunal a écarté les moyens d’incompétence et de défaut de motivation, jugeant la décision préfectorale suffisamment motivée en droit et en fait. Sur le fond, il a estimé que le préfet avait légalement pu refuser la demande en se fondant sur l’insuffisance de la surface habitable et le défaut de ventilation du logement, en application des articles L. 434-7 et R. 434-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ainsi que du décret du 30 janvier 2002 relatif au logement décent.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 juillet 2023, M. F B, représenté par Me Lujien, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 5 mai 2023 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé le bénéfice du regroupement familial au profit de son épouse ;

3°) d'enjoindre à l'autorité compétente de faire droit à sa demande de regroupement familial ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son avocat sous réserve qu'il renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision attaquée elle été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- le préfet a commis une irrégularité en ne lui demandant pas de compléter son dossier ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas présenté de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbain ;

- le décret du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Marias a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. F B, ressortissant sénégalais né le 12 janvier 1981, a sollicité le bénéfice du regroupement familial au profit de son épouse. Par décision du 5 mai 2023, dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de faire droit à sa demande.

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. B n'ayant pas déposé de demande d'aide juridictionnelle, il n'y a pas lieu de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur le surplus des conclusions :

3. En premier lieu, M. D C, sous-préfet du Raincy, était titulaire d'une délégation de signature du préfet de la Seine-Saint-Denis, publiée au recueil des actes administratifs le 19 juillet 2021, à l'effet de signer, notamment, la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5. La décision attaquée cite les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables. En outre, elle mentionne la circonstance que le requérant demande un regroupement familial au seul bénéfice de sa femme, laissant ses trois enfants mineurs au E. Elle fait également état de ce que le logement de M. B n'est pas conforme à la réglementation en vigueur dès lors que sa surface habitable est inférieure à celle fixée par la norme réglementaire, que sa pièce principale n'est pourvue d'aucune ventilation et qu'il n'est pas équipé d'un détecteur avertisseur autonome de fumée. Ainsi, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / () / 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; () ". Aux termes de l'article R. 434-5 de ce code : " Pour l'application du 2° de l'article L. 434-7, est considéré comme normal un logement qui : 1° Présente une superficie habitable totale au moins égale à : / a) en zones A bis et A : 22 m² pour un ménage sans enfant ou deux personnes ". Par ailleurs, aux termes de l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent pris pour l'application de l'article 187 de la loi n° 2000-1208 du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbain, dans sa rédaction applicable au litige : " Le logement doit satisfaire aux conditions suivantes, au regard de la sécurité physique et de la santé des locataires : () 6. Le logement permet une aération suffisante. Les dispositifs d'ouverture et les éventuels dispositifs de ventilation des logements sont en bon état et permettent un renouvellement de l'air et une évacuation de l'humidité adaptés aux besoins d'une occupation normale du logement et au fonctionnement des équipements ; () ".

7. Pour rejeter la demande de regroupement familial partiel présentée par M. B, le préfet a tiré motifs de ce que ce regroupement portait atteinte à sa cellule familiale, de ce que la surface habitable du logement était inférieure à la norme règlementaire de 22 m² pour deux personnes, et enfin, de ce que ce logement ne remplissait pas les conditions relatives à la sécurité et à la santé de ses locataires faute d'une ventilation dans la pièce principale et d'un détecteur avertisseur autonome de fumée. Enfin, l'intéressé n'a pas fourni l'attestation de l'état électrique et de gaz du logement. Le requérant ne conteste pas la réalité de ce manquement à la date de la décision en litige et se borne à soutenir, d'une part, que l'installation d'un tel équipement incombe à son propriétaire, d'autre part, que le préfet ne l'a pas relancé s'agissant des pièces manquantes. Or à supposer même que le préfet de la Seine-Saint-Denis ait inexactement apprécié la pérennité du lien familial et la surface habitable du logement, il ne résulte pas de l'instruction que le préfet aurait pris une autre décision s'il s'était seulement fondé sur l'absence de ventilation dans la pièce principale. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir ni que le préfet a entaché sa décision d'une irrégularité ni qu'il a méconnu les dispositions citées ci-dessus.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 10 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Israël, président,

M. Marias, premier conseiller,

M. Dumas, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 décembre 2024

Le rapporteur,

M. Marias

Le président,

M. IsraëlLa greffière,

Mme A

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout autre préfet territorialement compétent, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.