Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 août 2023 et le 21 mai 2024, M. F... A... B..., représenté par Me Azoulay-Cadoch, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d’annuler l’arrêté du 24 juillet 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l’a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il peut être renvoyé et prononcé une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans ;
2°) d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer son titre de séjour avec autorisation de travail à compter du prononcé du jugement sous astreinte de 150 euros par jour de retard, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ou à défaut un récépissé avec autorisation de travail dans les quinze jours de la notification du jugement et de le convoquer à un rendez-vous en vue de la remise de ce récépissé, dans le délai d’un mois, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter du 31e jour suivant la notification du jugement ; ou à défaut, de lui enjoindre de réexaminer de sa situation dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement et de le convoquer à un rendez-vous en vue d’une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ou à défaut un récépissé avec autorisation de travail, dans le délai d’un mois, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter du 31e jour suivant la notification du jugement et de le munir d’un récépissé ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l’arrêté est entaché d’incompétence ;
- la décision portant refus de délivrance d’un titre de séjour est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle méconnaît l’article L. 432-13 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen de sa situation ;
- elle est entachée d’erreur de droit dès lors que le préfet aurait dû examiner sa demande au regard de l’article 6 de l’accord franco-algérien, qui prévoit la délivrance d’un titre de séjour, de plein droit, pour les ressortissants algériens résident sur le territoire français de manière habituelle depuis plus de dix ans ;
- elle méconnaît l’article 6-1 de l’accord franco-algérien
- elle méconnaît l’article 6-5 de cet accord et l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation ;
- l’obligation de quitter le territoire français est entachée d’illégalité comme étant fondée sur une décision portant refus de délivrance d’un titre de séjour elle-même illégale ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de destination est entachée d’illégalité comme étant fondée sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- l’interdiction de retour sur le territoire français est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle est entachée d’illégalité comme étant fondée sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- sa durée est entachée d’erreur d’appréciation dès lors qu’il n’a jamais troublé l’ordre public.
Par un mémoire enregistré le 14 juin 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Marias
- les observations de Me Azoulay-Cadoch, représentant M. A... B..., présent.
Le préfet n'étant ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. A... B..., ressortissant algérien né le 7 mars 1983, entré sur le territoire français le 29 juin 2012, a demandé le 4 avril 2022 la délivrance d’un certificat de résidence. Par arrêté du 24 juillet 2023, dont M. A... B... demande l’annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et prononcé une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans.
En ce qui concerne le moyen soulevé contre l’arrêté dans son ensemble :
2. Par un arrêté n° 2023-0538 du 10 mars 2023, publié au recueil des actes administratifs, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation pour signer les mesures contestées à M. E... D..., chef du bureau de l’accueil et de l’admission au séjour, signataire de l’arrêté attaqué, en cas d’absence ou d’empêchement d’autorités dont il n’est pas établi qu’elles n’auraient pas été absentes ou empêchées lorsque les décisions contestées ont été prises. Par suite, ce moyen doit être écarté.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant refus de délivrance d’un titre de séjour :
3. En premier lieu, cette décision comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent. Elle est, par suite, suffisamment motivée et cette motivation ne permet pas de conclure que le préfet se serait abstenu d’examiner la situation personnelle de l’intéressé.
4. En deuxième lieu, les stipulations de l’accord franco-algérien susvisé régissent d’une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle et les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés. Cependant, elles n’interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien ne remplissant pas l’ensemble des conditions auxquelles l’accord subordonne la délivrance d’un titre de séjour de plein droit. Il appartient au préfet, dans l’exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d’apprécier, compte tenu de l’ensemble des éléments de la situation personnelle de l’intéressé, l’opportunité d’une mesure de régularisation.
5. Il ressort des pièces du dossier et des propres écritures du requérant que M. A... B... a déposé un dossier de demande d’admission exceptionnelle au séjour et n’a pas sollicité la délivrance d’un certificat de résidence sur le fondement des articles 6-1 et 6-5 de l’accord franco-algérien susvisé, de sorte que le préfet n’était pas tenu d’examiner la possibilité de lui délivrer un certificat de résidence à ce titre. Les moyens tirés de l’erreur de droit et de la méconnaissance de ces stipulations ne peuvent dès lors être utilement invoqués.
6. En troisième lieu, aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger dont l’admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu’il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l’article L. 412-1. / Lorsqu’elle envisage de refuser la demande d’admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l’autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l’article L. 432-14. / (…). ». En vertu du 4° de l’article L. 432-13 du même code, la commission du titre de séjour instituée dans chaque département, dont l’organisation est prévue à l’article L. 432-14, doit être saisie pour avis par l’autorité administrative dans le cas prévu à l’article L. 435-1.
7. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l’article L. 435-1 précité est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d’une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. S’agissant des ressortissants algériens, ces conditions sont régies de manière exclusive par l’accord franco‑algérien du 27 décembre 1968. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait préalablement dû saisir, en application du second alinéa de l’article L. 435‑1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, la commission du titre de séjour, ne peut qu’être écarté dès lors que ces dispositions ne sont pas applicables aux ressortissants algériens dont les conditions d’entrée et de séjour en France sont intégralement régies par l’accord bilatéral précité.
8. En quatrième lieu, M. A... B... est célibataire, sans charge de famille en France et, alors qu’il s’est soustrait à trois obligations de quitter le territoire français prononcées en 2013, 2017 et 2020, il ne fait état d’aucune circonstance de nature à faire obstacle à une reconstitution de sa vie privée et familiale en Algérie, où il a vécu jusqu’à l’âge de vingt-neuf ans. Par suite, et alors que les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers sont inapplicables à un ressortissant algérien, la décision contestée n’a pas méconnu l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et, pour les mêmes motifs, n’apparaît pas entachée d’erreur manifeste d’appréciation de sa situation personnelle.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre l’obligation de quitter le territoire français :
9. La décision portant refus de délivrance d’un titre de séjour n’étant pas illégale, le moyen soulevé par voie d’exception, tiré de l’illégalité de cette décision, doit être écarté.
10. Pour les mêmes motifs que ceux précédemment exposés, cette décision n’a pas méconnu l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :
11. L’obligation de quitter le territoire français n’étant pas illégale, le moyen soulevé par voie d’exception, tiré de l’illégalité de cette décision, doit être écarté.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre l’interdiction de retour sur le territoire français :
12. En premier lieu, l’obligation de quitter le territoire français n’étant pas illégale, le moyen soulevé par voie d’exception, tiré de l’illégalité de cette décision, doit être écarté.
13. En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 612-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « [Lorsqu’un délai de départ volontaire a été accordé à l’étranger] (…), l’autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d’une interdiction de retour sur le territoire français / Les effets de cette interdiction cessent à l’expiration d’une durée, fixée par l’autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l’exécution de l’obligation de quitter le territoire français ». Aux termes de l’article L. 612-10 de ce code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l’autorité administrative tient compte de la durée de présence de l’étranger sur le territoire français, de la nature et de l’ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu’il a déjà fait l’objet ou non d’une mesure d’éloignement et de la menace pour l’ordre public que représente sa présence sur le territoire français / Il en est de même pour l’édiction et la durée de l’interdiction de retour mentionnée à l’article L. 612-8 (…) ».
14. Il ressort des termes mêmes des dispositions citées au point précédent que l’autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l’encontre de l’étranger soumis à l’obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu’elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l’un ou plusieurs d’entre eux. La décision d’interdiction de retour doit comporter l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l’autorité compétente, au vu de la situation de l’intéressé, de l’ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n’impose que le principe et la durée de l’interdiction de retour fassent l’objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l’importance accordée à chaque critère.
15. Il incombe ainsi à l’autorité compétente qui prend une décision d’interdiction de retour d’indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l’étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l’intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l’étranger sur le territoire français, à la nature et à l’ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d’éloignement dont il a fait l’objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l’ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l’intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n’est pas tenue, à peine d’irrégularité, de le préciser expressément.
16. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis a prononcé à l’encontre de M. A... B... une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de deux ans au motif que l’intéressé ne justifie pas, en France, d’une situation personnelle et familiale à laquelle cette mesure d’interdiction porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le préfet de la Seine-Saint-Denis, qui a rappelé les dispositions applicables à la situation de M. A... B... et exposé les circonstances de fait qu’il a retenues pour prononcer sa décision d’interdiction de retour, a suffisamment motivé cette décision au regard des exigences posées par les dispositions citées ci-dessus. Par suite, le moyen tiré d’une insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
17. Enfin, compte tenu de ce qui a été exposé aux points précédents, s’agissant tant de la vie privée et familiale de M. A... B... que de la soustraction à plusieurs mesures d’éloignement, le préfet, qui n’a pas retenu un motif d’ordre public pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de deux ans, n’a pas entaché sa décision d’erreur d’appréciation.
18. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A... B... doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... B... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F... A... B... et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l’audience du 30 septembre 2025, à laquelle siégeaient :
- M. Israël, président,
- M. Marias, premier conseiller,
- Mme Lamlih, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2025.
Le rapporteur,
M. Marias
Le président,
M. Israël
La greffière,
Mme C...
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution du présent jugement.