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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2312267

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2312267

lundi 20 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2312267
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantCANDON

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil a rejeté la requête de Mme A..., inspectrice des finances publiques stagiaire, qui contestait le refus de renouvellement de sa période de formation probatoire et son licenciement pour insuffisance professionnelle. La requérante soutenait une erreur de droit au regard de l’arrêté du 30 juillet 2018 et une erreur d’appréciation fondée sur le décret n° 2010-986 du 26 août 2010. Le tribunal a jugé que la décision du directeur général des finances publiques, prise après avis de la commission administrative paritaire, était légalement justifiée par la non-validation des unités de formation pratique. La solution retenue est le rejet des conclusions à fin d’annulation et des demandes accessoires.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 11 octobre 2023, le président de la 5ème section du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal de Montreuil la requête présentée par Mme B... A....

Par cette requête et des mémoires enregistrés les 1er octobre 2023, 5 juin 2025 et 10 juillet 2025, Mme B... A..., représentée par Me Guillon, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d’annuler la décision du directeur général des finances publiques du 24 août 2023 en tant qu’elle lui a refusé le renouvellement de sa période de formation probatoire ;

2°) d’enjoindre à la direction générale des finances publiques, à titre principal, de la titulariser et, à titre subsidiaire, de lui permettre d’effectuer une nouvelle période de formation probatoire de trois mois, dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
la décision en litige et entachée d’une erreur de droit au regard des dispositions de l’article 2 de l’arrêté du 30 juillet 2018 ;
elle est entachée d’erreurs de fait et d’une erreur d’appréciation au regard des dispositions de l'article 14 du décret n° 2010-986 du 26 août 2010.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 24 avril 2025 et 10 juillet 2025, le ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut à l’irrecevabilité partielle de la requête et, à titre subsidiaire, à son rejet.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

La clôture de l’instruction a été fixée au 29 août 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n° 2010-986 du 26 août 2010 portant statut particulier des personnels de catégorie A de la direction générale des finances publiques ;
- l’arrêté du 30 juillet 2018 fixant les modalités d'organisation et l'évaluation du cycle de formation professionnelle des inspecteurs des finances publiques stagiaires ainsi que leur formation obligatoire complémentaire ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme C...,
- les conclusions de Mme Caro, rapporteure publique,
- et les observations de Me Guillon, représentant Mme A....

Le ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique n’était ni présent, ni représenté.

Une note en délibéré, enregistrée le 4 octobre 2025, a été produite par Mme A... et n’a pas été communiquée.


Considérant ce qui suit :

Mme B... A... a été nommée inspectrice des finances publiques stagiaire suite à sa réussite au concours externe d’inspectrice des finances publiques, au titre de l’année 2022. Elle a intégré l’école nationale des finances publiques (ENFiP) de Noisiel où elle a suivi un cycle de formation comprenant un enseignement théorique et un stage d’application au sein de la direction départementale des finances publiques de Seine-Saint-Denis. Si Mme A... a validé la formation probatoire théorique, elle n'a en revanche validé aucune des deux unités de sa formation probatoire pratique, relatives au « comportement et intégration dans le service » et aux « gestes métiers ». Après avoir recueilli l’avis favorable de la commission administrative paritaire nationale et de la commission d’évaluation des compétences (CEC) le 26 juillet 2023, le directeur général des finances publiques, par une décision du 24 août 2023 notifiée le 5 septembre suivant, a refusé de titulariser l’intéressée et l’a licenciée, à l’issue de son stage, pour insuffisance professionnelle. Par la présente requête, Mme A... demande au tribunal l’annulation de la décision du 24 août 2023 en ce qu’elle lui a refusé le renouvellement de sa période de formation probatoire.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

En premier lieu, aux termes, d’une part, de l’article 2 de l’arrêté du 30 juillet 2018 dans sa version applicable au litige : « La formation en établissement se décompose en deux phases : 1° Une phase de formation sur un socle commun de connaissances et de compétences ; / 2° Une phase de formation portant sur les principaux métiers exercés par les inspecteurs des finances publiques au sein de la direction générale des finances publiques, regroupés par blocs fonctionnels. / La formation dans les services de la direction générale des finances publiques consiste en un stage effectué dans la future direction d'affectation des inspecteurs des finances publiques stagiaires ». Aux termes de l’article R.263-2 du code général de la fonction publique : « La commission administrative paritaire est saisie pour avis : 1° En matière de recrutement, des refus de titularisation et des licenciements en cours de stage en cas d'insuffisance professionnelle ou de faute disciplinaire ; (…) »

Aux termes, d’autre part, de l’article 11 du décret n°2010-986 du 26 août 2010 portant statut particulier des personnels de catégorie A de la direction générale des finances publiques : « Les inspecteurs des finances publiques stagiaires suivent, à compter de leur nomination, un cycle de formation professionnelle d'une durée d'une année comprenant, d'une part, une formation probatoire en établissement et, d'autre part, une formation probatoire dans les services de la direction générale des finances publiques. Ils sont placés sous l'autorité du directeur de l'école nationale des finances publiques durant tout le cycle de formation professionnelle. Une formation obligatoire complémentaire, intervenant après la titularisation et visant à faciliter l'adaptation à l'emploi, peut être organisée pour l'exercice de certains métiers. Un arrêté conjoint des ministres chargés du budget et de la fonction publique fixe les modalités d'organisation générale du cycle de formation professionnelle et de la formation obligatoire complémentaire ainsi que les règles d'évaluation des compétences acquises par les stagiaires. Sous réserve des dispositions du présent statut, les inspecteurs des finances publiques stagiaires sont soumis, pendant la durée de leur formation professionnelle, aux dispositions du décret du 7 octobre 1994 susvisé. »

Un agent public ayant, à la suite de son recrutement ou dans le cadre de la formation qui lui est dispensée, la qualité de stagiaire se trouve dans une situation probatoire et provisoire. La décision de ne pas le titulariser en fin de stage est fondée sur l'appréciation portée par l'autorité compétente sur son aptitude à exercer les fonctions auxquelles il peut être appelé et, de manière générale, sur sa manière de servir, et se trouve ainsi prise en considération de sa personne. L’autorité compétente ne peut donc prendre légalement une décision de refus de titularisation, qui n’est soumise qu’aux formes et procédures expressément prévues par les lois et règlements, que si les faits qu’elle retient caractérisent des insuffisances dans l’exercice des fonctions et la manière de servir de l’intéressé. La circonstance que tout ou partie de tels faits seraient également susceptibles de caractériser des fautes disciplinaires ne fait pas obstacle à ce que l’autorité compétente prenne légalement une décision de refus de titularisation, pourvu que l’intéressé ait alors été mis à même de faire valoir ses observations.

Si la requérante fait valoir que la décision en litige est entachée d’une erreur de droit dès lors que la période de stage effectuée au titre de la phase de formation portant sur les principaux métiers exercés par les inspecteurs des finances publiques a duré moins de trois mois, elle ne saurait utilement invoquer, à l’appui de son allégation, les dispositions de l’article 2 de l’arrêté du 30 juillet 2018 fixant les modalités d'organisation et l'évaluation du cycle de formation professionnelle des inspecteurs des finances publiques stagiaires ainsi que leur formation obligatoire complémentaire dans leur version en vigueur du 8 août 2018 au 5 juin 2022, inapplicable au litige. Dans sa version en vigueur à la date de l’arrêté attaqué, aucune durée de stage n’est précisée. En l’espèce, l’administration indique en défense, sans être sérieusement contestée, que Mme A... a suivi sa scolarité auprès de l’école nationale des finances publiques du 1er septembre 2022 au 14 mai 2023 suivie d’une formation probatoire pratique au sein de la direction départementale des finances publiques de Seine-Saint-Denis du 15 mai au 31 août 2023 qu’elle a effectuée en intégralité. Si Mme A... fait valoir que le service dans lequel elle était affectée était désorganisé et en sous-effectif, ce qui aurait affecté sa formation, il ressort toutefois des pièces du dossier, et il n’est d’ailleurs pas contesté, que Mme A... a bénéficié d’un tutorat assuré par deux agents du service « dépenses ». Dans ces conditions, la durée et les conditions dans lesquelles s’est déroulé le stage de Mme A... permettaient à l’administration de porter une juste appréciation de son aptitude aux fonctions d’inspectrice des finances publiques. Par suite, le moyen tiré de l’erreur de droit doit être écarté.

En second lieu, aux termes de l’article 14 du décret n° 2010-986 du 26 août 2010 : « Les inspecteurs des finances publiques stagiaires qui n'ont pas satisfait à l'évaluation du cycle de formation professionnelle peuvent être, selon les modalités fixées par l'arrêté prévu à l'article 11 : 1° Admis à accomplir intégralement un nouveau cycle de formation professionnelle s'ils n'ont pas satisfait à l'évaluation de la formation probatoire en établissement. Cette disposition ne s'applique qu'une seule fois ; / 2° Admis à renouveler leur période de formation probatoire dans les services s'ils n'ont pas satisfait à l'évaluation de cette seule période de ce cycle de formation. Cette disposition ne s'applique qu'une seule fois ; 3° Réintégrés dans leur corps ou cadre d'emplois d'origine ; 4° Nommés contrôleurs des finances publiques de deuxième classe ou techniciens-géomètres après vérification de leur aptitude. (…) 5° Licenciés s'ils n'avaient pas préalablement la qualité de fonctionnaire. »

Pour apprécier la légalité d’une décision de refus de titularisation, il incombe au juge de vérifier qu’elle ne repose pas sur des faits matériellement inexacts, qu’elle n’est entachée ni d’erreur de droit, ni d’erreur manifeste dans l’appréciation de l’insuffisance professionnelle de l’intéressé, qu’elle ne revêt pas le caractère d’une sanction disciplinaire et n’est entachée d’aucun détournement de pouvoir et que, si elle est fondée sur des motifs qui caractérisent une insuffisance professionnelle mais aussi des fautes disciplinaires, l’intéressé a été mis à même de faire valoir ses observations.

La décision du 24 août 2023 est fondée sur l’absence d’acquisition par Mme A... des fondamentaux requis au cours de la formation probatoire dans les services.

Il ressort du rapport d’aptitude de mi-parcours établi le 7 juin 2023 par la cheffe de service de Mme A... que, malgré le tutorat dont elle a bénéficié, la requérante n’a pas été en capacité d’exercer les missions qu’elle avait à accomplir, faisant montre d’un « manque de disponibilité et de réactivité » et qu’elle rencontrait des « difficultés de gestion de son emploi du temps ». S’agissant du savoir-être de l’intéressée, le rapport précité mentionne que la requérante a manifesté un « désintérêt pour les différents services » et une « absence d’intérêt pour les équipes et missions des collègues », caractérisant un défaut d’engagement et d’implication professionnels, qu’elle a adopté un comportement désinvolte et tenu des propos inappropriés lors de l’accomplissement d’opérations sensibles en rapport avec la manipulation des fonds et des valeurs et, enfin, fait état de la circonstance qu’elle a oublié d’assister à plusieurs réunions du service auxquelles elle était invitée. Le rapport d’évaluation définitif du 12 juillet 2023 fait le même constat d’inaptitude qui est confirmé par l’audition de la tutrice de la requérante devant la commission d’évaluation des compétences du 26 juillet 2023. Ce dernier indique par ailleurs que la requérante a eu des difficultés à s’approprier les codes d’accès confidentiels du service et il lui est reproché d’avoir, le 6 juin 2023 et le 19 juillet 2023, commis des erreurs de procédure en lien avec la fermeture du coffre du service. Si la requérante conteste, point par point, les griefs contenus dans ces différents rapports, elle ne produit aucune pièce au dossier permettant de remettre en cause l’appréciation portée sur sa manière de servir, le directeur général des finances publiques n’étant pas tenu de prolonger son stage dès lors qu’elle avait effectué la durée réglementaire de formation professionnelle prévue par l’article 11 du décret du 26 août 2010. Dans ces conditions, le moyen tiré de l’erreur manifeste qu’aurait commise l’administration dans l’appréciation de ses compétences et de son aptitude à être titularisée doit être écarté.

Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il ne soit besoin d’examiner la fin de non-recevoir soulevée en défense, que la requête de Mme A... doit être rejetée, en toutes ses conclusions, y compris ses conclusions aux fins d’injonction et celles relatives aux frais d’instance.


D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.


Délibéré après l'audience du 3 octobre 2025, à laquelle siégeaient :

-Mme Jimenez, présidente,
-Mme Van Maele, première conseillère,
-Mme C..., conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2025.


La rapporteure,
A. C...

La présidente,
J. Jimenez



La greffière,



P. Demol

La République mande et ordonne au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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