Le Tribunal administratif de Montreuil annule l'arrêté du 8 novembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a assigné à résidence M. A..., ressortissant algérien faisant l'objet d'une interdiction judiciaire du territoire. La mesure visait en réalité le 7° de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour lequel l'article R. 732-4 du même code réserve la compétence au ministre de l'intérieur. Le tribunal retient donc l'incompétence du signataire, sans examiner les autres moyens, et prononce l'annulation de la décision.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 novembre 2023, M. B... A..., représenté par Me Boudon, demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 8 novembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l’a assigné à résidence et a défini les modalités de cette assignation à résidence.
Il soutient que :
- l’assignation à résidence est entachée d’incompétence de son signataire ; seul le ministre de l’intérieur pouvait prononcer une mesure d’assignation à résidence sur le fondement du 7° de l’article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est inapplicable dès lors que l’article 1er de son dispositif, incomplètement rédigé, ne mentionne pas l’adresse à laquelle il doit fixer sa résidence ;
- il est entachée d’un défaut de motivation ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;
- il méconnaît l’article L. 521-2 du code de justice administrative ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n’a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Marias, premier conseiller, a été entendu au cours de l’audience publique.
Les parties n’étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A..., ressortissant algérien, est né le 26 mai 1994. Dans l’attente de l’exécution de l’interdiction judiciaire du territoire français dont il a fait l’objet le 8 mars 2018, le préfet de la Seine-Saint-Denis, par un arrêté du 8 novembre 2023 dont M. A... demande l’annulation, l’a assigné à résidence dans le département de la Seine-Saint-Denis et a défini les modalités de cette assignation.
Sur les conclusions de la requête :
2. Aux termes de l’article L. 731-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / 1° L’étranger fait l’objet d’une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n’a pas été accordé ; (…) / 7° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une peine d'interdiction judiciaire du territoire prononcée en application du deuxième alinéa de l'article 131-30 du code pénal ; (...) ». Aux termes de R. 732-4 du même code dispose que « L'autorité administrative compétente pour assigner un étranger à résidence, en application des 7° ou 8° de l'article L. 731-3 ou de l'article L. 731-5 est le ministre de l'intérieur. »
3. Il ressort des termes de l’arrêté contesté, que, bien que ce dernier vise le 1° de l’article L. 731-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, la mesure d’assignation à résidence a été prise en vue de l’exécution du jugement du 8 mars 2018 par lequel le tribunal de grande instance de Nanterre a prononcé à l’encontre de M. A... une interdiction du territoire français, ce qui correspond au cas visé au 7° de l’article L. 731-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Or, il résulte des dispositions citées ci-dessus de l’article R. 732-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile que le prononcé d’une assignation à résidence sur un tel fondement relève de la compétence du ministre de l’intérieur, et non du préfet. Il y a lieu, par suite, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, d’annuler pour incompétence la décision en litige
D É C I D E :
Article 1er : L’arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 8 novembre 2023 ayant assigné à résidence M. A... est annulé.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l’audience du 18 novembre 2025, à laquelle siégeaient :
- M. Jauffret, président,
- M. Marias, premier conseiller,
- Mme Jaur, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2025.
Le rapporteur,
H. Marias
Le président,
E. Jauffret
La greffière,
S. Mohamed Ali
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout autre préfet territorialement compétent, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.