Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2315450

vendredi 20 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2315450
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre (J.U)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil a rejeté la requête de M. D, ressortissant bangladais, contestant l'arrêté préfectoral du 6 décembre 2023 lui refusant l'admission au séjour, l'obligeant à quitter le territoire français et prononçant une interdiction de retour de douze mois. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence, le signataire disposant d'une délégation régulière, et a jugé que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme était insuffisamment précis. Il a également considéré que l'intention de solliciter un réexamen de la demande d'asile était sans incidence sur la légalité de l'arrêté. Enfin, le tribunal a estimé que la décision d'interdiction de retour était suffisamment motivée et proportionnée, au regard des critères des articles L. 612-6, L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et a rejeté la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 décembre 2023, M. A D, représenté par Me Ahmad, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 6 décembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de l'admettre au séjour au titre de l'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il entend solliciter le réexamen de sa demande d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée dès lors qu'il n'a pas fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français antérieure.

Par un mémoire en défense et des pièces, enregistrés le 22 janvier 2024 et le 27 novembre 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête, soutenant que les moyens qu'elle comporte ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les requêtes relevant de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, au cours de laquelle a été entendu le rapport de M. B.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, après appel de leur affaire à l'audience publique

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant bangladais né le 1er janvier 1990, est entré en France afin d'y solliciter l'asile. Sa demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 6 juin 2023, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 26 octobre 2023. Par la présente requête, il demande l'annulation de l'arrêté du 6 décembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-3625 du 27 novembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 28 novembre 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. C E, adjoint à la cheffe du bureau de l'asile, à l'effet de signer les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de ce que ces décisions seraient entachées d'incompétence doit être écarté.

3. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas assorti des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé et doit, par suite, être écarté.

4. En troisième lieu, la circonstance que le requérant entende solliciter le réexamen de sa demande d'asile, en l'absence de preuve du dépôt d'une telle demande, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-8 de ce même code, dans sa rédaction applicable au litige : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". L'article L. 612-10 du code dispose : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

6. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour et si la décision ne porte pas au droit de l'étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. En revanche, lorsqu'il est saisi d'un moyen le conduisant à apprécier les conséquences de la mesure d'interdiction de retour sur la situation personnelle de l'étranger et que sont invoquées des circonstances étrangères aux quatre critères posés par les dispositions légales précitées, il incombe seulement au juge de l'excès de pouvoir de s'assurer que l'autorité compétente n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

7. Si le préfet doit tenir compte, pour décider de prononcer à l'encontre d'un étranger soumis à une obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer sa durée, de chacun des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces mêmes dispositions ne font pas obstacle à ce qu'une telle mesure soit décidée quand bien même une partie de ces critères, qui ne sont pas cumulatifs, ne serait pas remplie. En l'espèce, il ressort des termes mêmes de l'arrêté en litige que le préfet a motivé expressément sa décision au regard des quatre critères figurant à l'article L. 612-10 précité. Le moyen tiré du défaut de motivation sera donc écarté.

8. Il ressort des pièces du dossier que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois a été prise en raison de l'absence d'attaches privées ou familiales de M. D en France. Dès lors, et quand bien même la présence en France du requérant ne soit pas constitutive d'une menace pour l'ordre public, la circonstance selon laquelle M. D n'aurait pas fait l'objet d'une précédente décision portant obligation de quitter le territoire français avant d'être l'objet de la présente décision portant interdiction de retour sur le territoire français, et alors même que M. D n'apporte au cours de la présente instance aucun élément permettant d'établir de l'intensité et de l'ancienneté de ses liens avec la France, n'est pas de nature à caractériser l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation qui aurait été commise par le préfet de la Seine-Saint-Denis dans l'édiction de la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet de la

Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2024.

Le magistrat désigné,

A. B La greffière,

M. F

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.