Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2402193

vendredi 20 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2402193
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil a rejeté la requête de M. A, ressortissant tunisien, contestant l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 10 janvier 2024 lui refusant un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et prononçant une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que le préfet avait pu légalement se fonder sur la menace à l'ordre public que constituait le comportement du requérant, sans erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a également estimé que la décision ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Par conséquent, les moyens soulevés contre les décisions subséquentes (obligation de quitter le territoire, refus de délai de départ volontaire et interdiction de retour) ont été écartés comme non fondés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 février 2024, M. B A, représenté par Me Malaval, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 janvier 2024 par lequel le Préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et l'a signalé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " ou " salarié " et ce, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, avec astreinte de 25 euros de jour de retard, ou à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer durant cet examen, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation d'occuper un emploi, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- l'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale ;

- elle est entachée d'une d'appréciation dès lors que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales, porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'illégalité, par voie d'exception, en raison de l'illégalité de la décision de rejet de sa demande de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de la menance à l'ordre public qu'il représente ;

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 août 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

La clôture d'instruction a été fixé au 29 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Caro,

- les conclusions de M. Silvy, rapporteur public,

- et les observations de Me Malaval, représentant M. A.

Une note en délibéré, produite par M. A le 11 décembre 2024, n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien, né le 1er juillet 2002, est entré en France le 7 juillet 2019 sous couvert d'un visa de circulation autorisant des courts séjours, valide jusqu'au 24 août 2019, et s'est maintenu en situation irrégulière sur le territoire français. Le 28 septembre 2023, l'intéressé a effectué une demande de carte de séjour temporaire. Par une décision du 10 janvier 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'une carte de séjour temporaire, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et l'a signalé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour. M. A demande au tribunal l'annulation de cette décision du 10 janvier 2024.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, il ressort des pièces du dossier que pour refuser la délivrance du titre de séjour que M. A sollicitait, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est notamment fondé sur le motif tiré de ce que la présence en France de l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public. Pour caractériser cette menace, le préfet a retenu, dans les termes de l'arrêté en litige, que l'intéressé était défavorablement connu des services de police pour des faits de pour vol aggravé par deux circonstances, le 8 août 2021 et pour usage illicite de stupéfiants, le 14 avril 2023. Toutefois, alors que le requérant soutient, sans être contredit, que ces faits ont été classé sans suite, le préfet ne produit aucune pièce ni même observations en défense sur ce point de nature à en établir la réalité et ne permet pas au juge de considérer que ces faits étaient de nature à faire regarder le comportement de l'intéressé comme susceptible de constituer une menace à l'ordre public.

3. D'autre part, M. A est entré en France à l'âge de 17 ans. Il n'est pas contesté par le préfet de la Seine-Saint-Denis, qu'il a d'abord vécu avec son oncle, a effectué sa scolarité sur le territoire depuis novembre 2019, a obtenu son baccalauréat professionnel spécialité technicien de maintenance de systèmes énergétiques et climatiques en juillet 2023 et présente une promesse d'embauche en apprentissage. Ainsi, dans les circonstances très particulières de l'espèce, eu égard aux très bonnes notes obtenues dans sa matière professionnelle, aux appréciations très élogieuses de ses professeurs et du gérant de la SARL Pariscim, chez qui il a effectué des stages et qui s'engage à recruter M. A en contrat à durée indéterminée, la décision litigieuse est entachée d'une erreur manifeste d'appréciations.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de l'admettre au séjour et, par voie de conséquence, des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixant le pays de destination de son éloignement et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

5. Eu égard aux motifs d'annulation retenus, le présent jugement implique nécessairement, sous réserve d'un changement dans la situation de droit ou de fait de M. A, que le préfet de la Seine-Saint-Denis délivre au requérant un titre de séjour temporaire, dans un délai de trois mois à compter de la notification de la présente décision. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

6. Eu égard à l'objet de la décision attaquée et des motifs d'annulation retenus plus haut, l'exécution du présent jugement implique également qu'il soit enjoint à l'administration de procéder, sans délai, à l'effacement du signalement de M. A aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de prendre toute mesure propre à mettre fin à ce signalement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction de mesures complémentaires.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 100 euros à verser à M. A, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 10 janvier 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout préfet territorialement compétent de délivrer à M. A un titre de séjour, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout préfet territorialement compétent de prendre toute mesure propre à mettre fin sans délai au signalement de M. A dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour du 10 janvier 2024 ci-dessus annulée.

Article 4 : L'État versera la somme de 1 100 euros à M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Jimenez, présidente,

Mme Van Maele, première conseillère,

Mme Caro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2024.

La rapporteure,

N. Caro

La présidente,

J. Jimenez

La greffière,

P. Demol

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout préfet territorialement compétent, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.