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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2402748

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2402748

jeudi 20 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2402748
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantSCP ARENTS-TRENNEC

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil a examiné le recours pour excès de pouvoir de M. A..., ressortissant ivoirien, contre l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 25 janvier 2024 lui refusant un titre de séjour. Le préfet avait motivé son refus par la menace pour l'ordre public que représenterait l'intéressé, en raison de condamnations pénales pour des infractions routières et d'usage de faux. Le tribunal a jugé que ces faits, bien que répréhensibles, ne suffisaient pas à caractériser une menace pour l'ordre public au sens de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En conséquence, le tribunal a annulé l'arrêté préfectoral.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 février 2024 et 4 octobre 2024, M. C... A..., représenté par Me Trennec, demande au tribunal :

1°) d’annuler pour excès de pouvoir l’arrêté du 25 janvier 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d’un titre de séjour ;
2°) à titre principal, d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 250 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l’État la somme de 2 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d’un vice de procédure en l’absence de convocation devant la commission du titre de séjour ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 423-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 423-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 423-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 421-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît le principe « non bis in idem » ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du 1 de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 9 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation dès lors il ne représente pas une menace pour l’ordre public.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 juillet 2025, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A... ne sont pas fondés.

M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 27 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Jaur ;
- les observations de M. A....

Le préfet de la Seine-Saint-Denis n’était ni présent ni représenté.


Considérant ce qui suit :

M. A..., un ressortissant ivoirien, est né le 1er mai 1998. Il déclare être entré sur le territoire français en 2019. Le 27 juillet 2022, il a sollicité la délivrance d’un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale ». Par un arrêté du 25 janvier 2024, dont M. A... demande l’annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d’un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

Aux termes de l’article L. 432-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La délivrance d’une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d’une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l’ordre public ».

Les infractions pénales commises par un étranger ne sauraient, à elles seules, justifier légalement une mesure de refus de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour et d’éloignement et ne dispensent pas l’autorité compétente d’examiner, d’après l’ensemble des circonstances de l’affaire, si la présence de l’intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace pour l’ordre public. Lorsque l’administration se fonde sur l’existence d’une telle menace, il appartient au juge de l’excès de pouvoir, saisi d’un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu’elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.

Pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. A... en qualité de parent d’enfants français, le préfet de la Seine-Saint-Denis s’est fondé sur le seul motif tiré de ce que sa présence constitue une menace pour l’ordre public dès lors qu’il a été condamné le 1er février 2021, par le tribunal judiciaire de Bobigny, à 500 euros d’amende pour conduite d’un véhicule sans permis, usage de faux en écriture et circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance, le 28 janvier 2022 par le tribunal judiciaire de Paris à 350 euros d’amende pour conduite d’un véhicule sans permis. Par ailleurs, l’intéressé est connu des services de police et a été interpellé le 18 novembre 2021 pour usage de faux en écriture et le 4 septembre 2022 pour conduite de véhicule sans permis. Toutefois, pour répréhensibles qu’ils soient, d’autant qu’ils ont été commis à plusieurs reprises s’agissant de la conduite sans permis, ces faits ne suffisent pas à faire regarder la présence de M. A... sur le territoire français comme constituant une menace pour l’ordre public, de nature à faire obstacle à la délivrance d’un titre de séjour, en dépit de l’avis défavorable émis par la commission du titre de séjour le 21 novembre 2021. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Saint-Denis a commis une erreur d’appréciation en refusant d’admettre M. A... au séjour au motif que sa présence en France constituait une menace pour l’ordre public.

Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que M. A... est fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 25 janvier 2024 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d’injonction sous astreinte :

En raison du motif qui la fonde, l’annulation de la décision attaquée implique seulement que la situation de M. A... soit réexaminée. Il y a lieu d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis d’y procéder dans le délai de quatre mois suivant la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’État (préfet de la Seine-Saint-Denis) une somme de 1 100 euros au titre des frais exposés par M. A... en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :


Article 1er : L’arrêté du 25 janvier 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder au réexamen de la situation de M. A..., dans le délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L’Etat (préfet de la Seine-Saint-Denis) versera à M. A... une somme de 1 100 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C... A..., au préfet de la Seine-Saint-Denis et à Me Trennec.


Délibéré après l’audience du 4 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Israël, président,
Mme Jaur, première conseillère,
Mme Lamlih, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2025.


La rapporteure,



Mme Jaur
Le président,



M. IsraëlLa greffière,



Mme B...

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution du présent jugement.



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