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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2406197

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2406197

vendredi 3 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2406197
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre (J.U)
Avocat requérantBEN GADI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil, statuant en formation collégiale, a examiné le recours pour excès de pouvoir de M. A... contre le rejet de sa demande de logement prioritaire et urgent par la commission de médiation de la Seine-Saint-Denis. Le requérant contestait la décision du 13 mars 2024 rejetant son recours gracieux, invoquant notamment un défaut de motivation et une erreur de fait. Le tribunal a rejeté sa demande, considérant que la commission de médiation avait valablement fondé son refus sur l'absence de transmission de pièces complémentaires obligatoires, ce qui ne permettait pas d'établir le caractère prioritaire et urgent de sa situation au regard des articles L. 441-2-3 et R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 mai 2024 et 8 septembre 2025, M. B... A..., représenté par Me Ben Gadi, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d’annuler la décision du 13 mars 2024 par laquelle la commission de médiation de la Seine-Saint-Denis a rejeté son recours gracieux dirigé contre la décision du 8 novembre 2023 par laquelle la commission a rejeté son recours tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement ;

2°) d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de reconnaître sa demande de logement comme prioritaire et urgente, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, à défaut, de réexaminer sa situation, dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat le versement d’une somme de 1 000 euros HT, soit 1 200 euros TTC sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de la renonciation à la part contributive de l’Etat.

Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d’une erreur de fait ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 441-1 et L. 441-2-3 et R. 441-14-1 du code de la construction et de l’habitation et est entachée d’une erreur manifeste d’entretien ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article R. 441-14 du code de la construction et de l’habitation.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n’a pas présenté de mémoire en défense.

M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 19 novembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- la loi n° 91-746 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Jimenez, vice-présidente, en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme Jimenez a été entendu au cours de l’audience publique.
La clôture de l’instruction a été prononcée, en application de l’article R. 772-9 du code de justice administrative, après appel de l’affaire à l’audience.
Considérant ce qui suit :

M. A... a saisi la commission de médiation de la Seine-Saint-Denis d’un recours amiable le 1er mars 2023 tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue comme prioritaire et urgente en application du II de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation. Par une décision du 8 novembre 2023, la commission de médiation a rejeté sa demande. Son recours gracieux a été rejeté par une décision du 13 mars 2024. M. A... demande l’annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d’annulation :

2. D’une part, aux termes de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation : « Le droit à un logement décent et indépendant (…) est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir (…) ».

3. D’autre part, aux termes du II de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation : « La commission de médiation (…) peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement (…) ».

4. Enfin, aux termes de l’article R. 441-14-1 du même code : « La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : / - (…) être dépourvues de logement. Le cas échéant, la commission apprécie la situation du demandeur logé ou hébergé par ses ascendants en tenant notamment compte de son degré d'autonomie, de son âge, de sa situation familiale et des conditions de fait de la cohabitation portées à sa connaissance ; / (…) ».
5. Il résulte de ces dispositions que pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande.
6. La commission de médiation de la Seine-Saint-Denis a, par la décision attaquée, rejeté la demande de M. A... au motif, d’une part, qu’il n’y a eu qu’une réponse incomplète à la demande de pièces complémentaires obligatoires du 20 février 2024 avec un délai de réponse fixé au 5 mars 2024 de sorte que sa situation familiale et les ressources de son enfant majeur n’ont pas pu être vérifiées. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le préfet ne démontre pas que la commission de médiation a adressé au requérant une demande de pièces complémentaires à cette date. En tout état de cause, M. A... établit, par la production des attestations d’inscription à des formations et des conventions de stage, que son fils, majeur à la date de la décision attaquée, disposait de ressources dont le cumul avec les siennes ne dépassaient pas le plafond fixé par l’arrêté du 29 juillet 1987 relatif aux plafonds de ressources des bénéficiaires de la législation sur les habitations à loyer modéré et des nouvelles aides de l'Etat en secteur locatif applicable pour le secteur géographique de l’Ile-de-France. D’autre part, pour rejeter la demande de M. A..., la commission de médiation de la Seine-Saint-Denis a aussi relevé que si l’intéressé invoque être dépourvu de logement, il fournit une attestation d’élection de domicile expirant le 13 février 2024, sans toutefois examiner le caractère suroccupé du logement dans lequel il est hébergé, alors que M. A... s’en prévalait expressément dans son recours amiable. Par suite, la commission de médiation a entaché sa décision d’un défaut d’examen complet de la situation du requérant. Sa décision du 13 mars 2024 doit donc être annulée, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.





Sur les conclusions à fin d’injonction :

7. Eu égard au motif d’annulation retenu et seul susceptible de l’être, le présent jugement implique seulement d’enjoindre à la commission de médiation de la Seine-Saint-Denis de procéder au réexamen de la demande de M. A... dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat le versement à Me Ben Gadi, de la somme de 1 200 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu’il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État.


D E C I D E :

Article 1er : La décision du 13 mars 2024 par laquelle la commission de médiation de la Seine-Saint-Denis a rejeté le recours de M. A... est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la commission de médiation de la Seine-Saint-Denis de procéder au réexamen de la demande de M. A... dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L’Etat versera à Me Ben Gadi, avocat de M. A..., la somme de 1 200 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu’il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A..., à Me Ben Gadi et au ministre de l’aménagement du territoire et de la décentralisation.
Une copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2025.

La magistrate désignée,




J. Jimenez
La greffière,




P. Demol


La République mande et ordonne au ministre de l’aménagement du territoire et de la décentralisation, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.


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