vendredi 11 juillet 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2413914 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 10ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 septembre 2024 et le 15 octobre 2024, Mme C D, représentée par Me Simon, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 9 septembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de revenir sur le territoire français pour une durée de douze mois ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 542-1 et R. 532-54 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'administration ne justifie pas de l'intervention d'une décision de rejet de sa demande d'asile régulièrement notifiée ;
- son droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne et garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union, a été méconnu et la procédure contradictoire prévue aux articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration n'a pas été respectée ;
- elle disposait d'un droit au maintien sur le territoire français jusqu'à l'intervention d'une décision sur la demande de réexamen de la demande d'asile de son fils ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 mars 2025, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 3 janvier 2025 du tribunal judiciaire de Bobigny.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Abdat, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante congolaise née le 11 mars 1995 à Matadi, a présenté une demande d'asile, rejetée par une décision du 19 décembre 2022 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), confirmée par une décision du 23 juin 2023 de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Le 17 juin 2024, elle a déposé une demande de réexamen déclarée irrecevable par une décision du 20 juin 2024 de l'OFPRA. Par un arrêté du 9 septembre 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de revenir sur le territoire français pour une durée de douze mois. Par la présente requête, Mme D demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. B termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".
3. Par une décision du 3 janvier 2025, Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Il n'y a, dès lors, pas lieu de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, l'arrêté contesté mentionne les considérations de fait et de droit sur lesquelles il est fondé. Il vise notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles L. 611-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui en constituent le fondement légal. Il indique que la demande d'asile de Mme D a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 19 décembre 2022, que la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) a rejeté son recours le 23 juin 2023 et que sa demande de réexamen a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité de l'OFPRA le 20 juin 2024. Il précise également que Mme D n'a pas déposé de demande de titre de séjour dans le délai imparti. Par suite, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas entaché son arrêté d'un défaut de motivation.
5. En deuxième lieu, il ressort de la motivation même de l'arrêté attaqué, et alors même qu'il ne mentionne pas la nature des craintes de persécutions encourues en cas de retour dans son pays d'origine, que le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est livré à un examen particulier de la situation personnelle de Mme D avant de prononcer une mesure d'éloignement à son encontre. Le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle de l'intéressée doit, dès lors, être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". B termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la même Charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".
7. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant.
8. Ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé, notamment par son arrêt du 10 septembre 2013, M. A, N. R. c/ Staatssecretaris van Veiligheid en Justitie (C 383/13), les auteurs de la directive 2008/115 du 16 décembre 2008, s'ils ont encadré de manière détaillée les garanties accordées aux ressortissants des Etats tiers concernés par les décisions d'éloignement ou de rétention, n'ont pas précisé si et dans quelles conditions devait être assuré le respect du droit de ces ressortissants d'être entendus, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne. Si l'obligation de respecter les droits de la défense pèse en principe sur les administrations des Etats membres lorsqu'elles prennent des mesures entrant dans le champ d'application du droit de l'Union, il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles doit être assuré, pour les ressortissants des Etats tiers en situation irrégulière, le respect du droit d'être entendu. Ce droit, qui se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts, ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.
9. Dans le cadre ainsi posé, et s'agissant plus particulièrement des décisions relatives au séjour des étrangers, la Cour de justice de l'Union européenne a jugé, dans ses arrêts du 5 novembre 2014, Sophie Mukarubega (C 166/13) et du 11 décembre 2014, Khaled Boudjlida (C-249/13), que le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Ce droit n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.
10. Lorsqu'il présente une demande d'asile, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend non seulement à l'octroi d'une protection internationale, mais aussi à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de rejet de sa demande, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion de l'enregistrement de sa demande d'asile, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture en vertu de l'article R. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il doit être informé, en application des dispositions de l'article L. 431-2, des conditions dans lesquelles il peut solliciter son admission au séjour sur un autre fondement et, le cas échéant, être invité à déposer une telle demande dans le délai fixé par l'article D. 431-7. Il lui est loisible, au cours de la procédure d'asile, de faire valoir auprès de l'autorité compétente, à savoir, en principe, le préfet de département et, à Paris, le préfet de police, une circonstance de fait ou une considération de droit nouvelle, c'est-à-dire un motif de délivrance d'un titre de séjour apparu postérieurement à l'expiration du délai dont il disposait en vertu de l'article D. 431-7. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant qu'il ne soit statué sur sa demande d'asile, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise, sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1, lorsque la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire lui a été définitivement refusé ou lorsqu'il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2.
11. Il ressort des pièces du dossier que la décision portant obligation de quitter le territoire français contestée est intervenue à l'expiration du droit au maintien sur le territoire français de Mme D en application de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que son droit d'être entendue aurait été méconnu faute pour le préfet de l'avoir invitée à présenter des observations écrites ou orales avant l'intervention de cette décision d'éloignement.
12. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs et en tout état de cause, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire prévu par les dispositions du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.
13. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, () ". B termes de l'article L. 541-1 de ce code : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". B termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. () ". B termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : / () b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32 en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article () ". B termes de l'article L. 531-32 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut prendre une décision d'irrecevabilité écrite et motivée, sans vérifier si les conditions d'octroi de l'asile sont réunies, dans les cas suivants : () / 3° En cas de demande de réexamen lorsque, à l'issue d'un examen préliminaire effectué selon la procédure définie à l'article L. 531-42, il apparaît que cette demande ne répond pas aux conditions prévues au même article. ".
14. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du relevé d'information de la base de données " Telemofpra " produit par le préfet de la Seine-Saint-Denis, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que la demande de réexamen de Mme D a été rejetée pour irrecevabilité par une décision du 20 juin 2024 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides sur le fondement du 3° de l'article L. 531-32 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il résulte des dispositions de l'article L. 542-2 du même code que les conditions de notification de cette décision sont sans incidence sur le droit au maintien de la requérante. Par suite, Mme D n'est pas fondée à soutenir qu'elle disposait d'un droit au maintien sur le territoire français jusqu'à la notification de la décision définitive de rejet de sa demande d'asile.
15. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 521-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la demande d'asile est présentée par un étranger qui se trouve en France accompagné de ses enfants mineurs, elle est regardée comme présentée en son nom et en celui de ses enfants ". B termes de l'article L. 531-41 dudit code : " Constitue une demande de réexamen une demande d'asile présentée après qu'une décision définitive a été prise sur une demande antérieure () ".
16. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile de présenter une demande en son nom et, le cas échéant, en celui de ses enfants mineurs qui l'accompagnent. En cas de naissance ou d'entrée en France d'un enfant mineur postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'étranger est tenu, en application de l'article L. 521-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, tant que l'OFPRA ou, en cas de recours, la CNDA, ne s'est pas prononcé, d'en informer cette autorité administrative ou cette juridiction. La décision rendue par l'Office ou par la CNDA est réputée l'être à l'égard du demandeur et de ses enfants mineurs. Ces dispositions ne font pas obstacle à ce que les parents d'un enfant né après l'enregistrement de leur demande d'asile présentent, postérieurement au rejet définitif de leur propre demande, une demande au nom de leur enfant. En ce cas, la demande ainsi présentée au nom du mineur doit alors être regardée comme une demande de réexamen au sens de l'article L. 531-41 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, laquelle ouvre droit au maintien sur le territoire français jusqu'à ce qu'il y soit statué.
17. Par une demande déposée au guichet unique de la préfecture de l'Essonne le 26 janvier 2023, Mme D a sollicité l'asile au nom de son fils mineur né le 6 octobre 2022. Cette demande présente, en application des dispositions précitées de l'article L. 531-41 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le caractère d'une demande de réexamen de la demande d'asile que la requérante avait déposée le 15 septembre 2022 et qui avait été rejetée par l'OFPRA le 19 décembre 2022 puis par la CNDA le 23 juin 2023. Si Mme D soutient qu'elle disposait d'un droit au maintien sur le territoire français jusqu'à ce qu'il soit statué sur la demande de réexamen de la demande d'asile présentée au nom de son fils, il ressort des pièces du dossier, et notamment du relevé d'information de la base de données " Telemofpra " produit par le préfet de la Seine-Saint-Denis, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que la demande présentée au nom de son fils a été rejetée pour irrecevabilité par une décision du 20 juin 2024 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides sur le fondement du 3° de l'article L. 531-32 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, elle ne disposait plus d'un droit au maintien sur le territoire français à compter du 20 juin 2024.
18. En septième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
19. Si Mme D se prévaut de la présence en France de ses deux enfants mineurs et de la scolarisation de sa fille aînée, il ressort des pièces du dossier que sa fille n'est scolarisée à l'école maternelle que depuis le mois de septembre 2023. Par ailleurs, il ressort du certificat médical du 23 mai 2023 que la requérante est mère de deux autres enfants demeurés en République démocratique du Congo auprès de sa propre mère. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, elle n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
20. En huitième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
21. Si la requérante se prévaut de la demande d'asile déposée au nom de son fils et soutient qu'il ne pourrait, en cas d'exécution de la mesure d'éloignement la concernant, l'accompagner dans leur pays d'origine, il résulte de ce qui a été dit au point 17 que cette demande a été rejetée préalablement à l'intervention de la décision portant obligation de quitter le territoire français. La scolarisation de sa fille présente un caractère récent. Il est constant que deux de ses enfants demeurent dans son pays d'origine avec sa mère. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
22. En dernier lieu, indépendamment de l'énumération donnée par l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de la catégorie d'étrangers qui ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, l'autorité administrative ne saurait légalement prendre une telle mesure à l'encontre d'un étranger que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi ou une convention internationale prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.
23. B termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () ".
24. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des certificats médicaux du 31 mai 2024, du 24 septembre 2024, du 6 mars 2025 et du 19 mai 2025 que la requérante souffre d'un " état de stress post-traumatique avec reviviscences, cauchemars et conduites d'évitement ", ainsi que d'une " anxiété majeure avec crise d'angoisse pouvant déclencher son asthme, troubles du sommeil, cauchemars, ruminations " pour lesquels elle bénéficie d'un traitement médicamenteux et d'un suivi à la Maison des femmes de Saint-Denis depuis le mois de décembre 2023. Il en ressort également, et notamment du certificat médical du 8 décembre 2023 établi par le Dr E, qu'elle souffre d'asthme à composante allergique et d'apnée du sommeil sévère, pour laquelle elle bénéficie d'un appareillage dont le défaut pourrait engager son pronostic vital. Toutefois, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que la requérante a été invitée à indiquer si elle estimait pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre que l'asile, et notamment sur le fondement des dispositions précitées, avant l'édiction de cette décision, ce qu'elle s'est abstenue de faire. De plus, si elle cite divers extraits de la littérature médicale indiquant que sa pathologie est méconnue en Afrique subsaharienne, il en ressort également que la République démocratique du Congo dispose de structures, au moins à Kinshasa permettant de la traiter, et elle n'établit ni même n'allègue ne pas être en mesure d'y avoir effectivement accès. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir qu'elle pourrait se voir délivrer un titre de séjour de plein droit faisant obstacle à la mesure d'éloignement. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit dès lors être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
25. B termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". B termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".
26. Si la requérante invoque des persécutions et violences ayant entraîné un stress post-traumatique, elle ne verse au dossier aucun élément permettant de caractériser ou d'attester de la réalité des craintes dont elle se prévaut en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
27. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". B termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". B termes de l'article L. 613-2 de ce code : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".
28. La décision faisant interdiction à Mme D de retourner sur le territoire pendant une durée de douze mois, qui vise notamment l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne que l'intéressée a présenté une demande d'asile en 2022, n'a pas déposé de demande de titre de séjour après le rejet de cette demande et ne peut se prévaloir de liens suffisamment anciens, forts et caractérisés avec la France. Ainsi, cette décision répond à l'exigence de motivation posée par l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
29. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français soit entachée d'un défaut d'examen sérieux de la situation personnelle de Mme D.
30. En troisième lieu, Mme D, dont la demande d'asile a été définitivement rejetée, se prévaut de son état de santé et de la présence de ses deux enfants mineurs. Ces circonstances, alors même que sa présence ne constitue pas une menace à l'ordre public, ne sauraient en tout état de cause constituer des circonstances humanitaires justifiant que le préfet s'abstienne d'édicter à son encontre une interdiction de retour. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir qu'en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois, le préfet de la Seine-Saint-Denis a entaché sa décision d'erreur d'appréciation.
31. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 19, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet de la Seine-Saint-Denis doivent être écartés.
32. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 9 septembre 2024 du préfet de la Seine-Saint-Denis. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de Mme D tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme D est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, à Me Marine Simon et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 2 juillet 2025, à laquelle siégeaient :
- Mme Mach, présidente,
- Mme Syndique, première conseillère,
- Mme Abdat, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2025.
La rapporteure,
G. AbdatLa présidente,
A-S Mach
Le greffier,
S. Werkling
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
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