Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2413971

vendredi 27 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2413971
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre (J.U)
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil annule l'arrêté du 8 mai 2024 par lequel le préfet de police avait obligé M. A, ressortissant moldave, à quitter le territoire français. Le juge retient un défaut d'examen de la situation personnelle et familiale du requérant, qui vit en France avec ses trois enfants scolarisés, justifie d'un emploi de maçon et d'une demande de titre de séjour, et est dispensé de visa en application du règlement (UE) 2018/1806. En conséquence, il enjoint au préfet de réexaminer la situation de l'intéressé dans un délai de quatre mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. L'Etat est condamné à verser 1 100 euros à M. A au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) 2018/1806 du Parlement européen et du Conseil du 14 novembre 2018 fixant la liste des pays tiers dont les ressortissants sont soumis à l'obligation de visa pour franchir les frontières extérieures des Etats membres et la liste de ceux dont les ressortissants sont exemptés de cette obligation ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Delamarre, vice-présidente, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Delamarre a été entendu au cours de l'audience publique du 20 décembre 2024.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant moldave né le 10 mai 1994, demande l'annulation de l'arrêté du 8 mai 2024 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel il pourra être éloigné.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier que lors de son audition du 8 mai 2024, M. A a indiqué qu'il travaillait et qu'il avait déposé une demande de titre de séjour. Il ressort également des pièces du dossier que M. A est Moldave et titulaire d'un passeport biométrique le dispensant de l'obligation de visa lors de son entrée en France conformément au règlement (UE) 2018/1806 du 14 novembre 2018. Il ressort au demeurant des pièces du dossier, et sans qu'il soit contesté par le préfet, qu'il a notamment fait valoir lors de son audition ses attaches en France, tenant d'une part, à sa présence sur le territoire et à la présence de ses trois enfants scolarisés avec lesquels il vit, d'autre part, à son emploi de maçon au titre duquel il produit un contrat de travail conclu le 8 janvier 2021 ainsi qu'une demande d'autorisation de travail. Dans ces circonstances particulières, alors que le préfet n'a fait aucune référence aux éléments de la vie familiale de l'intéressé et qu'il a estimé à tort que M. A est entré irrégulièrement et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, le requérant est fondé à se prévaloir d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et familiale. Il y a lieu, pour ce motif, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, d'en prononcer l'annulation, dans toutes les décisions qui le composent.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

3. Les motifs de l'annulation de l'arrêté attaqué implique qu'il soit enjoint au préfet de police ou tout autre préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la situation administrative de M. A dans un délai de quatre mois suivant la notification de la présente décision et de délivrer à l'intéressé une autorisation provisoire de séjour pendant la durée de ce réexamen.

Sur les frais liés à l'instance :

4. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 100 euros à verser à M. A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 8 mai 2024 est annulé.

Article 2 : Le préfet de police ou tout autre préfet territorialement compétent réexaminera la situation de M. A dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant la durée de ce réexamen.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 100 euros à M. A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 décembre 2024.

La magistrate désignée,

A-L. Delamarre La greffière,

E. Kangou

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.