Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2413973
vendredi 27 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2413973 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre (J.U) |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Delamarre, vice-présidente, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 20 décembre 2024 :
- le rapport de Mme Delamarre,
-les observations de Me Harabi représentant M. B.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant sénégalais né le 5 mai 2005, demande l'annulation des arrêtés du 12 mai 2024 par lesquels le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France en avril 2017 alors qu'il était âgé de 12 ans. Il réside auprès de son père et de son oncle qui sont en situation régulière et le requérant soutient sans être contesté qu'il n'a plus de contact avec son pays d'origine depuis son entrée en France. M. B est scolarisé depuis son arrivée en France et a donc justifié du sérieux et de la continuité de ses études ce qui l'a conduit à obtenir son baccalauréat en 2024. Il ressort en effet des pièces du dossier qu'il a obtenu des résultats scolaires réguliers satisfaisants témoignant de sa volonté d'insertion. Par ailleurs, si l'arrêté mentionne que le requérant a fait l'objet d'un signalement le 11 mai 2024 pour des faits de consommation de stupéfiants et si le préfet de Police ajoute dans ses écritures qu'il serait également connu pour d'autres faits similaires, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait fait l'objet de poursuites et/ou condamnations pour lesdits faits similaires. En outre pour les faits ayant donné lieu à son interpellation en mai 2024, le requérant a reconnu avoir consommé du cannabis et il a assumé ses responsabilités en acceptant une procédure de reconnaissance préalable de culpabilité et en payant avec ses propres ressources les droits fixes de procédure. Dans ces conditions, eu égard à la durée de son séjour en France où il est arrivé à 12 ans, à ses attaches familiales en France et à son insertion sociale et scolaire, le requérant est fondé à soutenir que l'arrêté du préfet de police a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cet arrêté doit par suite être annulé.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
4. Les motifs de l'annulation de l'arrêté attaqué implique qu'il soit enjoint au préfet de police ou tout autre préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la situation administrative de M. B dans un délai de quatre mois suivant la notification de la présente décision. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une mesure d'astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
5. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 100 euros à verser à M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 13 mai 2024 par lequel le préfet de police a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est annulé.
Article 2 : Le préfet de police ou tout autre préfet territorialement compétent réexaminera la situation de M. B dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 100 euros à M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 décembre 2024
La magistrate désignée,
A-L. Delamarre La greffière,
E. Kangou
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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