Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2414552
jeudi 23 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2414552 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 octobre 2024 et 20 novembre 2024, M. B A, représenté par Me Rochiccioli, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L.521-3 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui fixer un rendez-vous pour qu'il puisse enregistrer sa demande de renouvellement de titre de séjour et être mis en possession d'un récépissé l'autorisant à travailler, dans un délai de quarante-huit heures suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il est en situation irrégulière en l'absence de rendez-vous pour déposer sa demande de renouvellement de titre ;
- la mesure sollicitée présente un caractère utile dès lors qu'il n'a aucun autre moyen d'obtenir un rendez-vous pour le renouvellement de son titre de séjour ;
- la mesure ne fait obstacle à l'exécution d'aucune mesure administrative.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 novembre 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Israël, vice-président, pour statuer sur les demandes en référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de lui fixer un rendez-vous en vue d'enregistrer sa demande de renouvellement de titre de séjour et de lui remettre, pendant l'instruction de sa demande de carte de séjour, un récépissé l'autorisant à travailler.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Lorsque, en vue de solliciter le renouvellement de son titre de séjour, le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.
3. Il résulte de l'instruction que M. A, ressortissant camerounais né le 10 mai 1980, bénéficiait d'un titre de séjour pluriannuel mention " vie privée et familiale ", arrivant à expiration le 7 septembre 2024. L'intéressé a alors tenté à plusieurs reprises de déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour, d'abord sur le téléservice du site de l'administration numérique des étrangers en France (ANEF), ensuite sur le site de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, sans y parvenir, comme cela ressort des captures d'écran qu'il produit. M. A justifie en outre de courriels adressés aux services de la préfecture de la Seine-Saint-Denis afin d'alerter sur sa situation et demander une convocation. Dans ces conditions, eu égard au caractère présumé de l'urgence attaché à sa situation et alors au surplus que d'une part, M. A justifie depuis le début du mois de mai 2024 avoir effectué plusieurs tentatives, n'ayant pas été effectuées la même semaine, afin de présenter une demande de titre de séjour, et d'autre part, l'absence d'examen des droits de M. A au séjour fait obstacle à ce qu'il puisse séjourner régulièrement, l'intéressé justifie des conditions d'urgence et d'utilité mentionnées à l'article L. 521-3 du code de justice administrative. La mesure sollicitée ne fait par ailleurs obstacle à aucune décision administrative.
4. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de communiquer à M. A une date de rendez-vous pour qu'il puisse présenter une demande de renouvellement de titre de séjour, et dans l'attente, de le mettre en possession d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a en revanche pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros à verser à M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E
Article 1er : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de convoquer M. A dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance afin qu'il dépose une demande de titre de séjour mention " vie privée et familiale " et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Article 2 : L'Etat (préfet de la Seine-Saint-Denis) versera à M. A une somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Fait à Montreuil, le 23 janvier 2025.
Le juge des référés
D. Israël
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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