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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2414988

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2414988

mardi 4 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2414988
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantTAJ

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil a annulé l’arrêté du 21 août 2024 par lequel la préfète de l’Essonne obligeait M. A..., ressortissant italien, à quitter le territoire français. La juridiction a relevé que l’arrêté était fondé sur l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, inapplicable aux citoyens de l’Union européenne. En application des articles L. 251-1 et L. 251-2 du même code, une obligation de quitter le territoire français ne peut être prise à l’encontre d’un citoyen de l’UE que si son comportement constitue une menace réelle et grave pour l’ordre public, ce qui n’était pas établi en l’espèce. La solution retenue est l’annulation de l’arrêté attaqué.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 15 octobre 2024, la présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal administratif de Montreuil le dossier de la requête, enregistrée le 19 septembre 2024, présentée par M. A....

Par cette requête, M. B... A..., représenté par Me Taj, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 21 août 2024 par lequel la préfète de l’Essonne l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- l’arrêté attaqué est entaché d’incompétence ;
- il est insuffisamment motivé et est entaché d’un défaut d’examen sérieux de sa situation ;
- il méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d’erreur de droit, méconnaît le principe de libre circulation garanti par l’article 21 du Traité sur le Fonctionnement de l’Union Européenne (TFUE) et est dépourvu de base légale.


Par un mémoire en défense enregistré le 12 juin 2025, la préfète de l’Essonne conclut au rejet de la requête.

D’une part, elle demande au tribunal de procéder à une substitution de base légale entre les dispositions du 1° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et celles du 1° de l’article L. 251-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, et d’autre part, fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 13 juin 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 3 juillet 2025 à 12h.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.


Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience, en application de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Robbe, président-rapporteur ;
- et les observations de Me Taj, pour M. A....


Considérant ce qui suit :

1. M. B... A..., ressortissant italien né le 28 juin 1989 demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 21 août 2024 par lequel la préfète de l’Essonne l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.


Sur les conclusions aux fins d’annulation :

2. D’une part, aux termes de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu’il se trouve dans les cas suivants : / 1° L’étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s’y est maintenu sans être titulaire d’un titre de séjour en cours de validité ; (…) ».

3. D’autre part, aux termes de l’article L. 200-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Le présent livre détermine les règles applicables à l’entrée, au séjour et à l’éloignement : / 1° Des citoyens de l’Union européenne, tels que définis à l’article L. 200-2 ; (…) ». Aux termes de l’article L. 200-2 du même code : « Est citoyen de l’Union européenne toute personne ayant la nationalité d’un Etat membre. (…) ». Aux termes de l’article L. 233-1 de ce code : « Les citoyens de l’Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s’ils satisfont à l’une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d’assistance sociale, ainsi que d’une assurance maladie ; (…) ». Aux termes de l’article L. 251-1 : « L’autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu’elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d’aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l’ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l’encontre d’un intérêt fondamental de la société ; (…) ». Aux termes de l’article L. 251-2 : « Ne peuvent faire l’objet d’une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l’article L. 251-1, les citoyens de l’Union européenne ainsi que les membres de leur famille qui bénéficient du droit au séjour permanent prévu par l’article L. 234-1 ». En vertu de ces articles L. 251-1 et L. 251-2, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut être prise à l’encontre d’un ressortissant d’un pays de l’Union européenne que si, d’une part, il n’a pas acquis la qualité de résident permanent dans les conditions prévues à l’article L. 234-1 du même code et, d’autre part, son comportement personnel constitue, du point de vue de l’ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l’encontre d’un intérêt fondamental de la société.

4. Il résulte des termes de la décision attaquée qu’elle est fondée sur les dispositions de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, le préfet estimant que M. A... est un ressortissant pakistanais, soit un ressortissant d’un pays tiers à l’Union européenne.

5. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la pièce intitulée « carta di identita », produite par le requérant qui atteste de son identité, que M. A... a la nationalité italienne, de sorte qu’il est citoyen de l’Union européenne. Dans ces conditions, sa situation relève, en application des dispositions précitées, du livre II du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, et non de son livre VI auquel appartient l’article L. 611-1. Le requérant ne pouvait donc pas faire l’objet d’une obligation de quitter le territoire français sur le fondement de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, mais uniquement sur le fondement de l’article L. 251-1 du même code.

6. Lorsqu’il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d’appréciation, sur le fondement d’un autre texte que celui
dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l’excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l’intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l’application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l’office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d’avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

7. En défense, la préfète de l’Essonne fait valoir que la décision pouvait légalement être fondée sur les dispositions du 1° de l’article L. 251-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Cependant, ces dispositions relèvent d’un pouvoir d’appréciation différent de celui conféré à l’autorité administrative par les dispositions du 1° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Il s’ensuit que la substitution de base légale ne saurait être accueillie.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que M. A... est fondé à demander l’annulation de la décision du 21 août 2024 par laquelle la préfète de l’Essonne l’a obligé à quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, la décision fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné.


Sur les frais du litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 100 euros à verser à M. A... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



































D É C I D E :


Article 1er : L’arrêté du 21 août 2024 de la préfète de l’Essonne est annulé.

Article 2 : L’Etat versera à M. A... la somme de 1 100 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et à la préfète de l’Essonne.


Délibéré après l’audience du 9 octobre 2025, à laquelle siégeaient :

- M. Robbe, président,
- Mme Caldoncelli-Vidal, première conseillère,
- M. Vollot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2025.


Le président-rapporteur,

L’assesseure la plus ancienne dans l’ordre du tableau,

J. Robbe

M. Caldoncelli-Vidal





Le greffier,



L. Dionisi


La République mande et ordonne à la préfète de l’Essonne, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.


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