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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2414995

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2414995

jeudi 6 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2414995
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème Chambre (JU)
Avocat requérantLACOUR AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil a annulé la décision 48SI du 8 août 2024 par laquelle le ministre de l'intérieur avait constaté l'invalidité du permis de conduire de Mme B... pour solde de points nul. Le tribunal a jugé que l'administration n'avait pas apporté la preuve qu'elle avait satisfait à son obligation d'information préalable prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route concernant l'infraction du 8 octobre 2023. Ce défaut d'information, constituant une garantie essentielle pour le conducteur, a entaché d'illégalité la décision contestée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 18 octobre 2024 et 15 juillet 2025, Mme A... B..., représentée par Me Lacour, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision référencée 48SI du 8 août 2024 par laquelle le ministre de l’intérieur a constaté l’invalidité de son permis de conduire en raison d’un solde de points nul et lui a interdit de conduire ;

2°) d’enjoindre au ministre de procéder à l’actualisation du fichier national des permis de conduire dès notification du jugement à intervenir et de lui restituer son permis de conduire ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 400 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- les décisions portant retrait de points ne lui ont pas été notifiées ;
- la décision 48SI est entachée d’un vice de forme ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle n’a pas reçu communication des informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route à l’occasion des retraits de points ;
- la réalité des infractions n’est pas établie ;
- le solde de points n’est pas nul en application de l'article L. 223-6 du code de la route.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2025, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :
- les points retirés à la suite des infractions commises les 20 février 2022, 7 août 2022 et 5 avril 2023 ont été restitués antérieurement à l’introduction de la requête de sorte que les conclusions afférentes sont irrecevables ;
- les moyens relatifs aux autres infractions ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.

En application des dispositions de l’article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal administratif a désigné Mme Syndique pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Le rapport de Mme Syndique a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

1. Mme B... demande au tribunal d’annuler la décision référencée 48SI du 8 août 2024 par laquelle le ministre de l’intérieur a constaté la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

2. Aux termes de l’article L. 223-3 du code de la route : « Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. (…) ». Aux termes de l’article R. 223-3 du même code : « I. - Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. II. - Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. (…) ».

3. Il résulte de ces dispositions que l’administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d’une infraction dont la réalité a été établie, que si l’auteur de l’infraction s’est vu, préalablement, délivrer un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, lesquelles constituent une garantie essentielle lui permettant de contester la réalité de l’infraction et d’en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l’administration d’apporter la preuve, par tout moyen, qu’elle a satisfait à cette obligation d’information.

4. Pour ce qui concerne l’infraction du 8 octobre 2023, si le procès-verbal électronique daté du même jour et la constatant est produit à l’instance, il ne comporte ni la signature de l’intéressée ni la mention « refus de signer ». Par ailleurs, s’il résulte du relevé d’information intégral que cette infraction a donné lieu à l’émission d’un titre exécutoire pour le recouvrement d’une amende forfaitaire majorée, le ministre de l'intérieur ne produit en défense aucune copie d’un document attestant du paiement spontané de cette amende ou copie de l’avis de contravention adressé à l’intéressée, de nature à établir que Mme B... aurait nécessairement reçu l’information prévue par les dispositions de l’article L. 223-3 du code de la route préalablement à l’édiction de ce titre exécutoire. Ce vice de procédure est de nature à entacher d'illégalité la décision contestée dès lors qu’en l'espèce, il a privé l’intéressée de la garantie d’information prévue par cet article, notamment en ce qui concerne la qualification de l’infraction constatée, information déterminante pour connaître le nombre de points en jeu. Il suit de là que la décision de retrait de trois points correspondant à l’infraction commise le 8 octobre 2023 doit être regardée comme étant intervenue au terme d’une procédure irrégulière.

5. Il résulte de ce qui précède, sans que le tribunal soit tenu de se prononcer sur les autres moyens, que Mme B... est fondée à demander l’annulation de la décision 48SI en date du 8 août 2024.

Sur l’injonction :


6. L’exécution du présent jugement implique nécessairement que l’administration procède à l’actualisation du dossier de Mme B... dans le fichier national des permis de conduire. Par suite, il y a lieu d’enjoindre au ministre de l’intérieur de procéder à la suppression de la mention de la décision 48SI contestée et de la mention du retrait de points afférent à l’infraction du 8 octobre 2023 dans le relevé d'information intégral de l’intéressée, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, en en tirant lui-même toutes les conséquences à la date de sa nouvelle décision sur le capital de points et le droit de conduire de l’intéressée.

Sur les frais de l’instance :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il n’y a pas lieu de mettre à la charge de l’Etat la somme réclamée par Mme B... au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.





D E C I D E :


Article 1er : La décision référencée 48SI du ministre de l'intérieur en date du 8 août 2024 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l’intérieur de procéder à la suppression de la mention de la décision 48SI du 8 août 2024 et de la mention du retrait de points afférent à l’infraction du 8 octobre 2023 dans le relevé d'information intégral de Mme B..., dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, en en tirant lui-même toutes les conséquences à la date de sa nouvelle décision sur le capital de points et le droit de conduire de l’intéressée.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B... et au ministre de l’intérieur.




Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2025.




La magistrate désignée,





N. Syndique
Le greffier,





S. Werkling


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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