Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2415016

vendredi 10 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2415016
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de proposer un rendez-vous à M. B A Le, ressortissant vietnamien, pour le dépôt de sa demande de renouvellement de titre de séjour en qualité de réfugié, et de lui remettre un récépissé l'autorisant à travailler. La solution retenue fait droit à la requête de M. Le, qui était dans l'impossibilité technique de déposer sa demande via le téléservice de l'administration numérique des étrangers en France (ANEF), en raison de l'urgence et de l'utilité de la mesure. Les textes appliqués sont l'article L. 521-3 du code de justice administrative et l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 octobre 2024, M. B A Le, représenté par Me Mirtchev, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui proposer une date de rendez-vous en vue du dépôt de sa demande de renouvellement de titre de séjour dans un délai d'une semaine à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer un récépissé de cette demande l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 900 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie en l'absence de document établissant la régularité de son séjour, alors qu'il doit bénéficier de plein droit du renouvellement de son titre de séjour, et en raison de l'impossibilité d'exercer un emploi ou de percevoir des prestations sociales ;

- la condition d'utilité est remplie, dès lors qu'il est dans l'impossibilité technique de faire examiner sa demande de titre de séjour et ce malgré les nombreux courriers et courriels adressés à la préfecture ;

- la mesure sollicitée ne fait pas obstacle à une décision administrative.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Montreuil a désigné, Mme Jimenez, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre M. Le au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

3. M. Le, ressortissant vietnamien, a entendu déposer une demande de renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en qualité de réfugié. N'étant pas parvenu, en dépit des démarches qu'il a effectuées depuis cette date, à déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour au moyen du téléservice de l'administration numérique des étrangers en France, M. Le demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui proposer une date de rendez-vous en vue du dépôt de sa demande de renouvellement son titre de séjour et de le munir à cette occasion d'un récépissé de titre de séjour l'autorisant à travailler.

4. Il résulte de l'instruction que faute de pouvoir sélectionner, sur le site de l'administration numérique des étrangers en France (l'ANEF), une catégorie de demande correspondant à sa situation, et malgré les nombreuses demandes d'éclaircissements et de rendez-vous sollicitées, en vain, auprès des services de la préfecture, M. Le est dans l'impossibilité de déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour en qualité de réfugié. Il résulte également de l'instruction que M. Le a saisi le support technique de la plateforme de l'ANEF, sans succès. Dès lors, la mesure qu'il sollicite, qui ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative et ne se heurte à aucune contestation sérieuse, satisfait aux conditions d'urgence et d'utilité énoncées par les dispositions précitées.

5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de communiquer à M. Le, dans un délai de six semaines à compter de la notification de la présente ordonnance, une date de rendez-vous pour lui permettre de présenter une demande de titre de séjour et de lui remettre à cette occasion un récépissé de cette demande l'autorisant à travailler. Il n'y a en revanche pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

6. M. Le ayant été provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Mirtchev, avocate de M. Le, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Mirtchev de la somme de 800 euros. Dans l'hypothèse où le bénéfice de l'aide juridictionnelle ne lui serait pas définitivement accordé, cette somme sera versée à M. Le.

O R D O N N E :

Article 1er : M. Le est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de communiquer à M. Le, dans un délai de six semaines à compter de la notification de la présente ordonnance, une date de rendez-vous pour lui permettre de présenter une demande de titre de séjour et de lui remettre à cette occasion un récépissé de cette demande l'autorisant à travailler.

Article 3 : L'État versera la somme de 800 euros à Me Mirtchev, avocate de M. Le, sous réserve que celle-ci renonce à la part contributive de l'État, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans l'hypothèse où le bénéfice de l'aide juridictionnelle ne lui serait pas définitivement accordé, cette somme sera versée à M. Le.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A Le, à Me Mirtchev et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Fait à Montreuil, le 10 janvier 2025.

La juge des référés,

J. Jimenez

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.