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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2415883

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2415883

mercredi 31 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2415883
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation12ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Montreuil annule la décision du 6 septembre 2024 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de délivrer une carte de résident de longue durée-UE à Mme A..., ressortissante bangladaise. Le tribunal applique l’article L. 426-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, interprété à la lumière de la directive 2003/109/CE et de l’arrêt de la CJUE du 3 octobre 2019 (C-302/18). Il juge que le préfet a commis une erreur d’appréciation en estimant que les ressources de Mme A..., incluant celles de son partenaire, n’étaient pas suffisantes, stables et régulières sur la période de cinq ans. La solution retenue est l’annulation de la décision préfectorale pour méconnaissance des conditions de ressources.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 6 novembre 2024 et 5 avril 2025, Mme B... A... demande au tribunal d’annuler la décision du 6 septembre 2024 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer une carte de résident d’une durée de dix ans.


Elle soutient que la décision attaquée méconnait l’article L. 426-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.



La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n’a pas produit d’observations.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l’audience.

A été entendu au cours de l’audience publique le rapport de Mme Lamlih.

Les parties n’étaient pas présentes ni représentées.


Considérant ce qui suit :

Mme A..., ressortissante bangladaise, a sollicité une carte de résident d’une durée de dix ans. Elle demande au tribunal l’annulation de la décision du 6 septembre 2024 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de faire droit à sa demande.

Aux termes de l’article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger qui justifie d'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France au titre d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident, de ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins et d'une assurance maladie se voit délivrer, sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 426-18, une carte de résident portant la mention "résident de longue durée-UE" d'une durée de dix ans. (…) Les ressources mentionnées au premier alinéa doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. Sont prises en compte toutes les ressources propres du demandeur, indépendamment des prestations familiales et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ainsi qu'aux articles L. 5423-1, L. 5423-2 et L. 5423-3 du code du travail. / La condition de ressources prévue au premier alinéa n'est pas applicable lorsque la personne qui demande la carte de résident est titulaire de l'allocation aux adultes handicapés mentionnée à l'article L. 821-1 du code de la sécurité sociale ou de l'allocation supplémentaire mentionnée à l'article L. 815-24 du même code. (…) ». Aux termes de l’annexe 10 au code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l’étranger sollicitant la délivrance de la carte de résident prévu par ces dispositions doit notamment produire des justificatifs de ses ressources « qui doivent être suffisantes, stables et régulières sur les 5 dernières années ».

Ainsi que l’a dit pour droit la Cour de justice de l’Union européenne dans son arrêt rendu le 3 octobre 2019 dans l’affaire C-302/18, « L’article 5, paragraphe 1, sous a), de la directive 2003/109/CE du Conseil, du 25 novembre 2003, relative au statut des ressortissants de pays tiers résidents de longue durée, doit être interprété en ce sens que la notion de « ressources » visée à cette disposition ne concerne pas uniquement les « ressources propres » du demandeur du statut de résident de longue durée, mais peut également couvrir les ressources mises à la disposition de ce demandeur par un tiers pour autant que, compte tenu de la situation individuelle du demandeur concerné, elles sont considérées comme étant stables, régulières et suffisantes ». Par suite, pour l’application des dispositions de l’article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui assurent la transposition de l’article 5, paragraphe 1, sous a), de la directive du 25 novembre 2003, il appartient au préfet d’analyser concrètement la situation individuelle du demandeur du statut de résident longue durée dans son ensemble et de tenir compte, notamment, du lien familial entre ce demandeur et le membre ou les membres de la famille disposés à la prendre en charge, puis d’examiner si ses ressources sont suffisantes ou non et présentent ou non une certaine permanence ainsi qu’une certaine continuité, afin que ce demandeur ne devienne pas une charge pour l’Etat membre d’accueil.

En l’espèce, Mme A... verse à l’instance les avis d’impôt sur les revenus perçus par elle et son partenaire, en 2019, 2021, 2022 et 2023, attestant de revenus imposables pour ces années de respectivement 33 404, 65 141, 83 506 et 64 867 euros ainsi qu’un relevé de carrière au titre des revenus qu’elle a elle-même perçus en 2020 à hauteur de 14 073 euros. Il ressort de ces pièces que Mme A... justifie, à la date de la décision en litige, de ressources stables, suffisantes et régulières sur la période de référence. Il s’ensuit que la requérante est fondée à soutenir, qu’en estimant le contraire, le préfet de la Seine-Saint-Denis a entachée la décision en litige d’une erreur d’appréciation.

5. Il résulte de ce qui précède que Mme A... est fondée à demander l’annulation de la décision attaquée.


D E C I D E :



Article 1er : La décision du 6 septembre 2024 du préfet de la Seine-Saint-Denis est annulée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l’audience du 16 décembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Jauffret, président,
M. Marias, premier conseiller,
Mme Lamlih, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 décembre 2025.


La rapporteure,



D. Lamlih



Le président,



E. JauffretLa greffière,



S. Mohamed Ali

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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