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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2416257

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2416257

mercredi 14 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2416257
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantNZAMBA

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Montreuil a rejeté la requête de M. D A, ressortissant colombien, qui contestait un arrêté du préfet du Val-d'Oise l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant son pays de destination et prononçant une interdiction de retour d'un an. Le tribunal a écarté le moyen tiré d'un vice de forme, estimant que l'arrêté comportait la signature et les mentions requises par l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration. Il a également jugé que la mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, compte tenu de la situation personnelle et familiale du requérant. En conséquence, l'ensemble des conclusions de M. D A, y compris celles relatives aux frais d'instance, ont été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2415976 du 7 novembre 2024, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis au tribunal administratif de Montreuil la requête, enregistrée le 7 novembre 2024, présentée par M. E D A.

Par cette requête, M. D A, représenté par Me Nzamba, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 novembre 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination, et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de forme ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 décembre 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Lamlih.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant colombien, né le 29 mai 1983, a été interpellé par les services de police le 3 novembre 2024. Par un arrêté pris le lendemain, dont M. D A demande l'annulation, le préfet du Val d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté contesté, qui a été signé par Mme C B, comporte en caractères lisibles les prénom, nom et qualité de sa signataire ainsi que la signature manuscrite de cette dernière. Cet arrêté indique également, avec une précision suffisante, contrairement à ce que soutient le requérant, la qualité de l'intéressée, cheffe de section à la préfecture du Val-d'Oise. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration doit donc être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Contrairement à ce qu'il soutient, M. D A ne justifie pas être entré régulièrement en France le 2 août 2023. En outre, il ressort des pièces du dossier que le requérant est célibataire, sans charge de famille et qu'il ne démontre pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de quarante ans. Dans ces conditions, alors même que M. D A justifierait d'une promesse d'embauche en qualité de " chauffeur poids lourds Telecom " de la société Cret en date du 15 octobre 2024, l'arrêté attaqué n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et n'a pas, par suite, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, cet arrêté n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. Il résulte de tout ce qui précède M. D A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des frais d'instance ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 30 avril 2025, à laquelle siégeaient :

M. Gauchard, président,

M. Guiral, premier conseiller,

Mme Lamlih, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mai 2025.

La rapporteure,

D. Lamlih

Le président,

L. Gauchard La greffière,

S. Jarrin

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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