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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2416339

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2416339

jeudi 23 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2416339
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème Chambre (JU)
Avocat requérantLANTHEAUME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 novembre 2024, et un mémoire, enregistré le 18 décembre 2024, Mme D B C, représentée par Me Lantheaume, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 7 novembre 2024, par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Bobigny lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre, à titre principal, à l'OFII de lui attribuer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de cinq jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui verser l'allocation de demandeur d'asile à titre rétroactif à compter du 7 novembre 2024 ; à défaut, de d'enjoindre à l'OFII de procéder à un réexamen de sa situation sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 300 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, à lui verser directement en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- l'OFII n'a pas procédé à un examen personnalisé de sa situation ;

- son droit à l'information a été méconnu, en violation des articles L. 551-10 et R. 551-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'est pas justifié qu'un interprète était présent lors de son entretien auprès des services de l'OFII ni qu'il lui ait été indiqué que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil pouvait lui être refusé en cas de réexamen d'une demande d'asile, de sorte qu'elle a été privée d'une garantie ;

- elle méconnaît les articles L. 522-1, L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle dû à l'absence d'évaluation de sa vulnérabilité et que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'apporte pas la preuve que cet entretien a été mené par un agent qualifié ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle méconnaît les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que l'OFII lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil de manière automatique ;

- sa demande de réexamen de sa demande d'asile se fonde sur un motif légitime ;

- elle présente une situation de vulnérabilité justifiant l'octroi des conditions matérielles d'accueil eu égard aux multiples pathologies dont elle souffre ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 décembre 2024, le préfet conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle a été introduite tardivement, au-delà du délai de recours contentieux de sept jours suivant la notification de la décision attaquée à l'intéressée ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Lacaze, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions qui refusent, totalement ou partiellement, au demandeur d'asile le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lacaze ;

- les observations de Me Lantheaume, avocate commise d'office représentant Mme B C, présente, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ; elle soutient en outre que la requête n'est pas tardive dès lors que le délai de recours contentieux de 7 jours est un délai franc, alors en outre qu'elle n'a pas été assistée d'un interprète en lingala lors de la notification de la décision attaquée, de sorte que les voies et délais de recours ne lui sont pas opposables ; le seul fait qu'elle ait sollicité le réexamen de sa demande d'asile ne dispensait pas l'OFII de prendre en compte sa situation particulière et notamment sa vulnérabilité, qui résulte en l'espèce de son état de santé dès lors qu'elle souffre de diabète et d'hypertension artérielle ; elle n'a pas reçu la décision d'irrecevabilité de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) ;

- les observations de Mme B C, assistée de Mme A, interprète en langue lingala ;

- Le directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

1. Mme B C, ressortissante de la République démocratique du Congo, née le 29 novembre 1979, a déposé une demande de réexamen de sa demande d'asile qui a été enregistrée le 7 novembre 2024. Par une décision du même jour, dont il demande l'annulation, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme B C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

4. En premier lieu, la décision attaquée vise les articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que Mme B C a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile et qu'après examen de ses besoins et de sa situation personnelle et familiale, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lui est refusé. Cette décision comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et est, par suite, suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il résulte de la motivation de la décision que l'OFII a procédé à un examen particulier de la situation de M. B C, y compris de sa vulnérabilité.

6. En troisième lieu, Mme B C soutient qu'elle n'a pas été informée dans une langue qu'elle comprend, sur le fondement des dispositions des articles L. 551-15 et R. 551-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des conditions dans lesquelles l'administration peut refuser le bénéfice des conditions d'accueil au profit du demandeur. S'il résulte de l'instruction que Mme B C n'a pas bénéficié de l'assistance d'un interprète à l'occasion de l'entretien de vulnérabilité qui s'est déroulé le 29 mars 2024 et de la notification de la décision attaquée, il ressort des pièces produites par le préfet que l'intéressée a attesté, lors de l'enregistrement de sa première demande d'asile, par sa signature le 20 octobre 2021 de l'offre de prise en charge de l'OFII, avoir été informé des conditions et modalités de suspension, de retrait et de refus des conditions matérielles d'accueil. En outre, Mme B C avait bénéficié le même jour d'un entretien d'évaluation de sa vulnérabilité réalisé en langue française avec l'assistance d'un interprète. Par suite, le moyen tiré de ce que l'information prévue à l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne lui a pas été donnée dans une langue qu'il comprend doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ".

8. Il ressort des pièces du dossier et du compte-rendu d'entretien signé par l'intéressée que l'OFII a procédé à un examen de sa vulnérabilité le 29 mars 2024 avant d'édicter la décision en litige. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit dès lors être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 522-2 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin ".

10. M. B C soutient qu'il n'est pas démontré que l'examen de vulnérabilité a été mené par un agent ayant reçu une formation spécifique à cette fin. Toutefois, les dispositions précitées n'imposent pas que soit portée la mention, sur le compte-rendu d'entretien de vulnérabilité, de l'identité de l'agent qui a conduit l'entretien, lequel en l'absence d'élément contraire, doit être regardé comme ayant reçu la formation spécifique mentionnée à l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Au demeurant, la requérante ne fait valoir aucune circonstance susceptible d'établir qu'elle n'aurait pas été reçue par un agent ayant bénéficié de la formation prévue. Par suite, le moyen tiré de ce que l'entretien d'évaluation préalable n'aurait pas été conduit par un agent qualifié ne peut qu'être écarté.

11. En sixième lieu, aucune disposition légale ou règlementaire n'impose que soient mentionnées l'identité et les coordonnées de l'interprète ayant réalisé l'entretien de vulnérabilité.

12. En septième lieu, dans le cas où il envisage de refuser les conditions matérielles d'accueil, il appartient à l'OFII d'apprécier la situation particulière du demandeur au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil et, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté ses obligations pour pouvoir prétendre au bénéfice des conditions matérielles d'accueil. En vertu de l'article L. 522-3 du même code, l'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs seuls ou accompagnés par une personne isolée, les personnes handicapées, les personnes âgées, les femmes enceintes, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves ou de troubles mentaux, puis les personnes ayant subi des formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle.

13. Mme B C fait valoir qu'elle est dans une situation de vulnérabilité particulière au motif qu'elle présente des problèmes de santé et qu'elle souffre en particulier d'hypertension artérielle et de diabète. Au soutien de ses allégations, elle se borne à produire un compte-rendu d'une consultation chez un cardiologue en date du 10 octobre 2024 mentionnant qu'elle souffre de palpitations depuis un an et qu'à l'issue d'un examen clinique et d'un électrocardiogramme, une hyperexcitabilité ventriculaire très modérée a été relevée. Si ce certificat préconise par ailleurs la réalisation d'un bilan complémentaire, il mentionne toutefois l'absence de prescription d'un traitement " dans l'immédiat ". Ces circonstances ne permettent pas en l'espèce de caractériser une situation réelle et actuelle de vulnérabilité particulière au sens des dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en outre que la décision contestée ne fait pas obstacle, par elle-même, à la poursuite du suivi médical Mme B C et à la prise d'un traitement approprié à son état de santé. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 555-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni que la décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.

14. En huitième lieu, à la supposer même établie, la circonstance tirée de l'absence de notification régulière de la décision du 28 novembre 2024 par laquelle l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a déclaré irrecevable la demande de réexamen présentée par Mme B C, qui est postérieure à la décision attaquée, est sans incidence sur la légalité de cette dernière. Au surplus, il ressort du relevé " TelemOfpra " produit en défense, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a déclaré irrecevable la demande de réexamen déposée par Mme B C pour absence de craintes (mention " ADC " portée sur le TelemOfpra), en vertu donc du 3° de l'article L. 531-32 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de sorte qu'en application des dispositions de l'article L. 542-2 du même code, le droit au maintien de l'intéressée sur le territoire français a pris fin dès l'intervention de cette décision.

15. En dernier lieu, s'il ressort des termes de la décision en litige que le refus opposé à Mme B C à sa demande d'octroi des conditions matérielles d'accueil est fondé sur l'unique motif qu'elle a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile, il n'en ressort pas pour autant que le directeur territorial de l'OFII se serait cru en compétence liée pour opposer de manière automatique ce refus, la décision faisant mention de ce qu'elle est opposée après examen des besoins de l'intéressé et de sa situation personnelle et familiale. Ainsi qu'il a déjà été dit, Mme B C n'a pas fait valoir d'élément de nature à justifier d'une particulière vulnérabilité justifiant un octroi des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit qu'aurait commise le directeur territorial de l'OFII en s'étant cru à tort en situation de compétence liée doit, par suite, être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Seine-Saint-Denis, que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. B C doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles à fin d'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: M. B C est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B C, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Lantheaume.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2025.

Le magistrat désigné,

L. LACAZELa greffière,

J. BOUAMRANE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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