Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2416390

vendredi 17 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2416390
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil, statuant par ordonnance, a été saisi d’un recours pour excès de pouvoir par Mme A..., reconnue prioritaire et devant être relogée en urgence par la commission de médiation de la Seine-Saint-Denis le 18 octobre 2023, mais n’ayant reçu aucune offre de relogement. Sur le fondement de l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation, le tribunal a enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis d’assurer le relogement de l’intéressée et de sa famille, sous astreinte de 400 euros par mois de retard à compter du 1er mars 2025, destinée au fonds national d’accompagnement vers et dans le logement. Les conclusions accessoires relatives aux frais de justice ont été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 novembre 2024, Mme A..., épouse B..., représentée par Me Pluchet, demande au tribunal :

1°) d’ordonner au préfet de la Seine-Saint-Denis d’assurer son relogement et celui de sa famille sous une astreinte destinée au fonds national d’accompagnement vers et dans le logement de 400 euros par mois de retard dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement ;

2°) de mettre à la charge de l’État le versement d’une somme de 750 euros à Mme A... et une somme de 250 euros à Me Pluchet en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que, par décision du 18 octobre 2023, la commission de médiation de la Seine-Saint-Denis l’a reconnue prioritaire et comme devant être relogée en urgence avec sa famille, or, elle n’a reçu, à ce jour, aucune proposition.

Par une décision du 8 octobre 2024, Mme A... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle partielle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
le code de la construction et de l’habitation ;
la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Baffray, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l’article R. 778-1 du code de justice administrative.

En application de l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, les parties ont été informées de l’absence d’audience et de la clôture de l’instruction le 26 décembre 2024.
Considérant ce qui suit :

Aux termes du I de l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation : « Le demandeur qui a été reconnu par la commission de médiation comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence et qui n'a pas reçu, dans un délai fixé par décret, une offre de logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités peut introduire un recours devant la juridiction administrative tendant à ce que soit ordonné son logement ou son relogement. / (…) Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne statue en urgence, dans un délai de deux mois à compter de sa saisine. (…) / Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne, lorsqu'il constate que la demande a été reconnue comme prioritaire par la commission de médiation et doit être satisfaite d'urgence et que n'a pas été offert au demandeur un logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités, ordonne le logement ou le relogement de celui-ci par l'État et peut assortir son injonction d'une astreinte. (…) le jugement prononçant l'astreinte mentionne que les sommes doivent être versées jusqu'au jugement de liquidation définitive. / Lorsqu'il est manifeste, au vu de la situation du demandeur, que son logement ou relogement doit être ordonné, le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné peut y procéder par ordonnance, après avoir mis le représentant de l'État en mesure de présenter ses observations en défense et clôturé l'instruction. / Le produit de l'astreinte est versé au fonds national d'accompagnement vers et dans le logement, institué en application de l’article L. 300-2. / (…) »

Sur la demande d’injonction :

Les dispositions précitées du code de la construction et de l’habitation font obligation au juge d’adresser au préfet l’injonction qu’elles prévoient, dès lors qu’il constate que la demande a été reconnue comme prioritaire par la commission de médiation, qu’elle doit être satisfaite d’urgence et que n'a pas été offert au demandeur un hébergement tenant compte de ses besoins et de ses capacités.

Par une décision du 18 octobre 2023, la commission de médiation de la Seine-Saint- Denis a désigné Mme A... comme prioritaire et devant être relogée en urgence au motif qu’elle est « dépourvue de logement/hébergée chez un tiers ». Le nombre total de personnes à reloger est de quatre personnes.

Or, il résulte de l’instruction que Mme A... n’a pas reçu, à ce jour, d’offre de relogement tenant compte de ses besoins et capacités ayant abouti. Il ne résulte pas de cette même instruction que sa situation ait, depuis lors, évolué. Dans ces conditions, il y a lieu d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis d’assurer le relogement de Mme A... et de ses enfants.

Sur l’astreinte :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce et en application des dispositions citées au point 1, d’assortir d’office cette injonction d’une astreinte destinée au fonds national l'accompagnement vers et dans le logement. Le montant de cette astreinte doit être fixé à 400 euros par mois de retard à compter du 1er mars 2025.

Sur les frais liés au litige :

Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’État une somme au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :


Article 1er : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis d’assurer le relogement de Mme A... sous une astreinte destinée au fonds national d'accompagnement vers et dans le logement de 400 euros par jour de retard à compter du 1er mars 2025.

Article 2 : Les sommes dues en exécution de l’article 1er ci-dessus doivent être versées jusqu’au jugement de liquidation définitive.

Article 3 : Le surplus des conclusions de Mme A... est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A..., épouse B..., à Me Pluchet et au ministre de l’aménagement du territoire et de la décentralisation.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.


Fait à Montreuil, le 17 janvier 2025.



Le président de la 5e chambre,




J.-F. Baffray


La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.