Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2418125

vendredi 20 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2418125
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Montreuil, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. B qui demandait la délivrance de visas pour ses deux filles mineures résidant au Mali, en invoquant un risque d’excision. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas établie et que l’absence de délivrance des visas ne constituait pas, en l’état, une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales (dignité, droit à la vie, vie familiale). La requête a été rejetée sans instruction ni audience, conformément à l’article L. 522-3 du même code.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 décembre 2024, M. B, agissant au nom de ses deux enfants mineurs, représenté par Me Metzker, demande au juge des référés, statuant par application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative d'enjoindre à l'Etat de délivrer à ses deux filles A et D, résidant au Mali, un visa pour venir le rejoindre en France en raison d'un risque d'excision.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que ses deux filles mineures risquent d'être excisées, alors que la demande de visa pour un retour en France a été rejetée ;

- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à la dignité de la personne humaine, leur droit à la vie et à une vie familiale normale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme de Bouttemont, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

2. Pour établir l'existence d'une atteinte grave et manifestement illégale, M. B, ressortissant malien résidant en France en situation régulière, fait valoir que ses deux filles, nées en 2014 et 2016, résidant au Mali, risquent d'être excisées justifiant la délivrance en urgence d'un visa pour la France. Toutefois, il n'apporte aucun élément précis et factuels à l'appui de ses allégations, de nature à établir la réalité du risque de mutilation sexuelle invoquée, notamment l'ethnie dont il serait issu, la persistance de cette pratique dans sa famille et celle de son épouse, les éventuelles pressions dont ils seraient victimes à Bamako, où résident les enfants sous la responsabilité de leur mère ou l'impossibilité de s'en protéger. Dans ces conditions, l'absence de délivrance des visas sollicités ne permet pas de caractériser, en l'état de l'instruction, un agissement qui serait constitutif d'une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que le requérant invoque.

3. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée selon la procédure prévue par l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B.

Fait à Montreuil, le 20 décembre 2024.

La juge des référés,

M. de Bouttemont

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.