Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 décembre 2024 et 7 août 2025, M. D... A..., représenté par Me Michel, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 22 novembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai d’un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, durant ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision portant refus de séjour a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dès lors que la communauté de vie affective et matérielle avec son épouse est établie ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée des mêmes illégalités que la décision portant refus de séjour ;
- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n’a pas produit de mémoire.
Par une ordonnance du 29 septembre 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 17 octobre 2025.
M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par décision du 29 avril 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Syndique, première conseillère, a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A..., ressortissant palestinien né au Liban le 25 février 1969, a sollicité le 6 décembre 2023 son admission au séjour. Par un arrêté du 22 novembre 2024, dont M. A... demande l’annulation, le préfet de la Seine‑Saint‑Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d’annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-3942 du 24 octobre 2024, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine-Saint-Denis du même jour, la préfète de la Seine-Saint-Denis par intérim a donné délégation à M. B... C..., sous-préfet de Saint-Denis, signataire de l’arrêté attaqué, à l’effet de signer tous documents et décisions en toutes matières se rapportant à l’administration de l’arrondissement à l’exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions relatives à la situation et au séjour des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de la décision contestée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision portant refus de titre de séjour énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis n’aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A... avant de prendre la décision contestée.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ».
6. Il ressort des pièces du dossier que M. A... s’est marié avec une ressortissante française le 29 août 2020, laquelle est décédée le 23 décembre 2021. A supposer qu’il ait déposé une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, la seule circonstance qu’il établirait, par les pièces qu’il produit, une communauté de vie effective et matérielle avec son épouse pendant leur mariage ne saurait suffire à démontrer qu’il dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doit, en tout état de cause, être écarté.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 423-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ». Aux termes de l'article L. 423-3 du même code : « Lorsque la rupture du lien conjugal ou la rupture de la vie commune est constatée au cours de la durée de validité de la carte de séjour prévue aux articles L. 423-1 ou L. 423-2, cette dernière peut être retirée. / Le renouvellement de la carte est subordonné au maintien du lien conjugal et de la communauté de vie avec le conjoint qui doit avoir conservé la nationalité française ». Aux termes de l'article L. 423-4 du même code : « La rupture du lien conjugal n'est pas opposable lorsqu'elle résulte du décès du conjoint. Il en va de même de la rupture de la vie commune ».
8. Il ressort des termes de l’arrêté en litige que, pour refuser un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l’article L. 423-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, le préfet s’est fondé sur les motifs que M. A... avait déposé une demande de titre de séjour en qualité de conjoint de français près de deux ans après le décès de son épouse, alors qu’il était veuf, et qu’il n’apportait pas à l’appui de sa demande des éléments permettant d’attester d’une communauté de vie affective et matérielle probante avec son épouse. La situation de l’intéressé n’entrant pas dans le champ des dispositions des articles L. 423-3 et L. 423-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, lesquelles sont exclusivement applicables aux demandes de renouvellement de titre de séjour, le préfet pouvait au seul motif du décès de l’épouse de M. A... lui refuser la délivrance d’un premier titre de séjour en qualité de conjoint d’une ressortissante française. Par suite, à supposer que le requérant ait entendu soulever le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-2, et non de l'article L. 423-23, du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, et alors même qu’il justifierait d'une vie commune et effective de six mois en France avec son épouse, ce moyen ne peut qu’être écarté.
9. En sixième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ».
10. A l’appui du moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations, M. A... se prévaut de sa durée de présence, de ses liens personnels et familiaux en France, notamment de son mariage avec une ressortissante française, de la présence en France de sa mère, reconnue apatride, et d’un demi-frère de nationalité française, ainsi que de l’absence d’attaches au Liban, pays dont il n’a pas la nationalité. Toutefois, s’il soutient être entré en France le 26 février 2015, il n’établit pas qu’il aurait résidé en France entre cette date et la date du 1er janvier 2019, laquelle est mentionnée dans l’arrêté en litige comme celle de son entrée régulière en France sous couvert d’un titre de séjour hellénique. A la date de l’arrêté attaqué, il était veuf et sans enfant. En outre, il n’établit ni que sa mère aurait besoin d’aide ni qu’il s’en occuperait par la seule production d’un contrat de travail à durée indéterminée portant comme date d’embauche le 1er février 2024 et comme date de signature le 30 mai 2024 et ne précisant pas la rémunération afférente aux fonctions d’aide à domicile. Enfin, à l’exception de ce contrat et d’un certificat de compétences relatif au socle de connaissances et de compétences professionnelles, il n’apporte aucun élément sur son insertion professionnelle. Dès lors, compte tenu de l’ensemble des circonstances de l’espèce, la décision attaquée n’a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but en vue duquel elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
11. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 2 à 10, M. A... n’est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée des mêmes illégalités que la décision portant refus de séjour.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
12. En premier lieu, la décision fixant le pays de destination énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.
13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ». Ce dernier texte stipule que : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ».
14. De première part, le requérant fait valoir qu’il n’a pas la nationalité libanaise et ne dispose pas de documents de voyage lui permettant de retourner au Liban. Toutefois, il est constant qu’il y est né et qu’il est enregistré auprès de l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) au Liban et possède une carte de réfugié palestinien au Liban. Dans ces conditions, il n’établit pas qu’il ne serait pas légalement admissible dans ce pays.
15. De deuxième part, le requérant se prévaut de la situation des réfugiés palestiniens au Liban et des risques qu’il encourrait en cas de retour dans ce pays. Toutefois, il n’apporte aucun élément probant relatif à sa situation personnelle à l’appui de ses allégations peu circonstanciées sur les discriminations qu’il aurait personnellement subies au Liban, son engagement politique au sein du Fatah, sa détention pendant un mois par le Hezbollah dans des conditions inhumaines et dégradantes suivi d’un emprisonnement en Syrie.
16. De troisième part, le requérant soutient qu’il ne peut retourner en Palestine compte tenu de la situation actuelle dans la Bande de Gaza. Toutefois, il n’est pas né à Gaza et ne fait pas valoir qu’il y aurait vécu.
17. Il en résulte que les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
18. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A... doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d’injonction et celles présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D... A... et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 4 décembre 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Mach, présidente,
Mme Syndique, première conseillère,
M. Hégésippe, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 décembre 2025.
La rapporteure,
N. Syndique
La présidente,
A-S. Mach
Le greffier,
S. Werkling
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.