Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2501498

lundi 24 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2501498
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. A B. Ce dernier demandait qu'il soit enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de titre de séjour et d'instruire son dossier. Le juge a estimé que les conditions d'urgence et d'utilité n'étaient pas remplies, faute pour le requérant de justifier de démarches suffisantes pour obtenir le renouvellement de son attestation après son expiration. La décision applique les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 janvier 2025, M. C A B, représenté par Me Hervet, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de délivrance d'un titre de séjour dans le délai de trois jours à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis d'instruire sa demande de renouvellement de titre de séjour dans les plus brefs délais ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est satisfaite dès lors que son attestation de prolongation d'instruction a expiré le 16 janvier 2025, et qu'il se trouve en situation irrégulière au regard du droit au séjour alors qu'il a effectué les démarches nécessaires pour solliciter le renouvellement de son titre de séjour ; par ailleurs, il est père d'une enfant française mineure, et bénéficie d'une promesse d'embauche pour un emploi d'économiste du bâtiment, sous couvert d'un contrat de travail à durée indéterminée ;

- la mesure sollicitée est utile dès lors qu'il est porté atteinte à ses droits élémentaires, à sa liberté d'aller et venir, à sa vie privée et familiale et à son droit au travail ;

- le prononcé de la mesure sollicitée ne fera pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Gauchard, vice-président, pour statuer sur les demandes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A B, ressortissant congolais né le 5 août 1997 à Kinshasa (République démocratique du Congo), a été titulaire d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " du 3 août 2023 au 2 août 2024. Le 20 mai 2024, il a sollicité sur la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France (ANEF) le renouvellement de son titre de séjour ains qu'un changement de statut vers un titre portant la mention " vie privée et familiale " en tant que parent d'enfant français. Le 16 octobre 2024, il a été mis en possession d'une attestation de prolongation d'instruction, qui a expiré le

15 janvier 2025. M. A B soutient que depuis, il n'a toujours pas été statué sur sa demande et il ne parvient pas à obtenir une nouvelle attestation de prolongation d'instruction. Par la présente requête, il demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction et d'instruire sa demande dans les plus brefs délais.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence, et sur simple requête qui sera recevable, même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles, sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. S'agissant de la condition d'urgence à laquelle est notamment subordonné le prononcé des mesures mentionnées à l'article L. 521-3, il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si la situation portée à sa connaissance est de nature à porter un préjudice suffisamment grave et immédiat à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.

4. Ainsi qu'il a été dit au point 1, M. A B a été mis en possession d'une attestation de prolongation d'instruction valable du 16 octobre 2024 au 15 janvier 2025. Si le requérant soutient avoir tenté à plusieurs reprises de contacter les services de la préfecture de la Seine-Saint-Denis afin de les alerter sur les difficultés qu'il rencontrait à obtenir le renouvellement de cette attestation, il se borne à produire trois courriels envoyés par son conseil aux services préfectoraux, et dont deux d'entre eux, en date des 14 et 21 août 2024, ont été envoyés antérieurement à la délivrance de sa précédente attestation de prolongation d'instruction et ne permettent dès lors pas de justifier de la réalité de ses démarches. Par suite, les conditions d'urgence et d'utilité exigées par l'article L.521-3 du code de justice administrative ne peuvent être regardées comme remplies.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A B ne peut qu'être rejetée, en toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présente ordonnance sera notifiée à M. C A B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Fait à Montreuil, le 24 février 2025.

Le juge des référés,

L. Gauchard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.