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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2502391

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2502391

mardi 16 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2502391
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantTOUJAS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil a annulé les décisions du 13 janvier 2025 par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis refusait de renouveler le titre de séjour de M. B..., ressortissant tunisien marié à une Française, et l'obligeait à quitter le territoire. Le tribunal a jugé que le préfet avait commis une erreur d'appréciation en estimant que la communauté de vie avec son épouse n'était pas maintenue, au vu des nombreux justificatifs fournis (factures, bulletins de salaire, avis d'imposition). La décision se fonde sur les articles L. 423-1 à L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatifs au renouvellement du titre de séjour pour conjoint de Français.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 février 2025, M. C... B..., représenté par Me Toujas, demande au tribunal :

1°) d’annuler les décisions du 13 janvier 2025 par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d’éloignement ;

2°) d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de résident dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande dans le même délai, et, dans l’attente de ce réexamen, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros sur fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :
- elle est entachée d’une incompétence de sa signataire ;
- elle est entachée d’une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen particulier ;
- elle méconnaît le champ d’application de la loi par l’application à un ressortissant tunisien des articles L. 423-2 et L. 423-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 10 de l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-2 et L. 423-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :
- elle est illégale en raison de l’illégalité de la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n’a pas produit d’observations en défense.

Par une ordonnance du 9 septembre 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 1er octobre 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Bazin, rapporteure,
- et les observations de Me Toujas, représentant M. B....


Considérant ce qui suit :

M. B..., ressortissant tunisien né le 18 mai 1983, est entré sur le territoire français le 26 mars 2018, muni d’un visa de court séjour. Il a été mis en possession d’un titre de séjour en qualité de conjoint de française valable jusqu’au 30 avril 2024, dont il a sollicité le renouvellement le 5 avril 2024. Par des décisions du 13 janvier 2025, dont M. B... demande l’annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d’éloignement.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

Aux termes de l’article L. 423-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d’une durée d’un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n’a pas cessé depuis le mariage (…) ». Aux termes de l’article L. 423-2 du même code : « L’étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d’une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d’une durée d’un an. La condition prévue à l’article L. 412-1 n’est pas opposable ». Aux termes de l’article L. 423-3 du même code : « (…) Le renouvellement de la carte est subordonné au maintien du lien conjugal et de la communauté de vie avec le conjoint qui doit avoir conservé la nationalité française ».

Pour refuser le renouvellement du titre de séjour de M. B... en qualité de conjoint de française, le préfet de la Seine-Saint-Denis s’est fondé sur la circonstance qu’hormis un acte de mariage et une attestation sur l’honneur, l’intéressé n’a apporté à l’administration aucun élément permettant d’attester du maintien de la communauté de vie affective et matérielle probante en France avec son épouse alors que le mariage a été célébré plus de quatre ans avant la présente demande. Toutefois, M. B... justifie, par les pièces versées au dossier, qui sont suffisamment variées, notamment des factures, des bulletins de salaire, des quittances de loyers, des avis d’imposition et une attestation d’assurance habitation, que sa communauté de vie avec son épouse, de nationalité française, avec laquelle il s’est marié le 27 mars 2021, n’a pas cessé depuis qu’il a été mis en possession d’un premier titre de séjour en qualité de conjoint de française. Le préfet de la Seine‑Saint‑Denis, qui n’a pas présenté d’observations en défense, ne fait état d’aucun élément de nature à faire obstacle au renouvellement du titre de séjour de M. B.... Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour méconnaît les dispositions de l’article L. 423-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B... est fondé à demander l’annulation de la décision du 13 janvier 2025 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour, ainsi que, par voie de conséquence, des décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination de cette mesure d’éloignement.

Sur les conclusions aux fins d’injonction :

Eu égard au motif d’annulation retenu au point 3 du présent jugement, l’annulation de la décision du préfet de la Seine-Saint-Denis implique nécessairement que cette autorité, ou tout autre préfet territorialement compétent, délivre à M. B... un titre de séjour. En application des dispositions précitées de l’article L. 911-1 du code de justice administrative, il y a lieu d’enjoindre au préfet de procéder à cette délivrance, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.



Sur les frais liés au litige :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’État le versement à M. B... d’une somme de 1 100 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


D E C I D E :


Article 1er : Les décisions du 13 janvier 2025 par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler le titre de séjour de M. B..., l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d’éloignement sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout préfet territorialement compétent de délivrer un titre de séjour à M. B..., dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L’Etat versera à M. B... une somme de 1 100 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C... B... et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l’audience du 2 décembre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Deniel, présidente,
Mme Biscarel, première conseillère,
Mme Bazin, conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2025.

La rapporteure,La présidente,Mme BazinMme DenielLa greffière,Mme A...
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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