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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2503177

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2503177

vendredi 7 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2503177
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantMARMIN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil annule l'arrêté du 17 janvier 2025 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme A..., ressortissante algérienne, et l'a obligée à quitter le territoire français. La juridiction retient que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de la requérante, compte tenu de son séjour de sept ans en France, de son mariage avec un compatriote titulaire d'un certificat de résidence de dix ans, et de ses efforts d'insertion professionnelle. En conséquence, le tribunal enjoint au préfet de délivrer un titre de séjour mention "vie privée et familiale" dans un délai de deux mois, et condamne l'État à verser 1 100 euros à Mme A... au titre des frais de justice. La décision se fonde notamment sur l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 février et 18 juillet 2025, Mme B... A..., représentée par Me Marmin, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 17 janvier 2025 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel elle pourra être éloignée à l’expiration de ce délai ;

2°) d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour l’autorisant à travailler dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 80 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, d’enjoindre au préfet de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions de délais et d’astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la décision de refus de titre de séjour est entachée d’un vice de procédure, en l’absence de saisine pour avis de la commission du titre de séjour dans les conditions prévues à l’article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 5 de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation personnelle ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2025, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête, au motif que ses moyens sont infondés.

La clôture de l’instruction a été fixée au 21 juillet 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales signée le 4 novembre 1950 ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :

- le rapport de Mme Van Maele ;
- les observations de Me Marmin, représentant la requérante.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis n’était ni présent, ni représenté.


Considérant ce qui suit :

Mme A..., ressortissante algérienne née le 20 juin 1974, est entrée en France le 5 janvier 2018, sous couvert d’un visa délivré par les autorités espagnoles valable du 28 décembre 2017 au 26 janvier 2018. Elle a sollicité, le 10 janvier 2024, la délivrance d’un certificat de résidence. Par un arrêté du 17 janvier 2025, dont elle demande l’annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande et l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

Il ressort des pièces du dossier que Mme A..., qui réside en France depuis sept ans à la date de la décision attaquée, est mariée depuis plus de six ans avec un compatriote titulaire d’un certificat de résidence algérien valable de juillet 2017 à juillet 2027, avec lequel la communauté de vie n’a pas cessé. L’époux de Mme A... dispose d’un emploi an qualité d’ouvrier en bâtiment depuis janvier 2021, tandis que l’intéressée travaille à temps partiel depuis novembre 2020 en qualité d’assistante de vie pour une personne âgée, ainsi que, depuis juillet 2023, en qualité d’aide-ménagère pour la fille de cette dernière, laquelle atteste dans la présente instance des qualités tant humaines que professionnelles de Mme A.... Dans les circonstances de l’espèce, eu égard à l’ancienneté de son séjour en France, à la présence de son époux, titulaire d’un certificat de résidence de dix ans qui dispose d’un emploi, et compte-tenu de ses efforts d’insertion professionnelle, la requérante est fondée à soutenir, alors même qu’elle entre dans la catégorie des étrangers pouvant bénéficier du regroupement familial, qu’en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet a entaché sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation personnelle.

Il suit de là que Mme A... est fondée à demander l’annulation de la décision du 17 janvier 2025 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, des décisions du même jour l’obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :

Eu égard au motif d’annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement que soit délivré à Mme A..., sous réserve de l’absence de changement dans les circonstances de droit ou de fait, un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale ». Il y a dès lors lieu d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout préfet territorialement compétent, d’agir en ce sens dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu’il y ait lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.


Sur les frais de l’instance :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 100 euros au titre des frais exposés à l’instance par Mme A..., sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



















D E C I D E :



Article 1er : L’arrêté du 17 janvier 2025 du préfet de la Seine-Saint-Denis est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout préfet territorialement compétent, de délivrer à Mme A... un titre de séjour portant la mention « vie privée et familial » dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L’État versera à Mme A... la somme de 1 100 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et au préfet de la Seine-Saint-Denis.


Délibéré après l'audience du 17 octobre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Jimenez, présidente,
Mme Van Maele, première conseillère,
Mme Chaillou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2025.

La rapporteure,
S. Van Maele

La présidente,
J. Jimenez

La greffière,



P. Demol

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout préfet territorialement compétent en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.





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