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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2504130

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2504130

vendredi 19 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2504130
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantHARROCH

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil a rejeté la requête de M. A... contestant le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Seine-Saint-Denis. Le tribunal a jugé que la décision était suffisamment motivée et que le préfet n'avait pas à saisir la commission du titre de séjour, faute pour le requérant de justifier d'une résidence habituelle en France depuis plus de dix ans. Il a également écarté le moyen tiré d'une erreur de fait concernant le décès du père, cette circonstance n'ayant pas influencé la décision. Enfin, le tribunal a estimé que le refus ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A... au sens de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 mars 2025, M. B... A..., représenté par Me Harroch, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 27 janvier 2025 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays d’éloignement ;

2°) d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation, dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A... soutient que :

S’agissant de la décision portant refus d’un titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale, faute pour le préfet d’avoir saisi la commission du titre de séjour ;
- elle est entachée d’une errer de fait dès lors que son père est décédé ;
- elle méconnaît l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

S’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise sur le fondement d’une décision illégale portant refus d’un titre de séjour ;
- elle méconnaît l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 avril 2025, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens exposés dans la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 9 octobre 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 24 octobre 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile,
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Abdat, conseillère, a été entendu au cours de l’audience publique.

Considérant ce qui suit :

M. B... A..., ressortissant marocain né le 12 juillet 1990 à Berkane, a demandé le 7 novembre 2023 son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 27 janvier 2025, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d’éloignement. M. A... demande l’annulation de cet arrêté.

Sur la décision portant refus d’un titre de séjour :

En premier lieu, la décision attaquée comporte la mention des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle précise notamment qu’il déclare être entré en France le 6 octobre 2013, qu’il est célibataire et sans charge de famille, qu’il n’est pas dépourvu d’attaches familiales au Maroc, et qu’il justifie d’une insertion professionnelle en qualité de ferrailleur. Elle satisfait ainsi aux exigences de motivation de l’article L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration. Dès lors, le moyen tiré ce qu’elle serait insuffisamment motivée doit être écarté.

En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. (...) ».

Les pièces produites par M. A... ne suffisent pas à établir que ce dernier aurait résidé de manière habituelle en France depuis plus de dix ans à la date de la décision attaquée, dès lors qu’il ne produit, au titre des années 2015 à 2017, que des documents de faible valeur probante, à savoir, des documents relatifs à sa demande d’aide médicale d’Etat, des courriers solidarité transport, des avis d’imposition sans revenus et des relevés bancaires. Par suite, le moyen tiré de ce que celle-ci serait entachée d’un vice de procédure, faute de saisine de la commission du titre de séjour, doit être écarté.

En troisième lieu, si M. A... soutient, sans l’établir, que la décision contestée est entachée d’une erreur de fait dès lors que son père serait décédé en 2018 au Maroc, cette seule circonstance n’est pas de nature à avoir exercé une influence sur la décision contestée. Par suite, le moyen tiré d’une erreur de fait doit être écarté.

En dernier lieu, aux termes de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ».

Si M. A... se prévaut de la durée de sa présence en France, de son insertion professionnelle et de la présence en situation régulière de son frère, d’une part, il est constant qu’il est célibataire et sans enfants et que sa mère réside toujours au Maroc, où il a vécu jusqu’à ses vingt-trois ans. D’autre part, s’il justifie d’une insertion professionnelle en qualité de ferrailleur entre les mois de février 2018 et de septembre 2023, il ne justifie d’aucune activité à compter de cette date. Enfin, il ne justifie pas d’une insertion particulière dans la société française. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Saint-Denis n’a pas porté au droit de M. A... au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels a été prise la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

En premier lieu, les motifs exposés aux points précédents, le moyen tiré de ce que la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire français reposerait sur un refus de séjour illégal doit être écarté.

En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par M. A... doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte et celles tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


D É C I D E :


Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 4 décembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Marchand président,
Mme Ghazi Fakhr, première conseillère,
Mme Abdat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2025.


La rapporteure,
Signé
G. Abdat

Le président,
Signé
A. Marchand

La greffière,

Signé

C. Yen Pon

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


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