Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2504424 du 17 mars 2025, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis au tribunal administratif de Montreuil, en application des dispositions de l’article R. 351-3 du code de justice administrative, le dossier de la requête de M. C....
Par une requête, enregistrée le 14 mars 2025 au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, et un mémoire, enregistré le 30 mars 2025, M. D... C..., représenté par Me Baton, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d’annuler l’arrêté du 14 février 2025 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de destination ainsi qu’une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;
2°) d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, ou à tout préfet territorialement compétent, de lui délivrer un certificat de résidence d’une durée de dix ans ou portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d’astreinte et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour et de travail ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat le versement de la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l’arrêté litigieux a été signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est intervenu en méconnaissance du principe du contradictoire garanti par les dispositions de l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration ;
- il est intervenu en méconnaissance du droit d’être entendu ;
- il est entaché d’un vice de procédure tiré du défaut de saisine préalable des autorités compétentes aux fins d’information sur les suites judiciaires réservées aux mentions le concernant dans le fichier automatisé des empreintes digitales en méconnaissance des dispositions de l’article R. 40-29 du code de procédure pénale ;
- il est entaché d’une erreur de fait et d’une erreur de droit compte tenu des démarches de régularisation qu’il a initiées, des liens dont il dispose sur le territoire national et de l’absence de caractérisation d’une menace à l’ordre public ;
- il méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation au regard des conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l’illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d’octroi d’un délai de départ volontaire ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard des conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2025, le préfet des Hauts-de-Seine a produit des pièces et conclut au rejet de la requête.
Par une ordonnance du 23 octobre 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 10 novembre 2025 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de procédure pénale ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience, en application de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de M. Hégésippe, premier conseiller, a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C..., ressortissant algérien né le 26 septembre 1986, indique être entré en France en 1991. Il a fait l’objet, le 14 février 2025, d’une interpellation pour des faits de conduite sous l’emprise de produits stupéfiants et en dépit de l’annulation de son permis de conduire. Par un arrêté du même jour, le préfet des Hauts-de-Seine a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de destination ainsi qu’une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans. M. C... demande au tribunal d’annuler cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d’annulation :
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2025-01 du 15 janvier 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hauts-de-Seine du même jour, le préfet des Hauts-de-Seine a donné délégation à Mme B... A..., adjointe au chef de bureau des examens spécialisés et de l’éloignement, signataire de l’arrêté attaqué, à l’effet de signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français assorties ou non d’un délai de départ volontaire, celles fixant le pays de renvoi et les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’arrêté en litige doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l’arrêté litigieux comporte l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement de sorte que l’intéressé était en capacité d’en connaître les motifs. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En troisième lieu, les dispositions des livres VI et VII du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile relatives aux décisions litigieuses constituent des dispositions spéciales par lesquelles le législateur a entendu déterminer l’ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises leur intervention et leur exécution. En conséquence, M. C... ne peut utilement invoquer les dispositions de l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration à l’encontre de telles décisions. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté comme inopérant.
5. En quatrième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l’Union européenne, en particulier des arrêts C-166/13 Sophie Mukarubega du 5 novembre 2014 et C-249/13 Khaled Boudjlida du 11 décembre 2014, que le droit d’être entendu préalablement à l’adoption d’une décision de retour implique que l’autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l’irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l’autorité s’abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Ce droit n’implique toutefois pas que l’administration ait l’obligation de mettre l’intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l’obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu’il a pu être entendu sur l’irrégularité du séjour ou la perspective de l’éloignement.
6. Il ressort des pièces du dossier, en particulier des énonciations du procès-verbal dressé suite à son interpellation le 14 février 2025, que M. C... a fait l’objet d’une audition avec l’assistance d’un avocat et au cours de laquelle il a été mis en mesure de s’exprimer sur sa situation administrative, familiale et professionnelle ainsi que sur l’éventualité d’une mesure d’éloignement prononcée à son encontre. Dès lors, l’intéressé n’est pas fondé à soutenir que l’arrêté en litige n’a pas été précédé d’une audition préalable. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d’être entendu doit être écarté.
7. En cinquième lieu, M. C... ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l’article R. 40-29 du code de procédure pénale qui concernent le fichier de traitement des antécédents judiciaires (TAJ) pour contester les mentions le concernant dans le fichier automatisé des empreintes digitales (FAED). Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet des Hauts-de-Seine a entaché l’arrêté en litige d’un vice de procédure doit être écarté comme inopérant.
8. En sixième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C... a bénéficié d’un certificat de résidence valable du 26 août 2014 au 25 août 2024. Si l’intéressé justifie des diligences entreprises par l’envoi de courriels à la préfecture de la Seine-Saint-Denis en vue du renouvellement de son titre de séjour, il ressort des pièces du dossier qu’il ne s’est pas présenté au rendez-vous prévu le 27 janvier 2025 en vue du dépôt du dossier de renouvellement de son titre de séjour et qu’il n’a dès lors déposé aucune demande. Par ailleurs, alors que l’autorité préfectorale a relevé la commission de plusieurs infractions et produit un extrait du fichier automatisé des empreintes digitales, l’intéressé se borne à soutenir, sans contester la matérialité des faits qui lui sont reprochés, que ceux-ci n’ont donné lieu à aucune suite judiciaire. En outre, il ressort des énonciations du procès-verbal d’audition qu’il s’est déclaré célibataire sans enfant. Il en résulte qu’en retenant l’absence de demande de renouvellement de son certificat de résidence, sa qualité de célibataire sans charge de famille, alors même que des membres de sa famille résideraient en France, et la circonstance que, par son comportement, M. C... constitue une menace pour l’ordre public, le préfet des Hauts-de-Seine n’a entaché l’arrêté en litige d’aucune erreur de droit ou de fait. Par suite, les moyens soulevés en ce sens doivent être écartés.
9. En septième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».
10. Il ressort des pièces du dossier que M. C... est entré en France à l’âge de cinq ans. L’intéressé justifie de la scolarité qu’il y a suivie par la production d’une copie de ses diplômes, en particulier le brevet des collèges obtenu le 5 juillet 2002 ainsi qu’un brevet d’études professionnelles portant la mention « métiers de l’électrotechnique » obtenu le 30 juin 2004. Il établit l’ancienneté et la continuité de sa présence en France, à compter de l’année 2000, par la production d’avis d’impôt, d’attestations de formations professionnelles, de bulletins de salaire, d’un certificat de résidence de dix ans, de certificats de travail et d’éléments relatifs à sa scolarité. Cependant, il ressort des pièces du dossier, en particulier des données figurant au fichier automatisé des empreintes digitales, que l’intéressé a été signalé le 14 février 2025 pour des faits de conduite malgré l’annulation de son permis de conduire, les 12 janvier 2024 et 20 juin 2006 pour infraction à la législation sur les produits stupéfiants, le 10 septembre 2020 pour des faits de vol avec violence et le 13 juin 2015 pour outrage à personne dépositaire de l’autorité publique. Si l’intéressé se prévaut de l’absence de condamnation pénale, il ne conteste pas la matérialité des faits ainsi reprochés, lesquels sont constitutifs d’une menace à l’ordre public. Par ailleurs, si l’intéressé peut se prévaloir de la présence en France de ses parents et de sa fratrie de nationalité française, il est célibataire et sans personne à charge. En outre, s’il établit avoir exercé différentes professions à compter de l’année 2005 en occupant des emplois d’agent opérateur d’un service d’assainissement, d’auxiliaire de vie, de chauffeur, de forain ou de gestionnaire de stock, l’intéressé, qui s’est déclaré auto-entrepreneur, n’établit pas, à la date de l’arrêté en litige, la réalité et la stabilité de son intégration dans le tissu économique et social français. Dans ces conditions, eu égard à la nature, à la réitération et au caractère récent des infractions reprochées et en dépit de la durée de sa présence sur le territoire français, que M. C... n’est pas fondé à soutenir que l’arrêté litigieux porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
11. En dernier lieu, eu égard aux éléments qui précèdent et en l’absence de circonstance particulière y faisant obstacle, M. C... n’est pas fondé à soutenir que les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire sont entachées d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de leurs conséquences sur sa situation personnelle. Par suite, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
12. Il ressort des pièces du dossier que M. C... a indiqué être entré en France en 1991, soit à l’âge de cinq ans où il a suivi une scolarité au moins jusqu’en 2004. L’intéressé, qui établit la continuité de sa présence à compter de l’année 2005, peut se prévaloir sur le territoire national de la présence de ses parents et de sa fratrie, qui ont la nationalité française. Dès lors, compte tenu de l’âge auquel il est arrivé en France, de l’ancienneté de sa présence et de la nature des liens dont il dispose, M. C... est fondé à soutenir qu’en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de deux ans, le préfet des Hauts-de-Seine a entaché sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.
13. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. C... est seulement fondé à demander l’annulation de la décision du 14 février 2025 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de deux ans.
Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :
14. L’exécution du présent jugement, lequel se borne à annuler la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, n’implique pas nécessairement que le préfet délivre un certificat de résidence à M. C... ou qu’il réexamine sa situation. Par suite, les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte présentées par l’intéressé doivent être rejetées.
Sur les frais d’instance :
15. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’Etat, qui, pour l’essentiel, n’est pas la partie perdante, la somme demandée par M. C... au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L’arrêté du 14 février 2025 du préfet des Hauts-de-Seine est annulé en tant qu’il prononce à l’encontre de M. C... une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D... C... et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l’audience du 20 novembre 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Mach, présidente,
Mme Syndique, première conseillère,
M. Hégésippe, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2025.
Le rapporteur,
D. HEGESIPPE
La présidente,
A-S. MACH
Le greffier,
S. WERKLING
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.