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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2504651

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2504651

jeudi 2 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2504651
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantORHANT

Résumé IA

Référé instruction (L. 521-3 CJA) rejeté. Le Tribunal Administratif de Montreuil a constaté que la demande de titre de voyage pour réfugié, déposée le 23 septembre 2024, avait fait l’objet d’une décision implicite de rejet du préfet de la Seine-Saint-Denis. En conséquence, la mesure sollicitée (injonction de délivrance) ferait obstacle à l’exécution de cette décision administrative et ne peut être ordonnée par le juge des référés, faute de péril grave caractérisé.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 mars 2025, M. B... A..., représenté par Me Orhant, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, sous astreinte, de lui délivrer un titre de voyage pour étranger bénéficiaire de la protection internationale ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

 

Il soutient que :

la condition d’urgence est remplie dès lors que, ayant été reconnu réfugié, par décision de la Cour nationale du droit d’asile rendue le 7 novembre 2022, et s’étant vu délivrer une carte de résident de dix ans en cette qualité, le 21 août 2024, la demande de titre de voyage pour étranger bénéficiaire de la protection internationale qu’il a déposée sur la plateforme de l’administration numérique des étrangers en France (ANEF) le 23 septembre 2024 n’a toujours pas abouti favorablement, alors qu’il doit se rendre en Iran au chevet de sa mère malade ;

la mesure sollicitée est utile, ne fait obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative et ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 avril 2025, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête et soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l’administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Toutain, vice-président, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

M. B... A..., ressortissant afghan né le 13 juillet 1992 et séjournant régulièrement en France sous couvert d’une carte de résident de dix ans lui ayant été délivrée en qualité de réfugié le 21 août 2024, a déposé sur le site de l’administration numérique des étrangers en France (ANEF), le 23 septembre 2024, une demande de titre de voyage pour étranger bénéficiaire de la protection internationale. M. A... demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, sous astreinte, de lui délivrer ce titre de voyage.

Aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d’urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l’absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles, sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative ».

Saisi sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative d’une demande qui n’est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d’injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. Il ne saurait faire obstacle à l’exécution d’une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu’il ne s’agisse de prévenir un péril grave.

Aux termes de l’article L. 561-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « A moins que des raisons impérieuses de sécurité nationale ou d'ordre public ne s'y opposent, l'étranger titulaire d'un titre de séjour en cours de validité auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application de l'article L. 511-1 et qui se trouve toujours sous la protection de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut se voir délivrer un document de voyage dénommé " titre de voyage pour réfugié " l'autorisant à voyager hors du territoire français. Ce titre permet à son titulaire de demander à se rendre dans tous les Etats, à l'exclusion de celui ou de ceux vis-à-vis desquels ses craintes de persécution ont été reconnues comme fondées en application du même article L. 511-1 ». Par ailleurs, et en vertu des dispositions des articles L. 231-1 et L. 231-4 du code des relations entre le public et l’administration, le silence gardé par l’autorité préfectorale sur une demande de délivrance d’un titre de voyage en application des dispositions de l’article L. 561-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile pendant deux mois vaut décision de rejet de la demande dont elle est saisie.

Il résulte de l’instruction que M. A... a déposé sur le site de l’ANEF, le 23 septembre 2024, sa demande de titre de voyage pour étranger bénéficiaire de la protection internationale, ainsi que l’atteste la confirmation de dépôt versée au dossier. En application des dispositions citées au point précédent, et à défaut de décision explicite prise dans ce délai, cette demande doit être regardée comme ayant été implicitement rejetée par le préfet de la Seine-Saint-Denis à l’issu d’un délai de deux mois ayant couru à compter du 23 septembre 2024, sans qu’y fasse obstacle la circonstance que le service a, depuis lors, indiqué par un courriel adressé à l’intéressé le 11 mars 2025 que sa demande était encore en cours de traitement par le service instructeur. Dès lors, la mesure sollicitée par M. A..., tendant à ce qu’il soit enjoint sous astreinte au préfet de lui délivrer ce titre de voyage, aurait pour effet de faire obstacle à l’exécution de cette décision implicite de rejet. Ne pouvant, par ailleurs, être regardée comme permettant de prévenir un péril grave, cette mesure ne saurait ainsi, en tout état de cause, être prononcée par le juge des référés statuant sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative.

Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A... doit être rejetée en toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A..., au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Fait à Montreuil, le 2 octobre 2025.

Le juge des référés,

E. Toutain

La République mande et ordonne au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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