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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2506422

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2506422

jeudi 18 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2506422
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème chambre
Avocat requérantCARRO

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil a examiné la requête de M. A..., ressortissant algérien, contestant l'arrêté préfectoral du 19 mars 2025 lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le juge a relevé que le préfet avait commis une erreur en soutenant que M. A... n'avait pas demandé un titre sur le fondement de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien de 1968, alors que le formulaire de demande le mentionnait. Après avoir constaté que M. A... justifiait d'une résidence continue de plus de dix ans en France, le tribunal a annulé l'arrêté attaqué, en application des stipulations de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien. Il a enjoint au préfet de délivrer un certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" dans un délai de deux mois.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 avril 2025, M. B... C... A..., représenté par Me Carro, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 19 mars 2025 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de deux mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la décision portant refus de séjour est entachée d’une erreur sur le fondement de sa demande ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 6-1 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l’illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- il ne peut faire l’objet d’une mesure d’éloignement dès lors qu’il doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour sur le fondement des stipulations de l’article 6-1 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale par voie de conséquence de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 612-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 novembre 2025, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :
- M. A... n’a pas déposé de demande de titre de séjour sur le fondement de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- les moyens soulevés par M. A... ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 6 novembre 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 25 novembre 2025.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis a été invité, en application de l’article R. 613-1-1 du code de justice administrative, à produire des pièces en vue de compléter l’instruction. Les pièces produites par le préfet ont été enregistrées le 27 novembre 2025 et communiquées sur le fondement du même article.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles, signé le 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Syndique, première conseillère, a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

1. M. A..., ressortissant algérien né le 6 mai 1963, est entré en France le 27 octobre 2009 sous couvert d’un visa de court séjour. Il a sollicité le 13 février 2023 son admission au séjour. Par un arrêté du 19 mars 2025, dont M. A... demande l’annulation, le préfet de la Seine‑Saint‑Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions aux fins d’annulation :

2. Aux termes de l'article 6 de l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles du 27 décembre 1968 : « (...) Le certificat de résidence d'un an portant la mention « vie privée et familiale » est délivré de plein droit : / 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant ; (...) ».

3. D'une part, si le préfet de la Seine-Saint-Denis soutient que M. A... a déposé une demande d’admission exceptionnelle au séjour et non une demande de titre de séjour sur le fondement des stipulations citées au point précédent, il ressort des pièces du dossier et notamment du formulaire de demande de titre de séjour signée par M. A... le 13 février 2023 et produite par le préfet, que l’intéressé a déposé une demande de titre de séjour sur le fondement des stipulations de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. D'autre part, le requérant produit, dans le cadre de la présente instance, de nombreuses pièces pour justifier de sa présence depuis plus de dix ans avant l’édiction de l’arrêté en litige. Au demeurant, la durée de cette présence n’est pas contestée par le préfet, l’arrêté indiquant notamment que l’intéressé s’est maintenu en situation irrégulière sur le territoire français depuis l’expiration de son visa. Dès lors, M. A... est fondé à soutenir que la décision portant refus de séjour méconnaît les stipulations de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision portant refus de séjour du 19 mars 2025 du préfet de la Seine-Saint-Denis doit être annulée. Par voie de conséquence, doivent également être annulées les décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français.

Sur les conclusions aux fins d’injonction :

5. Eu égard au motif d’annulation retenu, l’exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet délivre à M. A... un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale ». Il y a lieu d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou au préfet devenu territorialement compétent, d’y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 100 euros au titre des frais exposés par M. A... et non compris dans les dépens.



D E C I D E :


Article 1er : L’arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 19 mars 2025 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou au préfet devenu territorialement compétent, de délivrer à M. A... un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L’Etat versera une somme de 1 100 euros à M. A... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B... C... A... et au préfet de la Seine-Saint-Denis.



Délibéré après l'audience du 4 décembre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Mach, présidente,
Mme Syndique, première conseillère,
M. Hégésippe, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 décembre 2025.



La rapporteure,




N. Syndique


La présidente,




A-S. Mach
Le greffier,




S. Werkling


La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis ou au préfet devenu territorialement compétent en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


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