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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2507803

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2507803

vendredi 16 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2507803
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantWALLOIS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Montreuil a annulé l'arrêté du 8 avril 2025 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis refusait de délivrer un titre de séjour à une ressortissante algérienne, l'obligeait à quitter le territoire et fixait le pays de destination. Le tribunal a jugé que la requérante justifiait d'une résidence ininterrompue en France depuis plus de dix ans, en application du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, ce qui lui ouvrait droit à un certificat de résidence "vie privée et familiale". En conséquence, le tribunal a enjoint au préfet de délivrer ce titre dans un délai de deux mois et a condamné l'État à verser 1 100 euros au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 mai 2025, Mme A... B..., représentée par Me Wallois, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 8 avril 2025 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays d’éloignement ;

2°) d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention « vie privée et familiale » sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’État une somme de 2 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B... soutient que :

S’agissant des moyens communs à l’ensemble des décisions contestées :

- elles sont entachées d’incompétence ;
- elles sont insuffisamment motivées.

S’agissant de la décision portant refus d’un titre de séjour :

- elle méconnaît le 1) de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- elle méconnaît le 5) de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968.


S’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise sur le fondement d’une décision illégale portant refus d’un titre de séjour ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 octobre 2025, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens exposés dans la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 17 octobre 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 3 novembre 2025.

Vu les autres pièces du dossier.


Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales,
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968,
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile,
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Le rapport de Mme Abdat, conseillère, a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :


Mme B..., ressortissante algérienne née le 25 août 1973 à Ain El Hammam, a demandé le 23 octobre 2023 son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 8 avril 2025, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d’éloignement. Mme B... demande l’annulation de cet arrêté.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

Aux termes de l’article 6 de l’accord franco-algérien 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles : « Le certificat de résidence d'un an portant la mention « vie privée et familiale » est délivré de plein droit : / 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant ; / (…) ».

D’une part, il ressort des termes mêmes de l’arrêté attaqué que le préfet de la Seine-Saint-Denis a reconnu la présence en France de la requérante, qui soutient résider en France depuis le 21 mars 2012, depuis l’année 2016, année à partir de laquelle elle justifie notamment de sa présence par son insertion professionnelle. D’autre part, il ressort des pièces du dossier que la requérante établit sa présence en France au titre de l’année 2015 en produisant une carte attestant de ses droits à l’aide médicale d’Etat, dont la première demande a été réalisée le 25 juillet 2012, des factures téléphoniques, une déclaration de revenus au titre de cette année, une attestation de renouvellement de forfait solidarité transport et une facture. Dès lors, Mme B... établit une résidence ininterrompue en France de dix ans à la date de la décision attaquée et est fondée à soutenir que la décision portant refus de séjour méconnaît les stipulations de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision portant refus de séjour du 8 avril 2025 du préfet de la Seine-Saint-Denis doit être annulée. Par voie de conséquence, doivent également être annulées les décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.


Sur les conclusions aux fins d’injonction :

5. Eu égard au motif d’annulation retenu, l’exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet délivre à Mme B... un certificat de résidence portant la mention « vie privée et familiale ». Il y a lieu d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou au préfet devenu territorialement compétent, d’y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n’y a en revanche pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.


Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 100 euros au titre des frais exposés par Mme B... et non compris dans les dépens.



D É C I D E :


Article 1er : L’arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 8 avril 2025 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou au préfet devenu territorialement compétent, de délivrer à Mme B... un certificat de résidence portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.




Article 3 : L’Etat versera une somme de 1 100 euros à Mme B... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C... et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 18 décembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Marchand président,
Mme Ghazi Fakhr, première conseillère,
Mme Abdat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 janvier 2026.


La rapporteure,
Signé
G. Abdat

Le président,
Signé
A. Marchand

La greffière,

Signé

C. Yen Pon

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


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