Le Tribunal administratif de Montreuil a rejeté comme manifestement irrecevable la requête de Mme A..., ressortissante malienne, qui contestait le refus du préfet de la Seine-Saint-Denis d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale. La requérante, faisant l'objet d'une décision de transfert vers l'Espagne, soutenait que la France était devenue responsable de sa demande après l'expiration du délai de transfert de six mois. Le juge a estimé que les éléments médicaux produits par Mme A... ne constituaient pas des circonstances de fait ou de droit nouvelles et pertinentes postérieures à la décision de transfert, rendant ainsi ses conclusions irrecevables. La décision se fonde sur les articles R. 222-1, R. 421-1 et R. 411-1 du code de justice administrative, ainsi que sur le règlement (UE) n° 604/2013.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 mai 2025, Mme B... A..., représentée par Me de Seze demande au tribunal :
1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d’annuler la décision par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé d’enregistrer sa demande d’asile en procédure normale ;
3°) d’enjoindre au préfet de faire droit à sa demande ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros à verser à Me de Seze, au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Aux termes de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « Les présidents de tribunal administratif (…) peuvent, par ordonnance : / 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n’est pas tenue d’inviter leur auteur à les régulariser ou qu’elles n’ont pas été régularisées à l’expiration du délai imparti par une demande en ce sens ; (…) ». L’article R. 421-1 du même code dispose : « La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision (…) ».
Aux termes, d’autre part, de l’article R. 411-1 de ce code : « La juridiction est saisie par requête. La requête (…) contient l’exposé des faits et moyens, ainsi que l’énoncé des conclusions soumises au juge. L’auteur d’une requête ne contenant l’exposé d’aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d’un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu’à l’expiration du délai de recours ».
Lorsque, postérieurement à la décision ordonnant son transfert dans l’État responsable de sa demande, l’intéressée demande à l’autorité compétente que sa demande d’asile soit instruite « en procédure normale », elle doit être regardée comme demandant à cette autorité de reconnaître la compétence de la France pour examiner sa demande d’asile et de lui délivrer une attestation de dépôt de cette demande lui permettant de suivre la procédure devant l’Office français de protection des réfugiés et apatrides.
3. Le refus opposé à une telle demande constitue une décision susceptible de recours. Les conclusions d’annulation dirigées contre cette décision sont toutefois irrecevables s’il apparaît, en l’absence de circonstances de fait ou de considérations de droit nouvelles, pertinentes et postérieures à la décision de transfert, que ce refus se borne à confirmer purement et simplement celui de faire application des dispositions du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, en particulier de la clause dite « discrétionnaire » de l’article 17 de ce règlement, implicitement mais nécessairement inclus dans la décision de transfert. Une telle irrecevabilité doit, en particulier, être opposée à ces conclusions lorsque le demandeur soutient, sans l’établir, qu’ayant été considéré, à tort, comme étant en fuite pour l’application du paragraphe 2 de l’article 29 de ce règlement, le délai de transfert de six mois, prévu au paragraphe 1 de cet article n’a pas été prolongé et que la décision de transfert ne peut plus, dès lors, être exécutée.
4. Mme A..., ressortissante malienne née le 31 décembre 1995, est entrée en France au cours de l’année 2024 en vue d’y demander l’asile. Sa demande a été enregistrée le 3 octobre 2024 par la préfecture de la Seine-Saint-Denis. Par un arrêté du 20 novembre 2024, notifié le même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a décidé son transfert aux autorités espagnoles, responsables de l’examen de sa demande d’asile. Au terme du délai de transfert de six mois, Mme A... a fait valoir que la France était devenue responsable de l’examen de sa demande d’asile à compter du 20 mai 2025 et a sollicité un enregistrement en procédure normale. Elle demande l’annulation de la décision par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande.
5. Mme A... soutient qu’elle a respecté ses obligations de présentation et qu’elle est en mesure de justifier de tout manquement. Toutefois, elle se borne à produire à l’appui de ses allégations, d’une part, des documents médicaux faisant état d’un passage aux urgences pour des motifs gynécologiques le 1er et 2 octobre 2024, soit antérieurement à la décision de transfert et d’autre part, une hospitalisation en hôpital de jour le 15 avril 2025 avec des rendez-vous prévus jusqu’en juillet 2025 pour une grossesse à risque. Ces éléments, qui sont soit antérieurs à la décision de transfert, soit insuffisamment pertinents pour justifier une impossibilité de se rendre en préfecture pendant la période de six mois en cause, ne sauraient, en l’espèce, constituer des circonstances de fait ou de droit nouvelles, pertinentes et postérieures à la décision de transfert. Dans ces conditions, les conclusions à fin d’annulation dirigées contre la décision de refus d’enregistrer sa demande en procédure normale sont irrecevables.
6. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A... est manifestement irrecevable et ne peut, dès lors, qu’être rejetée sur le fondement du 4° de l’article R. 222-1 du code de justice administrative, sans qu’il y ait lieu de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B... A....
Fait à Montreuil, le 23 décembre 2025.
Le président de la 11e chambre,
M. C...
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout autre préfet territorialement compétent, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.