lundi 16 juin 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2508974 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 mai 2025, Mme B A, représentée par Me de Sèze, demande au juge des référés, statuant par application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale ;
3°) d'enjoindre au préfet de faire droit à sa demande ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocat, au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable, dès lors qu'elle est en mesure de faire valoir des circonstances de fait postérieures à la date de l'arrêté de transfert, dont elle a fait l'objet le 20 novembre 2024 ;
- la condition d'urgence est remplie, eu égard à sa situation de précarité administrative et financière sur le territoire français ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée, dès lors qu'elle a été prise en méconnaissance de l'article 9 du règlement n° 1560/2003 du 2 septembre 2003, en l'absence d'information des autorités compétentes de la prolongation du délai de transfert ; qu'elle est illégale, en l'absence d'information des conséquences des manquements aux obligations de présentation sur les délais de transfert ; qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle a respecté ses obligations de présentation et peut justifier de tout manquement qui lui serait reproché.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme de Bouttemont, premier conseiller, pour statuer en qualité de juge des référés.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
2. Lorsque, postérieurement à la décision ordonnant son transfert dans l'Etat responsable de sa demande, l'intéressé demande à l'autorité compétente que sa demande d'asile soit instruite " en procédure normale ", il doit être regardé comme demandant à cette autorité de reconnaître la compétence de la France pour examiner sa demande d'asile et de lui délivrer une attestation de dépôt de cette demande lui permettant de suivre la procédure devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.
3. Le refus opposé à une telle demande constitue une décision susceptible de recours. Les conclusions d'annulation dirigées contre cette décision sont toutefois irrecevables s'il apparaît, en l'absence de circonstances de fait ou de considérations de droit nouvelles, pertinentes et postérieures à la décision de transfert, que ce refus se borne à confirmer purement et simplement celui de faire application des dispositions du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, en particulier de la clause dite " discrétionnaire " de l'article 17 de ce règlement, implicitement mais nécessairement inclus dans la décision de transfert. Une telle irrecevabilité doit, en particulier, être opposée à ces conclusions lorsque le demandeur soutient, sans l'établir, qu'ayant été considéré, à tort, comme étant en fuite pour l'application du paragraphe 2 de l'article 29 de ce règlement, le délai de transfert de six mois, prévu au paragraphe 1 de cet article n'a pas été prolongé et que la décision de transfert ne peut plus, dès lors, être exécutée.
4. Mme A, ressortissante malienne née le 31 décembre 1995, est entrée en France au cours de l'année 2024 en vue d'y demander l'asile. Sa demande a été enregistrée le 3 octobre 2024 par la préfecture de la Seine-Saint-Denis. Par un arrêté du 20 novembre 2024, notifié le même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a décidé son transfert aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande d'asile. Au terme du délai de transfert de six mois, Mme A a fait valoir que la France était devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile à compter du 20 mai 2025 et a sollicité un enregistrement en procédure normale. Elle demande la suspension de la décision par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande.
5. Mme A fait valoir qu'elle a respecté ses obligations de présentation et qu'elle est en mesure de justifier de tout manquement. Toutefois, elle se borne à produire à l'appui de ses allégations, d'une part, des documents médicaux faisant état d'un passage aux urgences pour des motifs gynécologiques le 1er et 2 octobre 2024, soit antérieurement à la décision de transfert et d'autre part, une hospitalisation en hôpital de jour le 15 avril 2025 avec des rendez-vous prévus jusqu'en juillet 2025 pour une grossesse à risque. Ces éléments, qui sont soit antérieurs à la décision de transfert soit insuffisamment pertinents pour justifier une impossibilité de se rendre en préfecture pendant la période de six mois en cause, ne sauraient, en l'espèce, constituer des circonstances de fait ou de droit nouvelles, pertinentes et postérieures à la décision de transfert. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision de refus d'enregistrer sa demande en procédure normale sont irrecevables. Par voie de conséquence, les conclusions à fin de suspension de cette décision doivent être rejetées pour le même motif.
6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête de Mme A, en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue par l'article L. 522-3 du code de justice administrative, sans qu'il y ait lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A.
Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Fait à Montreuil, le 16 juin 2025.
La juge des référés,
M. de Bouttemont
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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