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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2510728

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2510728

jeudi 5 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2510728
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème chambre
Avocat requérantKEUFAK TAMEZE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil a annulé l'arrêté préfectoral du 9 mai 2025 refusant un titre de séjour et ordonnant à une ressortissante algérienne de quitter le territoire français. La juridiction a estimé que cette décision portait une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, compte tenu de la durée de sa présence en France, de sa vie familiale établie (mari et enfants scolarisés) et de l'absence de menace pour l'ordre public. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la situation de la requérante.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 juin 2025, Mme A... B... épouse C..., représentée par Me Keufak Tameze, demande au tribunal :

1°) de l’admettre provisoirement au bénéfice de l’aide juridictionnelle ;

2°) d’annuler l’arrêté du 9 mai 2025 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de certificat de résidence et prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination ;

3°) d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 000 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :
- l’arrêté litigieux du 9 mai 2025 est intervenu en méconnaissance du droit d’être entendu ;
- il est entaché d’un défaut d’examen particulier de sa situation ;
- il méconnaît les dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- il méconnaît les critères prévus par la circulaire du 24 novembre 2009 relative à la délivrance de cartes de séjour temporaire portant la mention « salarié » ou « travailleur temporaire » au titre de l’admission exceptionnelle au séjour ;
- il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation dans l’exercice par le préfet de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;
- il méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 décembre 2025, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 26 décembre 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 13 janvier 2026 à 12 heures.

Mme B... épouse C... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 10 octobre 2025.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience, en application de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Hégésippe, premier conseiller,
- et les observations de Me Keufak Tameze représentant Mme B... épouse C....


Considérant ce qui suit :

1. Mme B... épouse C..., ressortissante algérienne née le 21 juillet 1991, a indiqué être entrée en France en 2017. Elle a sollicité, le 26 juin 2023, la délivrance d’un certificat de résidence sur le fondement de l’admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 9 mai 2025, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande et prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination. Mme B... épouse C... demande au tribunal d’annuler cet arrêté.


Sur la demande d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :

2. Mme B... épouse C... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 10 octobre 2025. Par suite, il n’y a pas lieu de l’admettre à titre provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d’annulation :

3. Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B... épouse C... est entrée en France, selon ses déclarations, en 2017. L’intéressée vit avec M. D... C..., ressortissant algérien avec lequel elle s’est mariée en Algérie en 2013, ainsi que leur deux filles nées en 2015 et 2019, qui sont scolarisées. Par un jugement n° 2509760 du 5 février 2026, le tribunal administratif de Montreuil a notamment annulé l’arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français pris à l’encontre de son époux et enjoint à l’autorité préfectorale compétente de lui délivrer un certificat de résidence. La requérante peut en outre se prévaloir de la présence en France de son père, titulaire d’un certificat de résidence valable jusqu’en 2030. Dans les circonstances de l’espèce, eu égard à la durée de sa présence en France et de sa situation familiale et alors qu’il ne ressort d’aucune pièce du dossier que le maintien en France de l’intéressée est constitutif d’une menace pour l’ordre public, Mme B... épouse C... est fondée à soutenir que la décision portant refus de séjour a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but en vue duquel elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être accueilli.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B... épouse C... est fondée à demander l’annulation de la décision du 9 mai 2025 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un certificat de résidence et, par voie de conséquence, des décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :

6. Eu égard au motif d’annulation retenu, l’exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet délivre à Mme B... épouse C... un certificat de résidence portant la mention « vie privée et familiale ». Par suite, il y a lieu d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou au préfet devenu territorialement compétent, d’y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’assortir cette injonction d’une astreinte.



Sur les frais d’instance :

7. Mme B... épouse C... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, et sous réserve que Me Keufak Tameze, avocat de Mme B... épouse C..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, de mettre à la charge de l’Etat le versement à son profit de la somme sollicitée de 1 000 euros.






D E C I D E :






Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d’admission à titre provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle.



Article 2 : L’arrêté du 9 mai 2025 du préfet de la Seine-Saint-Denis est annulé.



Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout autre préfet devenu territorialement compétent, de délivrer à Mme B... épouse C... un certificat de résidence portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.



Article 4 : L’Etat versera à Me Keufak Tameze la somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat.



Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.





Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B... épouse C..., à Me Hugues Keufak Tameze et au préfet de la Seine-Saint-Denis.


Délibéré après l’audience du 22 janvier 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Mach, présidente,
Mme Syndique, première conseillère,
M. Hégésippe, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 février 2026.



Le rapporteur,

D. HEGESIPPE

La présidente,

A-S. MACH

Le greffier,




S. WERKLING


La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou au préfet devenu territorialement compétent, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.



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