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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2513366

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2513366

vendredi 13 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2513366
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantABITBOL DANA NATAF AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil a annulé l'arrêté préfectoral du 16 juin 2025 refusant un titre de séjour à un ressortissant malien et l'obligeant à quitter le territoire. La juridiction a estimé que ce refus, au regard d'une résidence ininterrompue depuis 2010 et d'une insertion professionnelle stable depuis plus de dix ans, portait une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Le tribunal a enjoint au préfet de délivrer à l'intéressé une carte de séjour temporaire "vie privée et familiale" dans un délai de deux mois.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 juillet 2025, M. C... A..., représenté par Me Nataf, demande au tribunal :


1°) d’annuler l’arrêté du 16 juin 2025 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays d’éloignement ;


2°) d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour, ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;


3°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


M. A... soutient que :

- la décision portant refus d’un titre de séjour est entachée d’un vice de procédure en l’absence de saisine de la commission du titre de séjour ;
- elle méconnaît l’article L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d’erreur manifeste d’appréciation ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.


La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n’a pas produit de mémoire.

Par une ordonnance du 31 octobre 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 28 novembre 2025.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales,
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile,
- le code de justice administrative.


Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Abdat, conseillère, a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

M. A..., ressortissant malien né le 31 décembre 1987 à Diallane Kayes, a demandé le 7 février 2024 le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 16 juin 2025, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d’éloignement. M. A... demande l’annulation de cet arrêté.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ».



Il ressort des pièces du dossier que M. A..., qui soutient sans être contesté par le préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n’a pas produit de mémoire en défense, être entré en France le 30 mars 2009, justifie de sa résidence ininterrompue sur le territoire français depuis le mois de septembre 2010. Il en ressort également qu’il justifie d’une insertion professionnelle en qualité de cuisinier en contrat à durée indéterminée auprès de la même entreprise depuis 16 décembre 2014, soit plus de dix ans à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, M. A... est fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels a été prise la décision attaquée et qu’il a, dès lors, méconnu l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.


Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que M. A... est fondé à demander l’annulation de la décision du 16 juin 2025 par laquelle le préfet de police de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, et, par voie de conséquence, de celles l’obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays de destination.


Sur les conclusions à fin d’injonction :

Eu égard au motif d’annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement que le préfet de la Seine-Saint-Denis délivre à M. A... une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale ». Par suite, il y a lieu de lui enjoindre d’y procéder dans un délai de deux à compter de la date de notification du présent jugement.


Sur les frais liés à l’instance :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 100 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais exposés par M. A... en vue de la présente instance et non compris dans les dépens.



D É C I D E :


Article 1er : L’arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 16 juin 2025 est annulé.


Article 2 : Il est enjoint d’office au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout préfet territorialement compétent, de délivrer à A... une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de le munir, dans cette attente, d’un récépissé de demande de titre de l’autorisant à travailler.






Article 3 : L’Etat versera une somme de 1 100 euros à M. A... en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.


Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.


Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B... et au préfet de la Seine-Saint-Denis.


Délibéré après l'audience du 29 janvier 2026, à laquelle siégeaient :

M. Marchand président,
Mme Ghazi Fakhr, première conseillère,
Mme Abdat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2026.

La rapporteure,
Signé
G. Abdat

Le président,
Signé
A. Marchand

La greffière,

Signé

C. Yen Pon

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


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