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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2514003

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2514003

mercredi 17 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2514003
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantKPONDJO

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de convoquer Mme A... B... pour le dépôt de sa demande de renouvellement de titre de séjour. La requérante, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle expirée, justifiait de l'urgence et de l'utilité de la mesure, étant empêchée de travailler et de finaliser un achat immobilier. Le tribunal a ordonné la communication d'un rendez-vous sous deux semaines, avec un délai maximal d'un mois pour le dépôt et la remise d'un récépissé, sans astreinte à ce stade. La décision s'appuie sur les articles L. 521-3 du code de justice administrative et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 août 2025, Mme C... A... B..., représentée par Me Kpondjo, demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de la convoquer pour le dépôt de sa demande de renouvellement de son titre de séjour, dans un délai d’une semaine à compter la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

2°) d’enjoindre au préfet de lui délivrer un récépissé, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat le versement de la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d’urgence est remplie, dès lors qu’elle était titulaire d’une carte de séjour dont le renouvellement est de plein droit ; elle ne peut plus travailler et est empêchée de finaliser l’achat de sa résidence principale avec son concubin ;
- la mesure sollicitée est utile, dès lors qu’elle n’a pas été en mesure de déposer sa demande de titre de séjour depuis le 20 mars 2025 ;
- la mesure sollicitée ne fait obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n’a pas présenté d’écritures en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Desimon, premier conseiller, pour exercer les fonctions de juge des référés, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative.


Considérant ce qui suit :

Sur la demande présentée sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :

Aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ».

Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'une personne étrangère, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'elle a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des personnes étrangères en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de la recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu’après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que, si la personne étrangère établit qu'elle n'a pu obtenir une date de rendez-vous, malgré plusieurs tentatives n’ayant pas été effectuées la même semaine, elle peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre à l’autorité préfectorale de lui communiquer, dans un délai qu’il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de la personne étrangère. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d’une demande de renouvellement d’un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient à la partie requérante de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour elle d’obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de la personne étrangère le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d’urgence particulière.

Il résulte de l’instruction que Mme A... B..., qui indique vivre en France depuis l’année 2000, a été titulaire, en dernier lieu, d’une carte de séjour pluriannuelle portant la mention « vie privée et familiale » valable jusqu’au 20 juin 2025. Elle a sollicité, grâce au site internet « demarches-simplifiees.fr », un rendez-vous en vue de déposer sa demande de renouvellement de titre le 20 mars 2025. Cette démarche a été « classée sans suite ». Une nouvelle demande a été introduite le 24 juin 2025 Aucune suite n’a été donnée à cette dernière demande et Mme A... B... justifie avoir engagé, depuis cette date, diverses démarches en vue de se voir donner un rendez-vous et délivrer un document provisoire de séjour.

Il résulte également de l’instruction que, faute de pouvoir justifier de la régularité de son séjour, la requérante est empêchée de poursuivre sa procédure d’achat d’un bien immobilier. Elle ajoute qu’elle ne peut plus conclure de contrats de garde d’enfant. Au vu de ces circonstances, et alors que la requérante peut se prévaloir de la présomption rappelée au point 3, la condition d’urgence ne peut être regardée que comme remplie, et Mme A... B... établit le caractère utile de sa demande. Cette dernière ne fait en outre pas obstacle à l’exécution d’une décision administrative.

Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de communiquer à Mme A... B..., dans un délai de deux semaines à compter de la notification de la présente ordonnance, une date pour un rendez-vous devant avoir lieu dans un délai maximal d’un mois à compter de cette notification, afin qu’il soit procédé au dépôt de sa demande et à la remise, sous réserve de la complétude de son dossier, d’un récépissé de demande de titre de séjour l’autorisant à travailler. A ce stade, il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais de l’instance :

Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’Etat le versement de la somme de 600 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de communiquer à Mme A... B..., dans un délai de deux semaines à compter de la notification de la présente ordonnance, une date pour un rendez-vous devant avoir lieu dans un délai maximal d’un mois à compter de cette notification, afin qu’il soit procédé au dépôt de sa demande et à la remise, sous réserve de la complétude de son dossier, d’un récépissé de demande de titre de séjour l’autorisant à travailler.

Article 2 : L’Etat versera la somme de 600 euros à Mme A... B... en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C... A... B... et au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.


Fait à Montreuil, le 17 septembre 2025.


Le juge des référés,




F. DESIMON

La République mande et ordonne au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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