Le Tribunal administratif de Montreuil, statuant en urgence sur le fondement de l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation, a ordonné au préfet de la Seine-Saint-Denis d’assurer l’hébergement de Mme B..., reconnue prioritaire par la commission de médiation le 18 juin 2025. Constatant l’absence de proposition d’hébergement dans le délai légal de six semaines, le juge a enjoint l’administration sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du 1er décembre 2025, destinée au fonds national d’accompagnement vers et dans le logement. La solution retenue rappelle que l’obligation de résultat de l’État en matière de droit au logement opposable ne peut être écartée par une simple impossibilité matérielle alléguée. Les conclusions accessoires de la requérante au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ont été rejetées.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par requête enregistrée le 1er septembre 2025, Mme A... B... demande au tribunal :
1°) d’ordonner au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui attribuer un hébergement, sous une astreinte de 500 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que, par une décision du 18 juin 2025, la commission de médiation de la Seine-Saint-Denis l’a reconnue prioritaire et devant être accueillie dans une structure d’hébergement, un établissement ou logement de transition, un logement foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale. Or, elle n’a, à ce jour, reçu aucune proposition.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
le code de la construction et de l’habitation ;
le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Baffray, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l’article R. 778-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été informées, en application de l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation, de l’absence d’audience.
Considérant ce qui suit :
Aux termes du II l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation : « Le demandeur qui a été reconnu par la commission de médiation comme prioritaire et comme devant être accueilli dans une structure d'hébergement, un établissement ou logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale et qui n'a pas été accueilli, dans un délai fixé par décret, dans l'une de ces structures peut introduire un recours devant la juridiction administrative tendant à ce que soit ordonné son accueil dans une structure d'hébergement, un établissement ou logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale. / (…) Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne statue en urgence, dans un délai de deux mois à compter de sa saisine. Sauf renvoi à une formation collégiale, l'audience se déroule sans conclusions du commissaire du Gouvernement. / Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne, lorsqu'il constate que la demande a été reconnue prioritaire par la commission de médiation et que n'a pas été proposée au demandeur une place dans une structure d'hébergement, un établissement ou logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, ordonne l'accueil dans l'une de ces structures et peut assortir son injonction d'une astreinte. Pour les seuls jugements prononcés après le 1er janvier 2016, le jugement prononçant l'astreinte mentionne que les sommes doivent être versées jusqu'au jugement de liquidation définitive. / Lorsqu'il est manifeste, au vu de la situation du demandeur, que son accueil dans l'une des structures mentionnées au quatrième alinéa du présent II doit être ordonné, le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné peut y procéder par ordonnance, après avoir mis le représentant de l'Etat en mesure de présenter ses observations en défense et clôturé l'instruction. (…) ».
Les dispositions précitées du II de l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation fixent une obligation de résultat pour l’État, garant du droit au logement opposable reconnu par le législateur. Ainsi, la circonstance que le préfet de la Seine-Saint-Denis déclare avoir pris toutes les mesures qu'il lui était possible de prendre, compte tenu du faible contingent de places d’hébergement dont il dispose, et que l’absence de proposition d’hébergement serait donc la conséquence d’une impossibilité et non d’une carence de l’administration, ne saurait dispenser le juge de l’obligation d’injonction qui lui est faite par ces mêmes dispositions, dès lors qu’il constate que la demande a été reconnue prioritaire par la commission de médiation, qu’elle doit être satisfaite d’urgence et que n'a pas été offert au demandeur un hébergement tenant compte de ses besoins et de ses capacités.
3. Par une décision du 18 juin 2025, la commission de médiation de la Seine-Saint-Denis a désigné Mme B... comme prioritaire et devant être hébergée en urgence.
4. Or, il résulte de l’instruction que Mme B... n’a pas reçu d’offre d’hébergement dans le délai de six semaines à compter de la décision de la commission de médiation. Il ne résulte pas de cette même instruction que sa situation ait évolué depuis. Dans ces conditions, il y a lieu d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis d’assurer l’hébergement de Mme B... et de ses enfants.
5. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce et en application des dispositions de l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation, d’assortir d’office cette injonction d’une astreinte destinée au fonds national d'accompagnement vers et dans le logement. Le montant de cette astreinte doit être fixé à 100 euros par jour de retard, à compter du 1er décembre 2025
Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’État une somme au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis d’assurer l’hébergement de Mme B... sous une astreinte destinée au fonds national d'accompagnement vers et dans le logement de 100 euros par mois de retard à compter du 1er décembre 2025.
Article 2 : Les sommes dues en exécution de l’article 1er ci-dessus doivent être versées jusqu’au jugement de liquidation définitive.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... B..., au préfet de la Seine-Saint-Denis et au ministre chargé du logement.
Fait à Montreuil, le 10 octobre 2025.
Le magistrat désigné,
J.-F. Baffray
La République mande et ordonne au ministre chargé du logement en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.