Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 septembre 2025, M. B... A..., représenté par Me Vannier, demande au juge des référés, statuant par application de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de lui accorder le bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre la décision implicite par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande tendant à la délivrance d’une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » en raison de son état de santé ;
3°) d’enjoindre au préfet de lui délivrer un document de séjour d’une durée d’un an, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder, dans le même délai et sous la même astreinte, au réexamen de sa situation et de lui délivrer dans l’attente une autorisation provisoire de séjour ou un récépissé valable au moins un an ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros, à verser à Me Vannier, son avocate, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou en cas de rejet de sa demande, de lui verser cette même somme au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d’urgence est remplie, dès lors que le maintien sous récépissés de carte de séjour d’une durée de trois mois depuis le dépôt de sa demande, fait obstacle à ce qu’il reçoive des soins adaptés à son état de santé et qu’il puisse notamment s’inscrire sur une liste d’attente pour une transplantation pulmonaire.
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée, dès lors qu’elle est entachée d’un défaut de motivation, en l’absence de réponse à sa demande de communication de motifs ; qu’elle méconnaît l’article L. 429-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ainsi que l’article 6-7 de l’accord franco-algérien ; qu’elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 octobre 2025, le préfet de la Seine-Saint-Denis, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable, dès lors que la demande du requérant est toujours en cours d’instruction, l’intéressé étant bénéficiaire d’un récépissé de carte de séjour en cours de validité ;
- à titre subsidiaire, les conditions d’urgence et de doute sérieux sur la légalité de la décision contestée ne sont pas remplies.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme de Bouttemont, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique du 2 octobre 2025 à 14 heures 30 :
- le rapport de Mme de Bouttemont, juge des référés,
- les observations de Me Bingham, représentant M. A..., qui fait valoir que l’état de santé du requérant s’est aggravé depuis 2023 avec un pronostic vital engagé et qu’il a besoin d’un titre de séjour d’un an pour pouvoir être inscrit sur une liste d’attente pour subir une transplantation bipulmonaire ;
- et les observations de Me Floret, représentant le préfet de la Seine-Saint-Denis qui fait notamment état de l’avis rendu par le collège des médecins le 21 décembre 2023 indiquant qu’il peut voyager et bénéficier de soins adaptés dans son pays.
Considérant ce qui suit :
1. M. A..., ressortissant algérien né le 29 novembre 1975, a déclaré être entré en France le 16 juin 2015 et se maintenir depuis cette date sur le territoire français. Il a obtenu le 7 novembre 2019 un certificat de résidence algérien d’une durée de six mois pour soins. En raison de l’aggravation de son état de santé, il a sollicité, le 22 juin 2023, la délivrance d’un nouveau titre de séjour. Il s’est vu remettre des récépissés de demande de titre de séjour d’une durée de trois mois, régulièrement renouvelés, dont le dernier est valable du 24 juillet au 23 octobre 2025. Il demande à ce qu’il soit fait injonction au préfet de la Seine-Saint-Denis, sous astreinte, de lui délivrer une carte de séjour provisoire ou tout document de séjour d’une durée d’un an ou, à défaut, de procéder, au réexamen de sa situation avec délivrance d’une autorisation provisoire de séjour ou un récépissé valable au moins un an.
Sur l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :
2. Le premier alinéa de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 dispose que « dans les cas d'urgence (…), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée (…) par la juridiction compétente (…). ».
3. Au cas particulier, eu égard à l’urgence qui s’attache à ce qu’il soit statué sur sa requête, il y a lieu d’admettre, à titre provisoire, M. A..., au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
4. Si le préfet fait valoir que la demande de M. A... est toujours en cours d’instruction, cette circonstance n’est toutefois pas de nature, alors même que l’intéressé est bénéficiaire d’un récépissé de carte de séjour valable jusqu’au 23 octobre 2025, à faire obstacle à la naissance d’une décision implicite de rejet de sa demande, née à l’issue du délai de quatre mois, prévu par l’article R. 432-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir tirée de l’irrecevabilité de la requête, en l’absence de décision faisant grief, doit être écartée.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
5. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ».
6. L’urgence justifie la suspension de l’exécution d’un acte administratif lorsque celui-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés d’apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l’acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue. L’urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l’ensemble des circonstances de l’affaire. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour, comme d’ailleurs d’un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l’attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
7. D’une part, eu égard à l’aggravation de son état de santé, avec un risque à court terme de décompensation engageant le pronostic vital et la nécessité d’une inscription sur une liste d’attente pour une transplantation bipulmonaire, subordonnée à un titre de séjour d’un an, M. A... doit être regardé comme justifiant de circonstances particulières caractérisant une situation d’urgence, sans que le préfet ne puisse sérieusement soutenir que le requérant aurait dû contester plus tôt la décision contestée, qu’il a, lui-même, tardé à prendre, en maintenant le requérant sous récépissé depuis le 22 juin 2023.
8. D’autre part, en l’état de l’instruction, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 6-7 de l’accord franco-algérien, paraît de nature, eu égard notamment à l’aggravation de l’état de santé du requérant, postérieurement à l’avis du collège des médecins rendu le 21 décembre 2023, à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.
9. Il résulte de tout ce qui précède, que l’exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté la demande de délivrance de titre de séjour de M. A... doit être suspendue.
Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :
10. Dans les circonstances de l’espèce, il y a seulement lieu d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis d’achever l’instruction de la demande du requérant, en tenant notamment compte des éléments médicaux postérieurs au 21 décembre 2023, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir et de lui renouveler, dans l’attente son récépissé de carte de séjour. Il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les conclusions au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
11. M. A... a été provisoirement admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 000 euros, qui sera versée à Me Vannier sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d’aide juridictionnelle, ladite somme sera versée à M. A....
O R D O N N E :
Article 1er : M. A... est provisoirement admis à l’aide juridictionnelle.
Article 2 : L’exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté la demande de titre de séjour de M. A... est suspendue.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis ou tout autre préfet territorialement compétent de procéder au plus tard au réexamen de la demande du requérant dans les conditions prévues au point 10 de la présente ordonnance.
Article 4 : L’Etat versera à Me Vannier une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d’aide juridictionnelle, ladite somme sera versée à M. A....
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A..., à Me Vannier et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Fait à Montreuil, le 20 octobre 2025.
La juge des référés,
M. de Bouttemont
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.