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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2518417

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2518417

mardi 4 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2518417
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantFLOREAL AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... veuve B... tendant à la suspension de la décision du 3 septembre 2025 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé le renouvellement de son titre de séjour. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas établie, la requérante ne justifiant pas d'une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation personnelle ou professionnelle, et qu'aucun des moyens soulevés, notamment la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. La demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle a également été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces enregistrés les 16, 29 octobre et 3 novembre 2025, Mme C... A... veuve B..., représentée par Me Vannier, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l’exécution de la décision du 3 septembre 2025 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour ;

3°) d’enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de sept jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte et de lui délivrer, dans l’attente, une attestation provisoire de séjour l’autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros hors taxes sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et, dans le cas où l'aide juridictionnelle lui serait accordée, de verser cette somme à Me Vannier, au titre des dispositions de ce texte et de celles de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :
- la condition d’urgence est remplie, dès lors que l’urgence est présumée en cas de refus de renouvellement d’un titre de séjour ; qu’en outre l’urgence est caractérisée dès lors que la décision attaquée porte atteinte à sa situation professionnelle et financière en ce qu’elle l’expose à une perte de son emploi et de ses droits sociaux, de sorte qu’elle se trouve placée dans une situation de grande précarité alors qu’elle supporte diverses dépenses notamment pour se soigner ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, dès lors que celle-ci est entachée d’un défaut de motivation, d’un défaut d’examen de sa situation personnelle et de vices de procédure résultant de l’absence de débat contradictoire et de consultation de la commission du titre de séjour dans les conditions prévues par l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que cette décision méconnait l’article L. 425-9 du même code dès lors qu’elle souffre de plusieurs pathologies, dont certaines sont évolutives, qui nécessitent une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu’elle ne pourrait pas bénéficier au Nigéria de la prise en charge correspondant à ses besoins, que cette décision méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et qu’elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 novembre 2025, le préfet de la Seine-Saint-Denis, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :
- à titre principal, la requête est irrecevable, celle-ci étant dirigée contre un acte inexistant dès lors que la demande de la requérante a été expressément rejetée par un arrêté du 3 septembre 2025 ;
- à titre subsidiaire, la requête est infondée, dès lors que les conditions d’urgence et de doute sérieux sur la légalité de la décision contestée ne sont pas remplies.

Vu :
- la requête enregistrée le 31mars 2025 sous le n°2505442 tendant à l’annulation de la décision en litige ;
- les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Charageat, premier conseiller, pour statuer en qualité de juge des référés.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique du 3 novembre 2025 à 14 h 30 en présence de M. El Mamouni, greffier d’audience :
- le rapport de M. Charageat, juge des référés ;
- et les observations de Me Kermiche substituant Me Vannier, représentant Mme A..., qui soutient notamment que la requête est recevable dès lors que l’arrêté du 3 septembre 2025 ne lui a pas été notifié, que l’urgence, qui est présumée, est en outre justifiée en l’espèce et que la décision en litige est entachée d’erreur d’appréciation au regard de l’article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte tenu de l’impossibilité pour la requérante d’accéder effectivement à un traitement médical dans son pays d’origine.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis n’étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

1. Mme A... ressortissante nigériane née le 2 mai 1982, a été titulaire, en dernier lieu, d’une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » valable du 25 mai 2023 au 24 mai 2024, dont elle a sollicité le renouvellement le 20 mars 2024. Par un arrêté du 3 septembre 2025, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté cette demande et l’a obligée à quitter le territoire français. Mme A... demande, dans le dernier état de ses écritures, la suspension de l’exécution de la décision de refus de renouvellement de titre de séjour contenue dans l’arrêté du 3 septembre 2025.

Sur l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d’urgence, (…) l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ».

3. Au cas particulier, eu égard à l’urgence qui s’attache à ce qu’il soit statué sur sa requête, il y a lieu d’admettre, à titre provisoire, Mme A... au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Sur la fin de non-recevoir soulevée par le préfet de la Seine-Saint-Denis :

4. Le préfet de la Seine-Saint-Denis soutient que le requête est irrecevable au motif qu’elle n’est dirigée contre aucune décision, dès lors que la demande de titre de séjour de Mme A... a été expressément rejetée par une décision du 3 septembre 2025. Toutefois les conclusions dirigées contre la décision implicite de rejet de la demande de renouvellement de titre de séjour déposée le 20 mars 2024 doivent être regardées comme dirigées contre la décision du 3 septembre 2025, qui s’y est substituée, par laquelle cette demande a été expressément rejetée, et qui est en tout état de cause également contestée par Mme A... dans ses dernières écritures.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

5. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ».

En ce qui concerne l’urgence :

6. L’urgence justifie la suspension de l’exécution d’un acte administratif lorsque celui-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés d’apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l’acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue. L’urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l’ensemble des circonstances de l’affaire. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour, comme d’ailleurs d’un retrait de celui-ci.

7. Si le préfet de la Seine-Saint-Denis soutient que l’urgence n’est pas établie dès lors que la requérante ne démontre pas que l’absence de titre de séjour aurait une incidence sur l’accès à des soins et sur sa situation familiale, les motifs qu’il invoque ne constituent pas en l’espèce une circonstance particulière de nature à faire échec à la présomption d’urgence mentionnée au point précédent. Par suite, la condition d’urgence prévue par l’article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

8. En l’état de l’instruction, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, en ce qui concerne la possibilité de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d’origine, est propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

9. Il résulte de tout ce qui précède que l’exécution de la décision du 3 septembre 2025 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler le titre de séjour de Mme A... doit être suspendue.

Sur les conclusions à fin d’injonction et d’astreinte :

10. Il y a lieu d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout autre préfet territorialement compétent de délivrer à Mme A..., dans un délai maximum d’un mois à compter de la notification de la présente décision, un document provisoire de séjour l’autorisant à travailler, jusqu’à ce qu’il soit de nouveau statué sur sa demande ou sur sa requête au fond. Dans les circonstances de l’espèce il n’y a pas lieu de prononcer d’astreinte.

Sur les frais liés au litige :

11. Mme A... a été provisoirement admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 000 euros, qui sera versée à Me Vannier sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d’aide juridictionnelle, ladite somme sera versée à Mme A....




O R D O N N E :




Article 1er : Mme A... est provisoirement admise à l’aide juridictionnelle.

Article 2 : L’exécution de la décision du 3 septembre 2025 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler le titre de séjour de Mme A... est suspendue jusqu’à ce qu’il soit statué sur la requête tendant à l’annulation de cette décision.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout autre préfet territorialement compétent de délivrer à Mme A... un document provisoire de séjour dans les conditions mentionnées au point 10 de la présente ordonnance.

Article 4 : L’Etat versera à Me Vannier une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d’aide juridictionnelle, ladite somme sera versée à Mme A....

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C... A... veuve B..., à Me Vannier et au ministre de l’intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.


Fait à Montreuil, le 4 novembre 2025.



Le juge des référés,




D. Charageat


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.




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