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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2520218

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2520218

lundi 8 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2520218
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCALVO PARDO

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. A..., ressortissant sri-lankais, qui demandait d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui fixer un rendez-vous pour déposer une demande de titre de séjour. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas établie, le requérant n’apportant pas de justifications suffisantes sur l’impossibilité de travailler et de circuler librement. Il a également considéré que la mesure sollicitée n’était pas utile, dès lors que M. A... n’avait pas démontré avoir épuisé les voies d’accompagnement prévues par les articles R. 431-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et l’arrêté du 1er août 2023 (assistance téléphonique, accueil physique). La requête a donc été rejetée, y compris les conclusions présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 novembre 2025, M. B... A..., représenté par Me Calvo Pardo, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui donner, dans un délai de dix jours suivant la notification de l’ordonnance à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, une date de rendez-vous lui permettant de déposer une demande de titre de séjour ;

2°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A... soutient que :

- la condition d’urgence est remplie dès lors qu’il est dans l’impossibilité de travailler et de circuler librement ;
- la condition d’utilité est remplie, en l’absence d’alternative permettant le dépôt de sa demande de titre de séour ;
- la mesure sollicitée ne fait pas obstacle à l’exécution d’une décision administrative.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n’a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- l’arrêté du 27 avril 2021 pris en application de l’article R. 431-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile relatif aux titres de séjour dont la demande s’effectue au moyen d’un téléservice ;
- l’arrêté du 1erer août 2023 pris pour l'application de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile fixant les modalités d'accueil et d'accompagnement et les conditions de recours à la solution de substitution des usagers du téléservice « ANEF » ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Montreuil a désigné, M. Marchand, président, pour statuer sur les demandes de référé.


Considérant ce qui suit :

M. A..., ressortissant sri-lankais, a entendu déposer sur le site « ANEF » une demande de titre de séjour en qualité de membre de la famille d’un étranger reconnu réfugié. Faute de pourvoir accomplir cette démarche, il demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de le convoquer en préfecture en vue du dépôt de sa demande de titre de séjour.

Aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d’urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l’absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative ». Saisi sur le fondement de ces dispositions d’une demande qui n’est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d’injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En outre, il ne saurait faire obstacle à l’exécution d’une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu’il ne s’agisse de prévenir un péril grave.

Aux termes de l’article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « La demande d'un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration s'effectue au moyen d'un téléservice à compter de la date fixée par le même arrêté. Les catégories de titres de séjour désignées par arrêté figurent en annexe 9 du présent code. / Les personnes qui ne sont pas en mesure d'effectuer elles-mêmes le dépôt en ligne de leur demande bénéficient d'un accueil et d'un accompagnement leur permettant d'accomplir cette formalité. / En outre, une solution de substitution, prenant la forme d'un accueil physique permettant l'enregistrement de la demande, est mise en place pour l'étranger qui, ayant accompli toutes les diligences qui lui incombent, notamment en ayant fait appel au dispositif d'accueil et d'accompagnement prévu à l'alinéa précédent, se trouve dans l'impossibilité constatée d'utiliser le téléservice pour des raisons tenant à la conception ou au mode de fonctionnement de celui-ci. (…) ». En application des dispositions de l’article 2 de l’arrêté du 1er août 2023 susvisé, les personnes rencontrant des difficultés dans le cadre du dépôt en ligne de leurs demandes de titre de séjour peuvent bénéficier d’un accompagnement reposant sur une assistance téléphonique et un formulaire de contact, ainsi que sur un accueil physique. Ce même article prévoit, premièrement, que l’assistance téléphonique et l’assistance via un formulaire de contact sont mises en œuvre par le « centre de contact citoyens » de l'Agence nationale des titres sécurisés, qui est joignable via un numéro téléphonique dédié et gratuit et dont les téléconseillers ont notamment pour mission d’assister l'usager dans le dépôt de sa demande, de le renseigner sur le suivi de son dossier et d’identifier les anomalies, qu’ils transmettent à la direction générale des étrangers en France et, deuxièmement, que l'accueil physique est pris en charge par les points d'accueil numérique installés dans les préfectures et les sous-préfectures disposant d'un service chargé des étrangers, dont la mission est d’assurer l'accompagnement numérique au dépôt des demandes de titres de séjour. En outre, l’article 4 du même arrêté prévoit que la solution de substitution instituée par l'article R. 431-2 du code précité est réservée « aux usagers n'ayant pu déposer leur demande via le téléservice mentionné au même article malgré leur recours au dispositif d'accueil et d'accompagnement » prévu à l'article 2 mentionné ci-dessus, que le dossier n’est recevable que si l'usager « est invité par la préfecture territorialement compétente à bénéficier de la solution de substitution, après constat de l'impossibilité technique du dépôt de sa demande via le téléservice », que, par exception l'usager peut bénéficier de cette solution de substitution s’il produit, à l'appui de sa demande, un document du centre de contact citoyens attestant de l'impossibilité de déposer sa demande en ligne, que la demande de titre de séjour est alors effectuée auprès de la préfecture ou d'une sous-préfecture du département de résidence et qu’un rendez-vous physique individuel est systématiquement proposé à l’étranger autorisé à déposer sa demande de titre, les modalités de prise de rendez-vous, qui comprennent au moins deux vecteurs, dont l’un n’est pas numérique, étant déterminées par le préfet.

Il incombe à l'autorité administrative, si l’étranger présente un dossier de demande de titre de séjour complet, de procéder à l'enregistrement de cette demande, dans un délai raisonnable. L’étranger qui établit ne pas avoir pu présenter une demande de titre de séjour au moyen du téléservice mentionné à l’article 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en raison d’un dysfonctionnement persistant en dépit des dispositifs d’accompagnement et de substitution mentionnés au point 3, peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu’il fixe, une date de rendez-vous pour présenter une telle demande. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d’une demande de renouvellement d’un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d’obtenir rapidement ce rendez-vous.

De première part, il résulte de l’instruction que le « centre de contact citoyens » de l’Agence nationale des titres sécurisés a confirmé à M. A... l’impossibilité de déposer sa demande de titre de séjour en qualité de conjoint d’une ressortissante étrangère titulaire du statut de réfugiée au moyen du téléservice « ANEF », alors-même que sa demande est au nombre de celles relevant de ce téléservice, et la nécessité pour lui de procéder au dépôt de sa demande en préfecture. De deuxième part, il résulte de cette même instruction que, par une lettre réceptionnée le 15 octobre 2025 et demeurée sans réponse, M. A... a sollicité du préfet de la Seine-Saint-Denis un rendez-vous en préfecture en vue du dépôt de sa demande de titre de séjour. De troisième part, il n’est pas établi par le préfet ni même allégué que ce dernier aurait fixé les modalités de prise de rendez-vous en préfecture en vue de permettre le dépôt des demandes de titre de séjour des étrangers autorisés à bénéficier de la solution de substitution prévue par les dispositions citées au point 3. De quatrième part, l’impossibilité dans laquelle se trouve M. A... de déposer sa demande de titre de séjour le maintient dans une situation de précarité et fait obstacle à ce qu’il exerce les droits qui lui sont reconnus par sa qualité de conjoint de ressortissante étrangère bénéficiaire du statut de réfugiée. Au vu de ces éléments, les conditions d’utilité et d’urgence de la demande du requérant tendant à ce qu’il soit ordonné au préfet de la Seine-Saint-Denis de fixer dans de brefs délais un rendez-vous pour qu’il puisse déposer son dossier de demande de titre de séjour apparaissent remplies, et cette demande ne se heurte à aucune contestation sérieuse ni ne fait obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative


Si le requérant soutient qu’il n’est pas parvenu à déposer sa demande de titre de séjour compte tenu du blocage du téléservice « ANEF », il ne justifie pas, ni même n’allègue, avoir sollicité la mise en œuvre du dispositif d’assistance et d’accompagnement mentionné au point 3. Dans ces conditions, la mesure qu’il sollicite ne peut manifestement pas être regardée comme remplissant la condition d’utilité prévue par l'article L. 521-3 du code de justice administrative.


Par suite, il y a lieu d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de fixer, dans un délai de six semaines, un rendez-vous à M. A... afin qu’il puisse déposer sa demande de titre de séjour. Il n’y a en revanche pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.


Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’Etat le versement à M. A... d’une somme de 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


















O R D O N N E :


Article 1er : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de fixer, dans un délai de six semaines, un rendez-vous à M. A... afin qu’il puisse déposer sa demande de titre de séjour.

Article 2 : L’Etat versera à M. A... une somme de 500 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A... et au ministre de l’intérieur.

Copie au préfet de la Seine-Saint-Denis.


Fait à Montreuil, le 8 décembre 2025.


Le juge des référés,



A. Marchand


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


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