Le Tribunal Administratif de Montreuil, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, rejette la requête de Mme B... visant à suspendre la décision du préfet de la Seine-Saint-Denis classant sans suite sa demande de carte de résident. Le juge estime que la demande de titre de séjour, relevant d’une procédure de dépôt par téléservice, ne peut faire naître une décision implicite de refus, rendant les conclusions irrecevables faute de décision faisant grief. A titre subsidiaire, il considère qu’aucun moyen soulevé n’est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision de classement sans suite. La requête est donc rejetée comme manifestement irrecevable et mal fondée.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 décembre 2025, Mme A... B..., représentée par Me Rosin, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de prononcer son admission provisoire à l’aide juridictionnelle ;
2°) de suspendre l’exécution de la décision du 10 octobre 2025 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a classé sans suite sa demande de délivrance d’une carte de résident ;
3°) d’enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa demande de titre de séjour dans un délai de quinze jours et de lui délivrer un document provisoire de séjour assorti d’une autorisation de travail le temps de ce réexamen, dans un délai de quarante-huit heures, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, d’enregistrer sa demande de titre de séjour dans un délai de quinze jours et de lui délivrer un document provisoire de séjour dans les mêmes conditions ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros hors taxes en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et, dans le cas où l'aide juridictionnelle lui serait accordée, de verser cette somme à Me Rosin au titre des dispositions de ce texte et de celles de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.
Elle soutient que :
- le classement sans suite de sa demande de titre de séjour révèle une décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour en application des dispositions des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou, au minimum, un refus d’enregistrement de sa demande de titre de séjour, dès lors que son dossier était complet ;
- l’urgence est caractérisée dès lors que la décision attaquée, qui la maintient dans une situation irrégulière et de précarité administrative qui l’expose à une mesure d’éloignement et fait obstacle à son insertion professionnelle ainsi qu’à son accès à un logement social, préjudicie de manière grave et immédiate à la situation de sa fille mineure, qui bénéficie du statut de réfugié ;
- il existe un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, dès lors que celle-ci n’est pas motivée, que le classement sans suite de sa demande, en ce qu’il a pour motif qu’elle devait être déposée sur le téléservice de l’ANEF, est intervenu sans qu’il ait été procédé à un examen complet et sérieux de sa situation, et que les articles L. 424-1 et L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnus.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l’arrêté du 27 avril 2021 pris en application de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif aux titres de séjour dont la demande s'effectue au moyen d'un téléservice ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Charageat, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ». En vertu de l’article L. 522‑3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d’urgence n’est pas remplie ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée.
2. En premier lieu. Mme B..., ressortissante ivoirienne née le 29 décembre 1984, conteste la décision de refus de délivrance d’un titre de séjour qui serait révélée par la décision du 10 octobre 2025 par laquelle sa demande de titre de séjour effectuée le 19 septembre 2025 via le téléservice « demarches-simplifiees.fr » a été classée sans suite. Toutefois, si en utilisant ce téléservice elle a engagé la procédure en vue d’obtenir un rendez-vous pour déposer sa demande de titre de séjour en préfecture, cette demande ne saurait conduire à constater le point de départ du délai de naissance d’une décision implicite de refus de délivrance d’un titre de séjour en application des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en tout état de cause qu’en l’espèce le titre de séjour demandé relève de la procédure mentionnée à l’article R. 431-2 du même code, conformément à l’arrêté du 27 avril 2021 susvisé. Il suit de là que ces conclusions, qui ne sont dirigées contre aucune décision faisant grief, sont manifestement irrecevables.
3. En second lieu, en l'état de l'instruction, aucun des moyens susvisés soulevés dans la requête n’est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision de classement sans suite en litige ni, par voie de conséquence, quant à la légalité du refus d’enregistrement invoqué, eu égard notamment à la procédure de dépôt, rappelée au point 2, dont relève la demande de titre de séjour de Mme B....
4. S’il est loisible Mme B..., si elle s’y croit fondée, de solliciter en urgence, par les voies procédurales adaptées, la délivrance du numéro d’étranger qui lui est nécessaire pour déposer une demande de titre de séjour conforme, il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il y ait lieu d’accorder l'aide juridictionnelle demandée, ni de se prononcer sur la condition d’urgence, que la requête doit être rejetée, en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue à l’article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... B....
Fait à Montreuil, le 26 décembre 2025.
Le juge des référés,
D. Charageat
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.