Le Tribunal Administratif de Montreuil, statuant en référé, a rejeté la demande du syndicat CGT d’ArcelorMittal Dunkerque visant à suspendre la décision du 17 décembre 2025 validant le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) de la société ArcelorMittal France. Le juge a estimé que la condition d’urgence, requise par l’article L. 521-1 du code de justice administrative, n’était pas remplie. Il a relevé que les licenciements n’interviendraient qu’à l’issue de délais (congé de reclassement ou préavis), ne portant pas une atteinte grave et immédiate aux salariés avant le jugement au fond, et que les allégations sur l’atteinte à l’entreprise étaient insuffisamment caractérisées. La requête a été rejetée sans instruction ni audience, en application de l’article L. 522-3 du même code.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 janvier 2026, le syndicat CGT d’ArcelorMittal Dunkerque, représenté par Me Blindauer, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l’exécution de la décision du 17 décembre 2025 par laquelle le directeur régional et interdépartemental de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités d’Ile-de-France a validé l’accord du 24 novembre 2025 portant plan de sauvegarde de l’emploi de la société ArcelorMittal France ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat et de la société ArcelorMittal France la somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la condition d’urgence est remplie, dès lors que la décision contestée porte une atteinte grave et immédiate à la situation des salariés, en raison des mesures de licenciement pour motif économique envisagées, ainsi qu’à l’entreprise elle-même, en ce que le transfert à l’étranger des fonctions-support de haut niveau a pour effet de la désorganiser, alors qu’elle est susceptible de faire l’objet d’une nationalisation.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 21 janvier 2026, sous le numéro 2601407, par laquelle le syndicat CGT d’ArcelorMittal Dunkerque demande l’annulation de la décision attaquée.
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme de Bouttemont, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ». En vertu de l’article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d’urgence n’est pas remplie ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée.
L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés d’apprécier concrètement, au vu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l’acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue. L’urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l’ensemble des circonstances de l’espèce. Il en va notamment ainsi lorsqu’est demandée au juge des référés la suspension de l’exécution des décisions prévues à l’article L. 1233-57-1 du code du travail qui valident l’accord collectif ou homologuent le document de l’employeur relatifs à un plan de sauvegarde de l’emploi.
Pour établir l’existence d’une situation d’urgence, le syndicat CGT d’ArcelorMittal Dunkerque fait valoir que la décision contestée porte une atteinte grave et immédiate, d’une part, aux salariés, en raison du prononcé des licenciements pour motif économique envisagés, et d’autre part, à l’entreprise elle-même, du fait du transfert à l’étranger de ses « fonctions-support de haut niveau », alors qu’elle est susceptible de faire l’objet, à brève échéance, d’une nationalisation.
D’une part, il résulte de l’instruction et notamment du calendrier prévisionnel de mise en œuvre du plan de sauvegarde de l’emploi que si la notification des premiers licenciements économiques est prévue effectivement à la fin du mois de mars 2026 avec un échelonnement au cours de l’année jusqu’au 31 décembre, la rupture des contrats de travail n’interviendra, toutefois, qu’à l’expiration du congé de reclassement pour les salariés ayant adhéré au dispositif, ou à l’issue de leur préavis pour les autres, et pour les salariés volontaires, à la date mentionnée dans la convention de rupture ou à la date de leur retraite. Par suite, le commencement d’exécution des mesures prévues par le plan de sauvegarde de l’emploi n’apparaît pas susceptible de porter gravement atteinte à la situation des salariés, avant que le tribunal ne statue au fond sur la légalité de la décision en cause, dans le délai de trois mois imparti, par les dispositions de l’article L. 1235-7-1 du code du travail. D’autre part, si le syndicat requérant fait état de l’atteinte qui serait portée aux intérêts de l’entreprise elle-même avant une éventuelle nationalisation, ses allégations ne sont, en tout état de cause, pas suffisamment caractérisées pour établir l’existence d’une atteinte grave et immédiate à un intérêt public ou aux intérêts qu’il entend défendre. Par suite, la condition d’urgence prévue par l’article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.
5. Il résulte de ce qui précède que la requête du syndicat CGT d’ArcelorMittal Dunkerque doit être rejetée, en toutes ses conclusions, par application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête du syndicat CGT d’ArcelorMittal Dunkerque est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée au syndicat CGT d’ArcelorMittal Dunkerque.
Copie en sera adressée pour information au directeur régional et interdépartemental de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités d’Ile-de-France et à la société ArcelorMittal France.
Fait à Montreuil, le 30 janvier 2026.
La juge des référés,
M. de Bouttemont
La République mande et ordonne au ministre du travail et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.