Texte intégral
I. Par une requête enregistrée le 23 janvier 2026, sous le n° 2601630, M. C... A..., représenté par la SELURL Garcia Avocats, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 15 janvier 2026 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l’a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours en vue de son éloignement du territoire français et l’a obligé à se présenter quotidiennement au commissariat ;
2°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l’arrêté attaqué est insuffisamment motivé en méconnaissance des dispositions des articles L. 212-2 du code des relations entre le public et l’administration et L. 732-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- il méconnaît le champ d’application de l’article L. 731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- il est entaché d’une erreur de fait relative à l’impossibilité de quitter immédiatement le territoire ;
- il est entaché d’une « erreur manifeste de droit, de fait et d’appréciation » dans l’application des articles L. 731-1 et L. 731-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- il est entaché d’une erreur de droit et d’une erreur de fait dans l’application de l’article R. 733-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- il est entaché d’un défaut d’examen sérieux de sa situation ;
- en faisant application de l’article R. 733-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, il porte atteinte à sa liberté d’aller et venir ainsi qu’aux droits de la défense, en méconnaissance de l’article L. 561-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- il est entaché d’une erreur d’appréciation de la menace à l’ordre public que représente sa présence sur le territoire français.
II. Par une ordonnance du 4 février 2026, enregistrée le 5 février 2026 au greffe du tribunal, sous le n° 2602734, la magistrate déléguée du tribunal administratif de Melun a transmis au tribunal, en application de l’article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. C... A....
Par cette requête sommaire, enregistrée au greffe du tribunal de Melun le 17 janvier 2026 sous le n° 2602734, M. C... A..., représenté par la SELURL Garcia Avocats, demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 15 janvier 2026 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d’éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de quitter le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois.
Il soutient que :
- les décisions attaquées ont été prises par une autorité incompétente et son insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d’une erreur manifeste d’appréciation et méconnaissent sa situation personnelle.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile,
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Lançon, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, en application de l’article L. 922-2 de ce code.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique du 10 février 2026 à 10h :
- le rapport de Mme Lançon ;
- et les observations de Me Barberi, représentant le préfet de la Seine-Saint-Denis, qui conclut au rejet des requêtes en soutenant que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
La clôture de l’instruction a été prononcée, en application de l’article R. 922-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
M. A..., ressortissant libyen né le 25 octobre 2000, s’est vu notifier un arrêté du 15 janvier 2026 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d’éloignement et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois. Par une requête enregistrée sous le n° 2602734, M. A... demande au tribunal d’annuler cet arrêté. En outre, il a fait l’objet d’un arrêté du 15 janvier 2026 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l’a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours en vue de son éloignement du territoire français. Par une requête n° 2601630, qu’il y a lieu de joindre à la requête n° 2602734 pour statuer par un seul jugement, M. A... demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 15 janvier 2026 précité.
Sur l’arrêté du 15 janvier 2026 portant obligation de quitter le territoire français, refus d’octroi d’un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français :
En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l’existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté n° 2025-4837 du 2 décembre 2025 régulièrement publié le même jour au recueil n° 93-2025-12-02 des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme B..., adjoint au chef de la plateforme interrégionale de la main d’œuvre étrangère, signataire de l’arrêté attaqué, pour signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français, relatives au délai de départ volontaire, fixant le pays de destination d’une mesure d’éloignement et portant interdiction de retour sur le territoire français, en cas d’absence ou d’empêchement des agents la précédant dans l’ordre des délégataires ou dans le cadre d’astreintes. Il n’est pas établi que ces personnes n’aient pas été absentes ou empêchées ou que la signataire ne soit pas intervenue dans le cadre d’une astreinte. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de la signataire de l’arrêté attaqué doit être écarté.
En deuxième lieu, d’une part, les décisions en litige, qui n’avaient pas à mentionner l’ensemble des éléments de la situation de l’intéressé, comportent les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent. En particulier, elles visent les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, ainsi que les articles du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dont il a été fait application. Elles font, en outre, état d’éléments circonstanciés relatifs à la situation personnelle de M. A... tels que les conditions de son entrée sur le territoire français, la durée de sa présence en France, sa situation familiale, la nature de ses liens familiaux, la présence de sa famille dans son pays d’origine et sa situation professionnelle. Ces considérations sont suffisamment développées pour permettre au requérant d’en comprendre et d’en discuter les motifs, et pour permettre au juge d’exercer son contrôle. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation des décisions attaquées doit être écarté.
En troisième lieu, les moyens tirés de l’erreur manifeste d’appréciation et de la méconnaissance de la situation personnelle du requérant ne sont pas assortis des précisons permettant d’en apprécier le bien-fondé. Par suite, ils ne peuvent qu’être rejetés.
Il résulte de ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 15 janvier 2026 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d’éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de quitter le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois.
Sur l’arrêté du 15 janvier 2026 portant assignation à résidence et obligation de se présenter au commissariat :
En premier lieu, aux termes de l’article L. 732-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ».
L’arrêté attaqué, qui n’avait pas à énoncer l’ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de l’intéressé, comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Il vise notamment l’article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et mentionne notamment que la décision en litige est prise pour l’exécution d’un arrêté portant obligation de quitter le territoire français pris à l’encontre du requérant le 15 janvier 2026, que M. A... est dépourvu de document de voyage en cours de validité et que des démarches consulaires sont nécessaires pour obtenir un laissez-passer consulaire. Ces considérations sont suffisamment précises pour permettre au requérant de contester utilement le bien-fondé de la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation de l’arrêté attaqué doit être écarté.
En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; (…) ».
Il ressort des pièces du dossier que M. A... a fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français par décision du 15 janvier 2026, pour laquelle le délai de départ volontaire n’a pas été accordé. Dès lors, le préfet de la Seine-Saint-Denis pouvait, pour ce motif, prendre une décision d’assignation à résidence à l’encontre de l’intéressé. En tout état de cause, d’une part, M. A... se borne à soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis ne justifie pas avoir effectué des démarches auprès d’un État tiers pour exécuter la mesure d’éloignement, ce qui ne saurait caractériser l’absence de perspective raisonnable d’éloignement. D’autre part, contrairement à ce que soutient le requérant, la circonstance qu’il soit dépourvu de document de voyage en cours de validité n’est pas de nature à démontrer qu’il ne serait pas dans l’impossibilité de quitter immédiatement le territoire français. Il s’ensuit que les moyens tirés de la méconnaissance du champ d’application de l’article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l’erreur de droit ne peuvent qu’être écartés.
En troisième lieu, aux termes de l’article L. 731-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger assigné à résidence en application de l'article L. 731-1 peut être placé en rétention en application de l'article L. 741-1, lorsqu'il ne présente plus de garanties de représentation effectives propres à prévenir un risque de soustraction à l'exécution de la décision d'éloignement apprécié selon les mêmes critères que ceux prévus à l'article L. 612-3. / (…) »
M. A..., qui ne conteste pas les motifs de droit et de fait de la décision en litige, rappelés au point 7, se borne à soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis ne démontre pas qu’il présenterait des « garanties de représentation effectives propres à prévenir un risque de soustraction à l’exécution de la décision d’éloignement ». Dès lors, le moyen tiré d’une « erreur manifeste de droit, de fait et d’appréciation » dans l’application des articles L. 731-1 et L. 731-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ne peut qu’être écarté.
En quatrième lieu, aux termes de l’article L. 732-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / (…) » Par ailleurs, aux termes de l’article L. 733-1 du même code : « L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. / (…) ». L’article R. 733-1 de ce code dispose : « L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, (…) définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / (…). »
Par l’arrêté en litige, le préfet a assigné M. A... à résidence sur la commune d’Aubervilliers pendant quarante-cinq jours et l’a obligé à se présenter une fois par jour, y compris les weekends et jours fériés, à 14 heures au commissariat d’Aubervilliers. Le requérant, qui se borne à soutenir que l’arrêté en litige est entaché d’une erreur de droit et d’une erreur de fait dans l’application de l’article R. 733-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et d’un défaut d’examen sérieux de sa situation, ne fait valoir aucun élément relatif à sa situation personnelle et ne se prévaut pas d’une adresse de domicile. Par ailleurs, contrairement à ce que soutient le requérant, aucune disposition légale ou réglementaire ne fait obstacle à ce que le périmètre dans lequel l’intéressé est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence soit défini au niveau d’un département. Par suite, de tels moyens ne peuvent qu’être écartés.
En cinquième lieu, M. A... ne peut utilement invoquer les dispositions de l’article L. 561-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, lequel est applicable aux étrangers ayant obtenu le statut de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire. Par ailleurs, il ne fait état d’aucun élément relatif à sa situation personnelle. Par suite, le moyen tiré de l’atteinte à sa liberté d’aller et venir ainsi qu’aux droits de la défense, en méconnaissance de l’article L. 561-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ne peut qu’être écarté.
En sixième lieu, M. A... soutient que la décision attaquée est illégale dès lors qu’une décision d’assignation à résidence « porte en elle-même une atteinte à la liberté d’aller et venir qui constitue une liberté fondamentale ». Un tel moyen, non assorti des précisions permettant d’en apprécier le bien-fondé, ne peut qu’être écarté.
En dernier lieu, M. A... ne peut utilement soutenir le moyen tiré de l’erreur d’appréciation quant à l’existence d’une menace à l’ordre public, à l’encontre d’un arrêté portant assignation à résidence.
Il résulte des énonciations développées aux points 6 à 16 que M. A... n’est pas fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 15 janvier 2026 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l’a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours en vue de son éloignement du territoire français et l’a obligé à se présenter quotidiennement au commissariat.
Il résulte de ce tout ce qui précède que les requêtes n° 2601630 et n° 2602734 de M. A... doivent être rejetées en toutes leurs conclusions, y compris celles relatives aux frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2601630 et n° 2602734 de M. A... doivent être rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C... A... et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2026.
La magistrate désignée,
L-J. Lançon
La greffière,
J. Milome
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.