Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-1914805
mardi 26 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-1914805 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
Texte intégral
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée le 24 novembre 2019 sous le numéro 1914805, M. B A, représenté par Me La Flaquière, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2015, ainsi que des pénalités correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
- la procédure de rectification est irrégulière, dès lors que les agents intervenus dans le cadre du contrôle inopiné du 3 mai 2016, encadré par l'article L. 47 alinéa 4 du livre des procédures fiscales, ont procédé à une fouille systématique du mobilier sans son accord ; ainsi, les investigations effectuées par les agents relevaient de l'article L. 16 B du livre des procédures fiscales et non de l'article L. 47 alinéa 4 du même livre ;
- elle est irrégulière, dès lors que l'administration fiscale a adressé des demandes de renseignements auprès de tiers ne pouvant faire l'objet d'un droit de communication et ne lui a pas communiqué les pièces qu'il a sollicitées à cet égard ;
- l'avis de mise en recouvrement du 31 octobre 2017 est entaché d'irrégularités, dès lors qu'il ne mentionne pas la lettre de l'interlocutrice départementale, qui fixe le montant définitif des créances à mettre en recouvrement ;
- les propositions de rectification sont insuffisamment motivées ;
- les impositions en litige ne sont pas fondées, dès lors que la reconstitution de recettes opérée par l'administration est erronée en ce qu'elle a été établie à partir de 27 factures, établies en 2015 et 2016 et réparties sur une période de 21 jours seulement ; en outre, seules 23 factures pouvaient être prises en compte ; par ailleurs, les calculs effectués par l'administration portent sur une période comprise entre le 3 juillet 2015 et le 11 avril 2016, laquelle ne correspond pas aux années civiles pour lesquelles les rappels d'imposition sont effectués ;
- cette méthode de reconstitution de recettes par extrapolation est radicalement viciée et excessivement sommaire en ce qu'elle ne tient pas compte des conditions d'exploitation de son entreprise liées notamment à l'année 2013 au cours de laquelle son entreprise a été créée ;
- les encaissements bancaires sur ses comptes bancaires personnels et professionnels, celui de son épouse et leur compte joint font état de " recettes professionnelles ", qui se situent dans la limite du régime de la micro-entreprise pour les années 2013 à 2015, sont ainsi inférieurs à la moyenne des recettes du panel concurrentiel pris en référence par l'administration fiscale et aux chiffres d'affaires reconstitués par extrapolation ;
- le procédé consistant à corroborer la méthode de reconstitution de recettes à partir d'une étude réalisée sur des entreprises présentées comme similaires est contestable, dès lors que le chiffre d'affaires de chacune des entreprises considérées comme similaires n'est pas précisé, que l'administration n'indique pas pour chacune de ces entreprises référentes l'année de leur création et le nombre de salariés alors que lui-même travaille seul dans son entreprise, que la détermination des charges, issue du panel concurrentiel de référence, est de 60 477 euros, soit en moyenne deux fois plus important que le montant des recettes encaissées pour chaque exercice en litige, et que la comparaison avec ces entreprises n'est pas fiable compte tenu de son faible niveau d'activité ;
- aucun débat contradictoire n'a pu avoir lieu concernant la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires finalement établie par l'interlocutrice départementale, correspondant à la moyenne entre un chiffre d'affaires reconstitué à partir des encaissements minima et celui d'entreprises similaires ;
- il a fait l'objet d'un examen de sa situation fiscale personnelle, qui n'a révélé aucun enrichissement personnel ;
- la méthode de reconstitution par extrapolation ne peut valablement lui être opposée en ce que le principe d'une telle méthode " a été à maintes reprises sanctionnée par la jurisprudence ".
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mars 2020, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
II. Par une requête, enregistrée le 24 novembre 2019 sous le numéro 1914815, M. et Mme A, représentés par Me La Flaquière, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2013 à 2015 et des pénalités correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. et Mme A soutiennent que :
- la procédure est irrégulière, dès lors que les agents intervenus dans le cadre du contrôle inopiné du 3 mai 2016, encadré par l'article L. 47 alinéa 4 du livre des procédures fiscales, ont procédé à une fouille systématique du mobilier sans l'accord de M. A ; ainsi, les investigations effectuées par les agents relevaient de l'article L. 16 B du livre des procédures fiscales et non de l'article L. 47 alinéa 4 du même livre ;
- elle est irrégulière, dès lors que l'administration fiscale a adressé des demandes de renseignements auprès de tiers ne pouvant faire l'objet d'un droit de communication et n'a pas communiqué à M. A les pièces qu'il a sollicitées à cet égard ;
- les propositions de rectification sont insuffisamment motivées ;
- les impositions en litige ne sont pas fondées, dès lors que la reconstitution de recettes opérée par l'administration est erronée en ce qu'elle a été établie à partir de 27 factures, établies en 2015 et 2016 et réparties sur une période de 21 jours seulement ; en outre, seules 23 factures pouvaient être prises en compte ; par ailleurs, les calculs effectués par l'administration portent sur une période comprise entre le 3 juillet 2015 et le 11 avril 2016, laquelle ne correspond pas aux années civiles pour lesquelles les rappels d'imposition sont effectués ;
- cette méthode de reconstitution de recettes par extrapolation est radicalement viciée et excessivement sommaire en ce qu'elle ne tient pas compte des conditions d'exploitation de l'entreprise de M. A liées notamment à l'année 2013 au cours de laquelle son entreprise a été créée ;
- les encaissements bancaires sur leurs comptes bancaires personnels et professionnels font état de " recettes professionnelles ", qui se situent dans la limite du régime de la micro-entreprise pour les années 2013 à 2015, sont ainsi inférieurs à la moyenne des recettes du panel concurrentiel pris en référence par l'administration et aux chiffres d'affaires reconstitués par extrapolation ;
- le procédé consistant à corroborer la méthode de reconstitution de recettes à partir d'une étude réalisée sur des entreprises présentées comme similaires est contestable, dès lors que le chiffre d'affaires de chacune des entreprises considérées comme similaires n'est pas précisé, que l'administration n'indique pas, pour chacune de ces entreprises référentes, l'année de leur création et le nombre de salariés alors que M. A travaille seul dans son entreprise, que la détermination des charges, issue du panel concurrentiel de référence, est de 60 477 euros, soit en moyenne deux fois plus important que le montant des recettes encaissées pour chaque exercice en litige, et que la comparaison avec ces entreprises n'est pas fiable compte tenu de son faible niveau d'activité ;
- aucun débat contradictoire n'a pu avoir lieu concernant la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires finalement établie par l'interlocutrice départementale, correspondant à la moyenne entre un chiffre d'affaires reconstitué à partir des encaissements minima et celui d'entreprises similaires ;
- la méthode de reconstitution par extrapolation ne peut valablement leur être opposée en ce que le principe d'une telle méthode " a été à maintes reprises sanctionnée par la jurisprudence ".
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mars 2020, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. et Mme A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Saïh, rapporteure,
- et les conclusions de M. Boriès, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. L'entreprise Zine Services, société de réparation de véhicules représentée par M. A, a, à la suite d'un contrôle inopiné réalisé le 3 mai 2016, fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2015. A la suite de ce contrôle, l'administration fiscale lui a notifié des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période contrôlée et a rectifié son bénéfice imposable qui a été imposé entre les mains de M. A dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux, ce dernier ayant en effet fait l'objet d'un examen de sa situation fiscale personnelle au titre des années 2013 à 2015 à l'issue duquel il s'est vu notifier des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu au titre de ces trois années. Par sa requête, enregistrée sous le n° 1914805, M. A demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été assignés. Par leur requête, enregistrée sous le n°1914815, M. et Mme A demandent au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2013 à 2015, ainsi que des pénalités correspondantes.
2. Les requêtes enregistrées sous les n°s 1914805 et 1914815 présentent à juger des questions identiques et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales dans sa rédaction applicable en l'espèce : " Un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle d'une personne physique au regard de l'impôt sur le revenu ou une vérification de comptabilité ne peut être engagée sans que le contribuable en ait été informé par l'envoi ou la remise d'un avis de vérification. /Cet avis doit préciser les années soumises à vérification et mentionner expressément, sous peine de nullité de la procédure, que le contribuable a la faculté de se faire assister par un conseil de son choix. /L'avis informe le contribuable que la charte des droits et obligations du contribuable vérifié peut être consultée sur le site internet de l'administration fiscale ou lui être remise sur simple demande. /L'avis envoyé ou remis au contribuable avant l'engagement d'un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle peut comporter une demande des relevés de compte. /En cas de contrôle inopiné tendant à la constatation matérielle des éléments physiques de l'exploitation ou de l'existence et de l'état des documents comptables, l'avis de vérification de comptabilité et la charte des droits et obligations du contribuable vérifié sont remis au contribuable au début des opérations de constatations matérielles. L'examen au fond des documents comptables ne peut commencer qu'à l'issue d'un délai raisonnable permettant au contribuable de se faire assister par un conseil. ".
4. Une vérification de comptabilité consiste à contrôler sur place la sincérité des déclarations fiscales souscrites par un contribuable en les comparant avec les écritures comptables ou les pièces justificatives dont le service prend alors connaissance et dont il peut remettre en cause l'exactitude. Un contrôle inopiné effectué conformément aux dispositions précitées du quatrième alinéa de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales ne constitue pas le commencement d'une vérification de comptabilité. Toutefois, s'il résulte de ces dernières dispositions, éclairées par les travaux préparatoires, que le législateur a entendu reconnaître à l'administration la possibilité de procéder à un contrôle inopiné des éléments physiques de l'exploitation ou de l'existence et de l'état des documents comptables, il a subordonné cette possibilité, ainsi qu'il ressort des dispositions précitées de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales, à la condition que l'avis de vérification de comptabilité soit remis au contribuable au début des opérations de constatations matérielles et que l'examen au fond des documents comptables ne commence qu'à l'issue d'un délai raisonnable permettant au contribuable de se faire assister d'un conseil
5. Avant même de débuter la vérification de comptabilité à laquelle il envisageait de soumettre l'activité individuelle exercée par M. A, qui avait déclaré exercer une activité de services auxiliaires des transports terrestres, le vérificateur s'est rendu, le 3 mai 2016, au lieu d'exploitation de cette activité, pour y constater les conditions matérielles d'exploitation. Il résulte de l'instruction que si à cette occasion, à la demande de l'administration, M. A a accepté de présenter l'ensemble des pièces utilisées à des fins professionnelles et les documents présents pour que le service en constate l'existence et les répertorie dans l'état des constatations matérielles s'ils présentent un caractère professionnel, le vérificateur, qui n'a pas procédé à une analyse de la comptabilité, s'est borné à procéder à la constatation matérielle de l'état des documents comptables et à s'assurer de leur préservation et n'a, ainsi, pas excédé les prérogatives qui étaient les siennes dans le cadre d'un contrôle inopiné. La circonstance que les constatations matérielles ont conduit à la découverte d'une enveloppe, qui portait la mention manuscrite " à moi " et contenait la somme de 7 500 euros, n'est pas de nature, en tant que telle, à révéler que les agents des finances publiques se seraient livrés à une " fouille systématique des locaux " de l'entreprise, laquelle n'est d'ailleurs pas établie. Dès lors, M. et Mme A ne sont pas fondés à soutenir que les agissements de l'administration fiscale se rapporteraient à une visite domiciliaire devant être autorisée par le juge judiciaire en application de l'article L. 16 B du livre des procédures fiscales.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales, " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande. ". L'obligation faite par l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales à l'administration fiscale d'informer le contribuable de l'origine et de la teneur des renseignements qu'elle a utilisés pour procéder à des rectifications a pour objet de permettre à celui-ci, notamment, de discuter utilement leur provenance ou de demander que les documents qui, le cas échéant, contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition avant la mise en recouvrement des impositions qui en procèdent, afin qu'il puisse vérifier l'authenticité de ces documents et en discuter la teneur ou la portée.
7. M. et Mme A soutiennent que le service vérificateur, qui a adressé des demandes de renseignements auprès des clients de l'entreprise Zine Services, a méconnu l'obligation de communication prévue par les dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales en ne transmettant pas à M. A les copies de l'ensemble des documents obtenus auprès de ces tiers. Toutefois, il résulte de l'instruction, que le service ne s'est pas fondé sur les renseignements obtenus suite aux demandes d'information adressées aux personnes ne pouvant faire l'objet d'un droit de communication pour procéder aux redressements litigieux, la méthode de reconstitution du chiffre d'affaire de l'entreprise se basant exclusivement sur les données de l'entreprises et celles provenant d'un droit de communication auprès des établissements bancaires. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'administration fiscale a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales : " Les bases ou éléments servant au calcul des impositions d'office et leurs modalités de détermination sont portées à la connaissance du contribuable trente jours au moins avant la mise en recouvrement des impositions. Cette notification est interruptive de prescription. Lorsque le contribuable est taxé d'office en application de l'article L. 69, à l'issue d'un examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle, la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires peut être saisie dans les conditions prévues à l'article L. 59. (). ".
9. Les rappels de taxe sur la valeur ajoutée portant sur la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2015 ont été mis à la charge de M. A selon la procédure de taxation d'office, sur le fondement des articles L. 66-3 et L. 66-1 du livre des procédures fiscales. Il résulte de l'instruction que les propositions de rectification du 6 décembre 2016 et des 9 et 10 février 2017 comportent l'indication des bases et éléments ayant servi au calcul des impositions en litige ainsi que leurs modalités de détermination. Si M. A reproche plus précisément au service de ne pas avoir précisé, dans le cadre de la méthode de reconstitution de ses recettes, si les conditions d'exploitation de son établissement permettaient " l'extrapolation de données sur une très large période ", cette circonstance est sans incidence sur la motivation des propositions de rectification, dès lors que les motifs de fait sont suffisamment explicités pour être discutés. Par suite, lesdites propositions de rectification sont conformes aux exigences de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. (). ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. L'administration invite, en même temps, le contribuable à faire parvenir son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition, prorogé, le cas échéant, dans les conditions prévues au deuxième alinéa de cet article. ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les rectifications envisagées, de façon à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon entièrement utile. En revanche, sa régularité ne dépend pas du bien-fondé de ces motifs. En outre, aucune disposition législative ou réglementaire ne fait obligation à l'administration de mentionner les dispositions du code général des impôts sur lesquelles les redressements sont fondés.
11. M. et Mme A ont été assujettis à des cotisations supplémentaires en matière d'impôt sur le revenu au titre des années 2013, 2014 et 2015 tirant les conséquences fiscales des rehaussements proposés en matière de bénéfices industriels et commerciaux, selon la procédure contradictoire sur le fondement de l'article L. 55 du livre des procédures fiscales. Les propositions de rectification du 6 décembre 2016 et des 9 et 10 février 2017 comportent la désignation de l'impôt concerné, les années d'imposition, la base d'imposition, les motifs de faits et de droit ainsi que les conséquences financières. Si M. et Mme A reprochent également au service de ne pas avoir précisé si les conditions d'exploitation de l'entreprise Zine Services permettaient d'utiliser une méthode de reconstitution des recettes par " extrapolation de données ", cette circonstance est sans incidence sur la motivation des propositions de rectification, dès lors que les motifs de fait sont suffisamment explicités pour être discutés. Par suite, M. et Mme A ne sont pas fondés à soutenir que les propositions de rectification seraient insuffisamment motivées au sens des dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales.
12. En cinquième lieu, l'article L. 103 du livre des procédures fiscales dispose : " L'obligation du secret professionnel, telle qu'elle est définie aux articles 226-13 et 226-14 du code pénal, s'applique à toutes les personnes appelées à l'occasion de leurs fonctions ou attributions à intervenir dans l'assiette, le contrôle, le recouvrement ou le contentieux des impôts, droits, taxes et redevances prévus au code général des impôts. /Le secret s'étend à toutes les informations recueillies à l'occasion de ces opérations. Pour les informations recueillies à l'occasion d'un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle, l'obligation du secret professionnel nécessaire au respect de la vie privée s'impose au vérificateur à l'égard de toutes personnes autres que celles ayant, par leurs fonctions, à connaître du dossier. ". Il résulte de ces dispositions que lorsque l'administration fiscale entend fonder un rehaussement sur des éléments de comparaison issus de données chiffrées provenant d'autres entreprises, elle doit, pour assurer le caractère contradictoire de la procédure, sans méconnaître le secret professionnel protégé par l'article L. 103 du livre des procédures fiscales, désigner nommément ces entreprises mais ne fournir au contribuable que des moyennes ne lui permettant pas de connaître, fût-ce indirectement, les données propres à chacune d'elles.
13. M. et Mme A reprochent à l'administration d'avoir corroboré la reconstitution de recettes à partir de données issues d'entreprises qu'elle a considérées comme équivalentes sans avoir mentionné le chiffre d'affaires de chacune de ces entreprises alors que son chiffre d'affaires se limite à celle d'une " auto-entreprise ". Toutefois, il résulte de l'instruction que l'annexe 4 jointe à chacune des propositions de rectification mentionne les noms des entreprises prises pour comparaison, leurs numéros SIREN et les données moyennes de ces entreprises en matière de recettes, de charges, de résultats, de rémunérations et de charges sociales au titre des années d'imposition en litige. Dans ces conditions, alors que l'administration fiscale ne pouvait fournir les données propres de chacune de ces entreprises, le moyen doit être écarté.
14. En sixième lieu, M. et Mme A font valoir que la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires, qui a été modifiée par l'interlocutrice départementale lors de la réunion du 5 septembre 2017, postérieurement à la clôture de la vérification de comptabilité, en ce qu'elle a tenu compte de la moyenne entre les encaissements reconstitués et le chiffre d'affaires d'entreprises considérées comme similaires, n'a pas fait l'objet d'un débat contradictoire. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que l'interlocutrice départementale se serait livrée à une nouvelle vérification de comptabilité, celle-ci ayant uniquement utilisé les données propres à l'exploitation en sa possession, résultant des opérations de vérification de comptabilité menées antérieurement. En outre, s'agissant des éléments de comparaison, il résulte également de l'instruction que ceux-ci étaient mentionnés dans les différentes propositions de rectifications adressées aux requérants, qui ont pu en discuter avant la mise en recouvrement des impositions en litige, certaines entreprises retenues initialement ayant d'ailleurs été exclues par l'interlocutrice départementale suite aux demandes des requérants, leurs conditions d'exploitation n'étant pas similaires. Ainsi, répondant à leur propre saisine, et faisant en partie droit à leurs demandes, M. et Mme A ne sont pas fondés à soutenir que la procédure d'imposition aurait été viciée pour ce motif.
15. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 256 du livre des procédures fiscales : " Un avis de mise en recouvrement est adressé par le comptable public compétent à tout redevable des sommes, droits, taxes et redevances de toute nature dont le recouvrement lui incombe lorsque le paiement n'a pas été effectué à la date d'exigibilité. /Un avis de mise en recouvrement est également adressé par le comptable public compétent pour la restitution des sommes, droits, taxes et redevances de toute nature mentionnés au premier alinéa et indûment versés par l'Etat. /L'avis de mise en recouvrement est individuel. Il est émis et rendu exécutoire par l'autorité administrative désignée par décret, selon les modalités prévues aux articles L. 212-1 et L. 212-2 du code des relations entre le public et l'administration. Les pouvoirs de l'autorité administrative susmentionnée sont également exercés par le comptable public compétent. /Les modalités d'application du présent article sont fixées par décret en Conseil d'Etat. ". Aux termes de l'article R. 256-1 du même livre : " L'avis de mise en recouvrement prévu à l'article L. 256 indique pour chaque impôt ou taxe le montant global des droits, des pénalités et des intérêts de retard qui font l'objet de cet avis. /L'avis de mise en recouvrement mentionne également que d'autres intérêts de retard pourront être liquidés après le paiement intégral des droits. /Lorsque l'avis de mise en recouvrement est consécutif à une procédure de rectification, il fait référence à la proposition prévue à l'article L. 57 ou à la notification prévue à l'article L. 76 et, le cas échéant, au document adressé au contribuable l'informant d'une modification des droits, taxes et pénalités résultant des rectifications. /(). ".
16. M. A soutient que l'avis de mise en recouvrement du 31 octobre 2017 a été émis en méconnaissance des dispositions précitées de l'article R. 256-1 du livre des procédures fiscales dès lors qu'il fait seulement référence aux propositions de rectification des 6 décembre 2016, 9 février 2017 et 10 février 2017 et aux réponses à ses observations des 23 et 30 mars 2017 et ne renvoie pas à la lettre du 25 septembre 2017 de l'interlocutrice départementale qui propose de modifier à la baisse le montant des droits dus en matière de taxe sur la valeur ajoutée au titre des exercices clos en 2013 et en 2015. Toutefois, il résulte de l'instruction que ce document a été adressé à M. A par lettre recommandée avec accusé de réception et qu'il en a accusé réception le 30 septembre 2017. Ainsi, M. A, qui a été informé de la modification du calcul des droits mis à sa charge avant leur mise en recouvrement n'a été privé d'aucune garantie de procédure dont il était en droit de bénéficier. Dans ces conditions, l'avis de mise en recouvrement du 31 octobre 2017, qui mentionne le montant global des droits dus correspondant à ceux figurant dans le courrier de l'interlocutrice départementale, des pénalités et des intérêts de retard et des périodes d'imposition, est entaché seulement d'une erreur matérielle, qui n'a privé le contribuable d'aucune garantie et n'a pu avoir d'influence sur la possibilité pour le requérant de contester utilement les montants mis en recouvrement. Par suite, ce moyen doit être écarté.
Sur le bien-fondé des impositions en litige :
17. En ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée, les impositions en litige ayant été établies selon la procédure de taxation d'office, il appartient aux requérants, en application de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales, d'établir leur caractère exagéré. En ce qui concerne les bénéfices industriels et commerciaux, l'administration fiscale a dressé un procès-verbal de défaut de présentation de comptabilité le 9 mai 2016, de telle sorte qu'il appartient également aux requérants d'établir l'exagération de leur imposition en application du troisième alinéa de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales.
18. Ainsi, il leur incombe de démontrer que la méthode de reconstitution des recettes utilisée présente un caractère excessivement sommaire ou est radicalement viciée. S'ils ne sont pas en mesure d'établir le montant exact des résultats en s'appuyant sur une comptabilité régulière et probante, ils peuvent soit critiquer la méthode d'évaluation que l'administration a suivie en vue de démontrer que cette méthode a abouti, au moins sur certains points et pour un certain montant, à une exagération des bases d'imposition, soit encore, aux mêmes fins, soumettre à l'appréciation du juge une nouvelle méthode d'évaluation permettant de déterminer les bases d'imposition avec une précision meilleure que celle qui pouvait être atteinte par la méthode primitivement utilisée par l'administration.
19. Pour reconstituer le chiffre d'affaires de la période en litige, M. A n'ayant pu présenter de comptabilité, un procès-verbal ayant été dressé en ce sens le 9 mai 2016, l'administration fiscale s'est initialement appuyée sur deux facturiers découverts lors de l'intervention inopinée, lesquels comportaient 27 factures réparties sur 21 jours, 10 jours en 2015 et 11 jours en 2016, 28 factures manquant, à partir desquels elle a reconstitué une recette moyenne par jour à partir des jours pour lesquels une recette était connue. Elle a ensuite appliqué cette recette aux jours non indiqués sur les facturiers pour déterminer la recette annuelle. Elle a ensuite corroboré cette reconstitution par l'analyse des encaissements bancaires sur les comptes professionnels et personnels de M. et Mme A et des données comptables d'entreprises similaires. Faute de justificatif, elle s'est fondée sur ces éléments pour déterminer un taux de charge. Il résulte toutefois de l'instruction, qu'à la suite de l'interlocution départementale du 5 septembre 2017, l'administration fiscale a finalement, pour déterminer les recettes de l'entreprise, tenu compte des seuls crédits apparaissant sur les comptes bancaires des requérants identifiés contradictoirement comme professionnels auxquelles elle a additionné, ces crédits ne correspondant pas selon elle à la totalité des recettes, espèces et chèques perçues, des sommes de respectivement 21 718 euros, 27 822 euros et 26 580 euros pour 2013 à 2015 correspondants aux recettes éludées tirées des seuls paiements de loyer commercial par le requérant dont il n'a pu justifier l'origine. Ce montant, qualifié de chiffre d'affaires reconstitué à minima a été comparé aux entreprises du même secteur, dépourvues de salariés. L'administration a ensuite fait la moyenne de ces chiffres d'affaires pour parvenir au chiffre d'affaires reconstitué avant d'appliquer le taux de charge de ces entreprises. Il en est résulté une diminution des redressements notifiés tant à la taxe sur la valeur ajoutée qu'à l'impôt sur le revenu.
20. En premier lieu, pour démontrer le caractère excessivement sommaire ou radicalement vicié de la méthode de reconstitution des recettes, M. et Mme A contestent, le nombre de factures pris en compte par l'administration, dès lors que celle-ci ne pouvait se fonder que sur 23 factures pour reconstituer le chiffre d'affaires de son entreprise ainsi que la méthode de reconstitution initialement retenue sur différents points. Toutefois, ainsi qu'il a été dit précédemment, l'administration fiscale a, en dernier lieu, abandonné cette méthode de reconstitution pour y substituer, le 5 septembre 2017, celle décrite ci-dessus. Partant ce moyen, inopérant en toutes ses branches, ne peut qu'être écarté.
21. En deuxième lieu, M. et Mme A soutiennent que l'administration fiscale ne mentionne pas pour chacune des entreprises avec lesquelles son activité a été comparée l'année de leur création et le nombre de salariés, alors que M. A travaille seul. Toutefois, il résulte de l'instruction que le service n'a pas tenu compte, à bon droit, du facteur lié à la création de l'entreprise dès lors que l'année de création de l'entreprise de M. A n'était pas connue de manière certaine et qu'elle n'est pas établie dans la présente instance. En outre, s'agissant du nombre de salariés, il résulte du compte-rendu du 25 septembre 2017 que l'interlocutrice départementale, à l'issue de la réunion du 5 septembre 2017, a modifié le panel des entreprises sélectionnées en ne retenant que celles dépourvues de salarié. Par suite, le moyen doit être écarté.
22. En troisième lieu, M. et Mme A soutiennent que les bases imposables reconstituées sont exagérées eu égard aux encaissements bancaires sur leurs comptes bancaires personnels et professionnels, lesquels font état de " recettes professionnelles " qui se situent dans la limite du régime fiscal de la microentreprise au titre des années 2013 à 2015 et sont ainsi bien inférieurs à la moyenne des recettes du panel concurrentiel pris en référence par l'administration et aux chiffres d'affaires reconstitués par extrapolation. Toutefois, ainsi qu'il a été dit, en l'absence de comptabilité présentée par M. A lors de la vérification de comptabilité, le service a procédé à la reconstitution du chiffre d'affaires de l'entité Zine Services, en dernier lieu, sur la base, d'une part, des recettes présentes sur les différents comptes bancaires des requérants, identifiées contradictoirement comme professionnelles. D'autre part, l'administration démontrant, ainsi que le relèvent notamment les différentes propositions de rectifications, que les intéressés avaient perçu des recettes éludées en espèce ou que certains chèques clients étaient libellés au nom de tiers, notamment pour payer le loyer commercial de l'entreprise, elle a additionné dans un premier temps aux recettes bancaires le montant des loyers commerciaux dont l'origine n'était pas justifiée. Par ailleurs, ces recettes reconstituées ne représentant pas l'intégralité des recettes éludées, différentes sommes en liquide ayant été retrouvée dans les locaux de l'entreprise notamment, M. et Mme A ne justifiant pas de leur origine, le service a comparé ce chiffre d'affaires reconstitué avec celui d'entreprises du même secteur exerçant leur activité dans des conditions comparables. Dans ces circonstances, en réalisant une moyenne entre les chiffres d'affaires ainsi obtenus, avant d'y appliquer le taux de charge de ces différentes entreprises, ce dernier n'étant justifié par aucun élément, l'administration fiscale s'est fondée sur des éléments propres aux conditions d'exploitation, les requérants n'établissant pas que seuls ces encaissements bancaires permettraient d'établir les recettes de l'entité Zine Services et reflèteraient ainsi la réalité économique de ladite entreprise. Dans ces conditions, M. et Mme A n'établissent pas que la méthode utilisée de reconstitution suivie par l'administration fiscale tant pour déterminer ses recettes et son chiffre d'affaires, que ses charges, serait excessivement sommaire ou radicalement viciée. Dès lors, ce moyen ne peut qu'être écarté.
23. En dernier lieu, M. A ne peut utilement soutenir, pour contester les rappels de taxe sur la valeur ajoutée, que l'examen de situation fiscale personnelle dont il a fait l'objet avec son épouse n'a révélé aucun enrichissement personnel.
24. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme A n'établissent pas que la méthode de reconstitution retenue par l'administration aurait été radicalement viciée ni qu'elle aboutirait à un résultat exagéré.
25. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée portant sur la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2015 mis à la charge de M. A ainsi que des cotisations supplémentaires d'impôts sur le revenu auxquelles M. et Mme A ont été assujettis au titre des années 2013, 2014 et 2015, doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
26. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme que M. et Mme A demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes, enregistrées sous les numéros 1914805 et 1914815, sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 28 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bertoncini, président,
Mme Saïh, première conseillère,
Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2024.
La rapporteure,
signé
Z. Saïh
Le président,
signé
T. BertonciniLa greffière,
signé
M. C
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2 et 1914815
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