Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2003048
mardi 25 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2003048 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 5 mars 2020, 26 mai 2020, 1er juin 2020, et un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1, enregistré le 29 février 2024, Mme A B demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2013.
Elle soutient que :
- la procédure est irrégulière dès lors qu'aucune proposition de rectification ne lui a été régulièrement adressée ce qui l'a empêché de bénéficier d'un débat oral et contradictoire ;
- la procédure de vérification de la société par actions simplifiée unipersonnelle Permis HV, dont elle était gérante, est irrégulière dès lors que la société n'a pas été informée du début des opérations de vérification ;
- ni les avis d'imposition ni la mise en demeure de payer ne lui ont été régulièrement adressés ;
- sa situation financière et personnelle est précaire.
Par des mémoires enregistrés le 28 avril 2020 et le 12 juin 2020, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise, dans le dernier état de ses écritures, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées, par courrier du 4 juin 2024, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce qu'en vertu de la décision QPC n° 2017-643 du 7 juillet 2017 du Conseil constitutionnel, le coefficient de 1,25 prévu au 7 de l'article 158 du code général des impôts ne peut pas être appliqué à l'assiette des contributions sociales en matière de revenus réputés distribués visés notamment à l'article 109 du même code.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Froc,
- et les conclusions de M. Chabauty, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B exerçait la fonction de gérante de la société par actions simplifiée unipersonnelle Permis HV qui exerçait une activité d'apprentissage de la conduite et qui a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de la période du 1er novembre 2012 au 31 décembre 2013 étendue au 31 décembre 2014 en ce qui concerne la TVA. A l'issue de ce contrôle ainsi que d'un contrôle sur pièces des déclarations de Mme B et aux termes d'une proposition de rectification du 6 avril 2016, le service a rapporté au revenu imposable de l'intéressée de l'année 2013, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, les bénéfices rehaussés de cette société dont elle a été regardée comme bénéficiaire en sa qualité de maître de l'affaire. Les suppléments d'impôt sur le revenu et de contributions sociales correspondants ont été mis en recouvrement le 31 juillet 2016. A la suite du rejet de sa réclamation, Mme B demande la décharge des impositions ainsi mises à sa charge au titre de l'année 2013.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation ". Pour être régulière, la notification d'une proposition de rectification à un contribuable doit être effectuée à la dernière adresse officiellement communiquée à l'administration fiscale aux fins d'y recevoir ses courriers.
3. Il est constant que le pli contenant la proposition de rectification du 6 avril 2016 a été envoyée au nom de Mme B au 70 rue de Landy Saint-Denis (93210) qui était, selon le service, la dernière adresse connue de la contribuable. Si la requérante indique qu'ayant mis fin à son bail en octobre 2015, elle ne résidait plus à cette adresse avant l'envoi de la proposition de rectification, il résulte de l'instruction et notamment de l'accusé de réception électronique correspondant, qu'elle n'en a informé l'administration que le 11 mai 2016 à l'occasion de la souscription en ligne de sa déclaration de revenus de l'année 2015. Dans ces conditions, et faute pour Mme B de produire, ainsi qu'il lui incombe, un document en ce sens, elle n'établit pas qu'elle aurait avisé l'administration de son changement d'adresse avant l'envoi de la proposition de rectification du 6 avril 2016. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que, faute d'avoir été libellé à sa nouvelle adresse, le pli correspondant ne lui aurait pas été régulièrement notifié, et n'est pas davantage fondée à soutenir qu'elle n'aurait pas bénéficié de ce fait d'un débat oral et contradictoire.
4. En deuxième lieu, en raison du principe d'indépendance des procédures de rectification menées à l'encontre, d'une part, d'une société par actions simplifiée unipersonnelle et, d'autre part, de ses associés, les irrégularités de la procédure de redressement suivie à l'encontre de la société par actions simplifiée unipersonnelle sont sans incidence sur l'imposition personnelle des associés au titre des revenus distribués entre leurs mains. Par suite, la requérante ne saurait utilement soutenir que la procédure suivie lors du contrôle de la SASU Permis HV est viciée, dès lors que l'administration n'aurait pas informé la société du début des opérations de vérification, à l'appui de ses conclusions à fin de décharge de suppléments d'impôts sur le revenu auxquels elle a été assujettie.
5. En troisième lieu, les irrégularités qui entacheraient les avis relatifs aux impositions recouvrées par voie de rôle sont sans influence sur la régularité ou le bien-fondé de ces impositions. Par suite, Mme B ne peut utilement se prévaloir, au soutien de ses conclusions à fin de décharge du supplément d'impôt sur le revenu qui lui a été assigné au titre de l'année 2013, de ce qu'elle n'aurait pas reçu les avis d'imposition correspondants. Par ailleurs, la requérante ne peut davantage utilement, dans le cas du présent litige d'assiette, contester la mise en demeure de payer en date du 19 septembre 2016 qui constitue un acte de recouvrement.
Sur le bien-fondé des impositions :
S'agissant de l'application du coefficient de 1,25 prévu par le 7 de l'article 158 du code général des impôts pour la détermination des bases imposables aux contributions sociales :
6. Dans sa décision n° 2017-643/650 QPC du 7 juillet 2017, le Conseil constitutionnel a déclaré conformes à la Constitution les dispositions du c du paragraphe I de l'article L. 136-6 du code de la sécurité sociale, sous la réserve énoncée au paragraphe 17 de cette décision, tenant à ce que les dispositions de cet article " ne sauraient, sans méconnaître le principe d'égalité devant les charges publiques, être interprétées comme permettant l'application du coefficient multiplicateur de 1,25 prévu au premier alinéa du 7 de l'article 158 du code général des impôts pour l'établissement des contributions sociales assises sur les bénéfices ou revenus mentionnés au 2° de ce même 7 ". Il résulte de l'instruction que les suppléments de contributions sociales auxquels Mme B a été assujettie au titre de l'année 2013, assises sur des revenus réputés distribués en application des dispositions du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, ont été déterminés à partir de bases d'imposition auxquelles a été appliqué un coefficient multiplicateur de 1,25. Ainsi, l'administration fiscale a méconnu l'autorité absolue de la chose jugée qui s'attache à la réserve d'interprétation formulée par le Conseil constitutionnel dans la décision susmentionnée. Par suite, il y a lieu de prononcer la décharge des impositions résultant de l'application du coefficient multiplicateur de 1,25 aux bases imposables aux contributions sociales de l'année 2013, ainsi que des pénalités correspondantes.
S'agissant du surplus des impositions :
7. Les difficultés personnelles et financières de Mme B étant sans incidence sur le bien-fondé des impositions restant à sa charge, la requérante ne saurait utilement en tirer argument pour solliciter la décharge de ces impositions.
D É C I D E :
Article 1er : Les bases d'imposition aux contributions sociales auxquelles Mme B a été assujettie au titre de l'année 2013 sont réduites du montant correspondant à l'application du coefficient de 1,25 prévu au 7 de l'article 158 du code général des impôts.
Article 2 : Mme B est déchargée, en droits et pénalités, des suppléments de contributions sociales établies au titre de l'année 2013 et correspondant à la réduction des bases d'imposition définie par l'article 1er du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à A B et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 11 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Huon, président ;
M. Viain, premier conseiller
Mme Froc, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juin2024.
La rapporteure,
signé
E. FROC
Le président,
signé
C. HUON La greffière,
signé
A. TAINSA
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2003048
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