Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2005725

mardi 6 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2005725
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantSCHIANO-GENTILETTI FIONA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 juin 2020 et 4 mai 2023, la société Foncière Lyonnaise, représenté par Me Schiano-Gentiletti, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer la décharge des cotisations de taxe d'enlèvement des ordures ménagères auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2016 et 2017 à raison d'un immeuble dont elle est propriétaire au 45 / 46, quai Alphonse Le Gallo à Boulogne-Billancourt ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- l'immeuble dont elle est propriétaire étant intégralement pris à bail par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), elle est exonérée de taxe d'enlèvement des ordures ménagères en application de l'article 6 du protocole additionnel n° 1 à la Convention de coopération économique européenne sur la capacité juridique et les immunités de l'Organisation ;

- contrairement à ce que fait valoir l'administration fiscale, ces stipulations sont bien applicables alors même que l'OCDE n'a que le statut de locataire de l'immeuble dès lors que la taxe d'enlèvement des ordures ménagères est refacturée au locataire, bénéficiaire effectif du service de collecte et de traitement des ordures ménagères, comme la loi l'autorise ;

- elle est également fondée à demander l'exonération de cette taxe en application des dispositions du II de l'article 1521 du code général des impôts dès lors que l'OCDE est une organisation internationale, dont l'État français est membre et qui constitue une personne morale de droit public à but non lucratif, dépourvue de caractère industriel ou commercial et qui exerce une mission d'intérêt général à caractère scientifique en matière économique.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 janvier 2023, le directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le protocole additionnel n° 1 à la Convention de coopération économique européenne sur la capacité juridique, les privilèges et les immunités de l'Organisation, signé à Paris le 16 avril 1948 ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Amazouz, rapporteur,

- et les conclusions de M. Bories, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société Foncière Lyonnaise a été assujettie à des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties et de taxe d'enlèvement des ordures ménagères au titre des années 2016 et 2017, à raison d'un ensemble immobilier dont elle est propriétaire situé 45 / 46, quai Alphonse Le Gallo à Boulogne-Billancourt, qui ont été mises en recouvrement les 31 août 2016 et 31 août 2017. Par une réclamation du 10 mai 2017, elle a contesté l'évaluation cadastrale de cet ensemble immobilier et sollicité une réduction de ces impositions au titre de l'année 2016, à hauteur d'une somme totale de 245 565 euros, et une mise à jour de la base imposable de ces taxes pour l'année 2017. Par une décision du 19 février 2020, l'administration fiscale a prononcé le dégrèvement partiel des impositions des années 2016 et 2017, à hauteur respectivement des sommes de 147 358 euros et 142 029 euros. A l'appui de sa requête, la société Foncière Lyonnaise demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations de taxe d'enlèvement des ordures ménagères auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2016 et 2017 à raison de cet immeuble.

Sur les conclusions à fin de décharge :

2. D'une part, aux termes de l'article 6 du protocole additionnel n° 1 à la Convention de coopération économique européenne sur la capacité juridique, les privilèges et les immunités de l'Organisation, applicable à l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en vertu du protocole n° 2 à la convention de l'OCDE : " L'Organisation, ses avoirs, revenus et autres biens sont : / (a) exonérés de tout impôt direct. Toutefois, l'Organisation ne demandera pas l'exonération d'impôts qui ne constituent que la simple rémunération de services d'utilité publique ; / () ". Il résulte des termes mêmes de ces stipulations, interprétées dans leur contexte et à la lumière de leur but, que l'exonération d'impôts directs qu'elles prévoient ne s'applique qu'à l'Organisation elle-même.

3. D'autre part, aux termes de l'article 1521 du code général des impôt, relatif à la taxe d'enlèvement des ordures ménagères : " I. - La taxe porte sur toutes les propriétés soumises à la taxe foncière sur les propriétés bâties () / II. - Sont exonérés : / () Les locaux sans caractère industriel ou commercial loués par l'État, les départements, les communes et les établissements publics, scientifiques, d'enseignement et d'assistance et affectés à un service public, / () ". Aux termes de l'article 1523 de ce code : " La taxe est imposée au nom des propriétaires ou usufruitiers et exigible contre eux et leurs principaux locataires. / () ".

4. Pour demander l'exonération des cotisations de taxe d'enlèvement des ordures ménagères en litige, la société Foncière Lyonnaise se prévaut des stipulations précitées de l'article 6 du protocole additionnel n° 1 à la Convention de coopération économique européenne sur la capacité juridique, les privilèges et les immunités de l'Organisation et de la circonstance que le bien immobilier dont elle est propriétaire est loué et occupé par l'OCDE. Toutefois, la société requérante ne peut utilement se prévaloir de ces stipulations, qui, ainsi qu'il a été dit au point 2 du présent jugement, ne peuvent bénéficier qu'à l'OCDE elle-même. À cet égard, la circonstance que la société Foncière Lyonnaise mette à la charge de l'occupant de l'ensemble immobilier le montant de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères est sans incidence dès lors qu'elle est le redevable légal de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères à raison de sa qualité de propriétaire du bien immobilier. En outre, la société requérante ne peut davantage utilement se prévaloir des dispositions précitées du II de l'article 1521 du code général des impôts, qui sont d'interprétation stricte, dès lors que les organisations internationales ne figurent pas parmi les personnes publiques visées par ces dispositions. Ainsi, la société Foncière Lyonnaise n'est pas fondée à demander l'exonération des cotisations de taxe d'enlèvement des ordures ménagères en litige.

Sur les frais liés au litige :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que la société Foncière Lyonnaise demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Le présent litige n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions tendant à ce que l'État y soit condamné ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Foncière Lyonnaise est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la Société foncière lyonnaise et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 10 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

M. Amazouz, premier conseiller,

Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.

Le rapporteur,

signé

S. AmazouzLe président,

signé

T. Bertoncini

La greffière,

signé

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.