Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2011014

mardi 11 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2011014
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation8ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 octobre 2020 et des mémoires complémentaires qui n'ont pas été communiqués, enregistrés les 29 avril 2023 et 13 mai 2024, M. B A agissant au nom des copropriétaires indivis de l'entreprise individuelle de M. D A, demande au tribunal :

1°) la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les revenus et de prélèvements sociaux auxquelles le foyer fiscal de M. D A et de Mme C A a été assujetti au titre des années 2011 et 2012 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les créances de l'administration fiscale sont éteintes en l'absence de déclaration de son titre au domicile élu de la succession dans les quinze mois à compter de sa publicité dès lors qu'il a accepté la succession à concurrence de l'actif net le 30 décembre 2024, conformément à l'article 792 du code civil ;

- le privilège du trésor n'est applicable qu'à compter de la mise en recouvrement de l'impôt qui a été mise en œuvre postérieurement à l'extinction de la créance de l'administration fiscale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mai 2021, l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal d'île de France conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

Les parties ont été informées, par courrier du 29 avril 2024 en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions portant sur l'existence et la portée du privilège du trésor.

M. A a présenté des observations en réponse à ce moyen d'ordre public, enregistrées le 13 mai 2024, qui ont été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de procédure civile ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère,

- et les conclusions de M. Bories, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. L'entreprise A D qui exerce une activité de locations de matériels (grue- camion-grues), a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période allant du 1er janvier 2011 au 31 décembre 2012. A l'issue de ces opérations, des rehaussements dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux au titre des années 2011 et 2012 ont été notifiés à l'ensemble des ayants-droits de M. D A, décédé le 19 juillet 2013, dont M. B A, par une proposition de rectification du 2 décembre 2014. M. A, dont la réclamation du 27 décembre 2019 a été rejetée par décision du 18 août 2020, demande au tribunal la décharge en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les revenus mises à sa charge au titre des années 2011 et 2012.

Sur le bien-fondé des impositions :

2. Aux termes de l'article 768 du code civil : " L'héritier peut accepter la succession purement et simplement ou y renoncer. Il peut également accepter la succession à concurrence de l'actif net lorsqu'il a une vocation universelle ou à titre universel. ". Aux termes de l'article 787 du même code : " Un héritier peut déclarer qu'il n'entend prendre cette qualité qu'à concurrence de l'actif net. ". Aux termes de l'article 788 du même code : " La déclaration doit être faite au greffe du tribunal de grande instance dans le ressort duquel la succession est ouverte. () La déclaration est enregistrée et fait l'objet d'une publicité nationale, qui peut être faite par voie électronique. ". Aux termes de l'article 791 de ce code : " L'acceptation à concurrence de l'actif net donne à l'héritier l'avantage () 3° De n'être tenu au paiement des dettes de la succession que jusqu'à concurrence de la valeur des biens qu'il a recueillis. ". Et aux termes de l'article 792-1 du même code : " A compter de sa publication et pendant le délai prévu à l'article 792, la déclaration arrête ou interdit toute voie d'exécution et toute nouvelle inscription de sûreté de la part des créanciers de la succession, portant tant sur les meubles que sur les immeubles. Toutefois, pour l'application des dispositions de la présente section et sous réserve de la signification prévue à l'article 877, les créanciers saisissants sont considérés comme titulaires de sûretés sur les biens et droits antérieurement saisis. ". Aux termes de l'article 1334 du code de procédure civile : " La déclaration d'acceptation à concurrence de l'actif net faite au greffe du tribunal de grande instance indique les nom, prénoms et profession de l'héritier, son élection de domicile ainsi que la qualité en vertu de laquelle il est appelé à la succession. Le greffe inscrit la déclaration dans un registre tenu à cet effet et en donne récépissé au déclarant. Il informe l'héritier de l'obligation de publicité prévue au troisième alinéa de l'article 1335. Les cohéritiers, les créanciers successoraux et les légataires peuvent, sur justification de leur titre, consulter la partie du registre relative à la succession en cause. " Aux termes de l'article 1335 du même code : " La publicité prévue aux articles 788, 790 et 794 du code civil est faite au Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales. ".

3. Le requérant soutient que les créances de l'administration fiscale sont éteintes en l'absence de déclaration de son titre au domicile élu de la succession dans les quinze mois à compter de sa publicité dès lors qu'il a accepté la succession à concurrence de l'actif net le 30 décembre 2024, conformément à l'article 792 du code civil. Toutefois, le moyen tiré de l'opposabilité de l'article 792 du code civil précité et de l'extinction de la créance de l'administration fiscale met en cause l'existence de l'obligation de payer et l'exigibilité d'une créance au sens des dispositions de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales relatives au contentieux du recouvrement de l'impôt. Ainsi il ne peut être utilement présenté dans le cadre du présent litige, qui constitue, selon les conclusions du requérant, un contentieux d'assiette. Par suite, ses conclusions tendant à la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les revenus et de prélèvements sociaux auxquelles ole foyer fiscal de M. et Mme A a été assujetti au titre des années 2011 et 2012 ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions portant sur l'existence et la portée du privilège du Trésor :

4. A supposer que le requérant ait entendu former des conclusions portant sur l'existence et la portée du privilège du Trésor, liées notamment à sa publicité, qui concernent l'exigibilité de l'impôt et l'existence d'une obligation de payer, celles-ci ne peuvent être portées que devant le juge judiciaire. Par suite, ces conclusions ne peuvent qu'être rejetées.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à la décharge en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquels M. A et les copropriétaires indivis de l'entreprise individuelle de M. D A ont été assujettis au titre des années 2011 et 2012 doivent être rejetées ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A agissant au nom des copropriétaires indivis de l'entreprise individuelle de M. D A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal d'île de France.

Délibéré après l'audience du 15 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

M. Eustache, premier conseiller,

Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.

La rapporteure,

Signé

S. Cuisinier-HeisslerLe président,

Signé

T. Bertoncini

La greffière,

Signé

K. Nabunda

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2011014