Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2012260
mardi 28 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2012260 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés les 27 novembre 2020, 9 mai 2023 et 22 avril 2024, Mme A C demande au tribunal de lui accorder la décharge de son obligation solidaire de payer la somme de 25 418,70 euros correspondant, d'une part, aux cotisations d'impôt sur le revenu mises à sa charge au titre des années 2006 à 2008, ainsi qu'aux pénalités y afférentes, et d'autre part à la cotisation de taxe d'habitation mise à sa charge au titre de l'année 2018, ains qu'aux pénalités correspondantes.
Elle soutient que :
- elle est divorcée de M. C avec lequel elle ne disposait ni de compte bancaire joint ni de procuration mutuelle entre leurs comptes ;
- elle avait avec celui-ci un contrat moral aux termes duquel il s'occupait seul des impôts si bien qu'elle ignorait l'existence de cette dette fiscale alors que le couple ne vivait pas dans l'abondance ;
- elle a désormais, le 24 mai 2021, contracté un crédit à la consommation pour l'achat d'un véhicule motorisé dont le montant mensuel des remboursements s'élève à 432,67 euros ;
- elle prendra sa retraite au 1er semestre 2024.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 11 février 2021 et 26 mai 2023, le directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bertoncini, président-rapporteur,
- et les conclusions de M. Bories, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C a épousé M. C le 5 juillet 1997 sous le régime de la communauté de biens réduite aux acquêts sans souscrire de contrat de mariage. Le couple a finalement divorcé le 14 février 2019. Mme C a sollicité, en dernier lieu le 7 juillet 2020, la décharge de son obligation solidaire de paiement de cotisations à l'impôt sur le revenu et à la taxe d'habitation, ainsi que des pénalités y afférentes, mises à sa charge au titre respectivement des années 2006 à 2008 et de la seule année 2008, en application du II de l'article 1691 bis du code général des impôts. Après le rejet de sa demande, elle demande au tribunal de lui accorder la décharge de son obligation solidaire de payer la somme de 25 418,70 euros correspondant, d'une part, aux cotisations d'impôt sur le revenu mises à sa charge au titre des années 2006 à 2008, ainsi qu'aux pénalités y afférentes, et d'autre part, à la cotisation de taxe d'habitation mise à sa charge au titre de l'année 2018, ains qu'aux pénalités correspondantes.
2. D'une part, aux termes de l'article 1691 bis du code général des impôts, dans sa rédaction alors applicable : " I. Les époux et les partenaires liés par un pacte civil de solidarité sont tenus solidairement au paiement : 1° De l'impôt sur le revenu lorsqu'ils font l'objet d'une imposition commune ; 2° De la taxe d'habitation lorsqu'ils vivent sous le même toit. / II. 1. Les personnes divorcées ou séparées peuvent demander à être déchargées des obligations de paiement prévues au I ainsi qu'à l'article 1723 ter-00 B lorsque, à la date de la demande : / a) Le jugement de divorce ou de séparation de corps a été prononcé ou la convention de divorce par consentement mutuel prenant la forme d'un acte sous signature privée contresigné par avocats a été déposée au rang des minutes d'un notaire () 2. La décharge de l'obligation de paiement est accordée en cas de disproportion marquée entre le montant de la dette fiscale et, à la date de la demande, la situation financière et patrimoniale, nette de charges, du demandeur. Elle est alors prononcée selon les modalités suivantes : a) Pour l'impôt sur le revenu, la décharge est égale à la différence entre le montant de la cotisation d'impôt sur le revenu établie pour la période d'imposition commune et la fraction de cette cotisation correspondant aux revenus personnels du demandeur et à la moitié des revenus communs du demandeur et de son conjoint ou de son partenaire de pacte civil de solidarité. () b) Pour la taxe d'habitation, la décharge est égale à la moitié de la cotisation de taxe d'habitation mise à la charge des personnes mentionnées au I ; () d) Pour les intérêts de retard et les pénalités mentionnées aux articles 1727,1728,1729,1732 et 1758 A consécutifs à la rectification d'un bénéfice ou revenu propre au conjoint ou au partenaire de pacte civil de solidarité du demandeur, la décharge de l'obligation de paiement est prononcée en totalité. Elle est prononcée, dans les autres situations, dans les proportions définies respectivement au a pour l'impôt sur le revenu, au b pour la taxe d'habitation et au c pour l'impôt sur la fortune immobilière () ". En l'absence de dispositions réglementaires précisant l'application du critère fixé au 2 du II de cet article, il appartient aux juges du fond, saisis d'un recours concernant une demande de décharge de l'obligation solidaire de paiement de l'impôt sur le revenu, d'apprécier souverainement l'existence, à la date de la demande, d'une disproportion marquée entre le montant de la dette fiscale des conjoints, anciens conjoints ou partenaires, et la situation financière et patrimoniale, nette de charges, du demandeur.
3. D'autre part, aux termes de l'article 382 bis de l'annexe II au code général des impôts : " La demande en décharge de responsabilité prévue par les dispositions du II de l'article 1691 bis du code général des impôts () est appuyée de toutes les justifications nécessaires à l'appréciation de la situation financière et patrimoniale, nette de charges, du demandeur. ". Aux termes de l'article 382 ter de l'annexe II à ce code : " Le directeur () se prononce dans un délai de six mois à compter de la date de sa réception sur la demande de décharge de responsabilité. Ce délai peut être prorogé dans la limite de trois mois après information du demandeur par lettre simple. Lorsque l'administration demande la production de pièces complémentaires nécessaires à l'instruction de la demande, le délai d'instruction mentionné au premier alinéa est suspendu jusqu'à la date fixée pour produire les pièces requises. Toutefois, la production de ces pièces avant l'expiration du délai fixé met fin à cette suspension. ". Enfin, aux termes du dernier alinéa de l'article 382 quater de l'annexe II au même code : " Le demandeur ne peut soumettre au juge des pièces justificatives autres que celles qu'il a déjà produites à l'appui de la demande de décharge de responsabilité qu'il a présentée au directeur (), ni invoquer des faits autres que ceux exposés dans cette demande. ".
4. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que le bénéfice de la décharge de responsabilité solidaire, prévue par les dispositions du II de l'article 1691 bis du code général des impôts, est subordonné, notamment, à la justification, par le demandeur, de l'existence d'une disproportion marquée entre le montant de sa dette fiscale et sa situation financière et patrimoniale, nette de charge, à la date de la demande. En l'absence d'éléments suffisants de nature à apporter cette justification, l'administration peut, à tout moment, inviter le demandeur à les communiquer. Dès lors qu'une telle invitation a été adressée dans le délai de six mois à compter de la réception de la demande, la date à laquelle la situation du demandeur doit être appréciée et à laquelle cette demande doit être instruite au vu des seuls éléments de fait et des pièces justificatives dont il pourra faire état tout au long de la procédure administrative et contentieuse, ne peut alors être regardée que comme celle de la réception par l'administration des éléments nécessaires à l'examen de cette demande. Il n'en va autrement que si la demande est déjà assortie des éléments nécessaires à son examen, ou si le demandeur communique ces éléments au-delà du délai de six mois à compter de la réception de cette demande, éventuellement prorogé par une invitation de l'administration à les produire. La date à laquelle la situation du demandeur doit être appréciée est alors celle de sa demande, en réponse à laquelle est née, le cas échéant, une décision implicite de rejet.
5. Mme C a adressé une demande en décharge de responsabilité solidaire par un courrier reçu par l'administration fiscale le 19 novembre 2019. Il est constant que cette demande n'était assortie d'aucun justificatif et qu'elle a été classée sans suite le 16 janvier 2020, faute pour la requérante d'avoir répondu à la demande de production de pièces du 19 novembre 2019. La requérante a toutefois produit, les 7 juillet et 16 septembre 2020 les pièces complémentaires qui lui avaient été demandées précédemment. Cette demande, qui a été analysée comme une nouvelle demande, a été rejetée le 12 octobre 2020. Dans ces conditions, les dernières pièces produites et nécessaires à l'examen de sa demande l'ayant été le 16 septembre 2020, c'est à cette date que l'administration devait apprécier sa situation. Il s'ensuit que l'existence d'une disproportion marquée entre la dette fiscale de Mme C et sa situation financière et patrimoniale doit être appréciée à cette date, les pièces produites postérieurement ne pouvant être retenues dans la présente instance.
6. A cette date il n'est pas contesté que la requérante, qui ne possédait aucun patrimoine immobilier, percevait un salaire mensuel de 1 861 euros et disposait d'une épargne de 226 euros, le total de ses charges s'élevant à 917 euros mensuels. Ainsi, à la date à laquelle l'administration devait apprécier sa situation, la dette fiscale de la requérante atteignait près de 25 419 euros alors qu'elle disposait d'une revenu annuel net de charges de 11 328 euros, sa capacité de remboursement mensuelle étant alors de 944 euros. Dans ces conditions, il n'existait pas à cette date de disproportion marquée entre le montant de la dette fiscale réclamée à Mme C et sa situation financière et patrimoniale, nette de charges. Par suite, et indépendamment du comportement fiscal de cette dernière, l'administration était fondée, pour ce seul motif, à refuser sa demande de décharge de responsabilité solidaire.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C ne peut qu'être rejetée.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 3 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bertoncini, président,
Mme Saïh, première conseillère,
M. Eustache, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mai 2024.
Le président-rapporteur,
signé
T. BertonciniL'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
signé
Z. Saïh
La greffière,
signé
M. B
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2012260
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