Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2101663

mardi 30 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2101663
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème Chambre (JU)
Avocat requérantURBINO ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 février 2021 et le 13 janvier 2022, M. B A, représenté par Me Oulad Bensaid, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, de condamner solidairement la société Colas, son assureur la société SMA et le département du Val-d'Oise à lui verser la somme totale de 7 892,80 euros en réparation de ses préjudices résultant de son accident du 27 septembre 2016 survenu sur la voie publique ;

2°) à titre subsidiaire, d'ordonner une expertise aux fins de l'évaluation de son préjudice corporel ;

3°) de déclarer le jugement commun à la caisse primaire d'assurance maladie du Val-d'Oise ;

4°) de mettre à la charge solidaire de la société Colas, de son assureur la société SMA et du département du Val-d'Oise les entiers dépens ;

5°) de mettre à la charge solidaire de la société Colas, de son assureur la société SMA et du département du Val-d'Oise une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a été victime d'un accident sur la voie publique le 27 septembre 2016, ayant chuté alors qu'il circulait à moto sur la chaussée du rond-point situé au croisement entre la rue d'Arsonval et de l'avenue du douzième régiment des cuirassiers à Gonesse (95) ;

- cette chute est intervenue en raison de l'état de la chaussée qui, faisant alors l'objet de travaux par la société Colas, comportait un nid de poule et était parsemée de cailloux et graviers, dangers qui ne faisaient l'objet d'aucun signalement ;

- les dommages résultant de cet accident sont de nature à engager la responsabilité solidaire de la société Colas et du département du Val-d'Oise à son égard sur le fondement de leur responsabilité à l'égard des usagers de la voirie pour défaut d'entretien normal de la voirie ;

- il a subi du fait de cet accident un préjudice financier s'élevant à la somme de 992,80 euros, un préjudice matériel s'élevant à 900 euros et un préjudice corporel s'élevant à 6 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2021, le conseil départemental du Val-d'Oise, représenté par Me Di Francesco, conclut :

1°) à titre principal, au rejet des conclusions dirigées à son encontre ;

2°) à titre subsidiaire, à ce que la société Colas et son assureur la société SMA le garantissent de toute condamnation pouvant être prononcée à son encontre ;

3°) à la mise à la charge de M. A, de la société Colas et de son assureur la société SMA de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- à titre principal, seule la responsabilité de société Colas peut être engagée dans la survenance de l'accident litigieux dès lors qu'il incombait à cette société, en vertu du marché de travaux publics qui lui avait été confié de terrassement et d'assainissement de la chaussée sur le tracé de la ligne de Bus à Haut Niveau de Service (BHNS) entre la gare RER D de Villiers-le-Bel -Gonesse - Arnouville et la gare RER B du Parc des Expositions de Villepinte sur lequel se trouve le lieu de l'accident de M. A, de prendre toute mesure propre à éviter que ces travaux dont elle avait la charge ne présentent un danger pour la circulation, ;

- à titre subsidiaire, si sa responsabilité devait être engagée, la société Colas et son assureur devraient le garantir des condamnations prononcées à son encontre en application de l'article 1.6.3 du cahier des clauses administratives particulières applicable au marché de travaux qui lui avait été confié.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 9 novembre 2021 et le 31 août 2022, la société Colas et son assureur la société SMA, représentées par Me Humbert, concluent :

1°) à titre principal, au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, à ce que le département du Val-d'Oise les garantisse de toute condamnation pouvant être prononcée à leur encontre ;

3°) à la mise à la charge de M. A et du département du Val-d'Oise de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles font valoir que :

- M. A n'établit pas que la chaussée sur laquelle il a chuté présentait des défauts de nature à faire présumer un défaut d'entretien normal de l'ouvrage, ni que ceux-ci auraient été tels qu'ils nécessitaient de faire l'objet d'une signalisation ;

- il ne démontre pas davantage, par les pièces qu'il produit, de lien de causalité entre les défauts de la chaussée, ouvrage public, dont il fait état, et son accident ;

- la responsabilité de la société Colas ne saurait être engagée dès lors que l'entretien de la voirie incombait au département ;

- la circonstance que M. A, travaillant à 200 mètres du lieu de l'accident, avait une bonne connaissance des lieux, est de nature à exonérer la société Colas de sa responsabilité ;

- les graviers visibles sur les photographies versées à l'instance ne sont pas localisés au lieu de l'accident ;

- M. A n'établit pas la réalité et l'étendue de ses préjudices.

La procédure a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie du Val-d'Oise qui n'a pas produit d'observations, en dépit d'une mise en demeure qui lui a été adressée le 14 octobre 2021.

Par ordonnance du 2 septembre 2022, la clôture d'instruction fixée au 5 septembre 2022 a été reportée au 3 octobre 2022.

Vu

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Moinecourt comme juge statuant seule dans les matières prévues par l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Moinecourt, magistrate désignée ;

- les conclusions de Mme David-Brochen, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Nezondet, représentant le conseil départemental du Val-d'Oise, et de Me Roux, représentant la société Colas et la société SMA.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, a été victime, le 27 septembre 2016, d'une chute au volant de sa motocyclette, alors qu'il circulait sur un rond-point situé au croisement entre la rue d'Arsonval et de l'avenue du douzième régiment des cuirassiers à Gonesse (95), dont la chaussée faisait alors l'objet de travaux confiés par le département du Val-d'Oise à la société Colas, qu'il impute à la présence de graviers et d'un nid de poule sur la chaussée. L'intéressé a été transporté par un témoin présent sur place à l'hôpital de Gonesse où lui ont été constatées plusieurs lésions et a été placé en arrêt de travail pour une durée de 31 jours. M. A a présenté deux demandes indemnitaires préalables notifiées au département du Val-d'Oise et à la société Colas respectivement les 18 et 19 mai 2020 qui ont été rejetées. Par la présente requête, M. A demande au tribunal de condamner solidairement le département du Val-d'Oise, la société Colas et son assureur la société SMA à l'indemniser des préjudices qu'il a subis du fait de son accident du 27 septembre 2016 à hauteur de 7 892,80 euros. Le département du Val-d'Oise, d'une part, et la société Colas et son assureur, d'autre part, concluent au rejet de la requête et s'appellent mutuellement en garantie.

Sur les conclusions indemnitaires de M. A :

2. Il appartient à l'usager d'un ouvrage public qui demande réparation d'un préjudice qu'il estime imputable à cet ouvrage de rapporter la preuve de l'existence d'un lien de causalité entre le préjudice invoqué et l'ouvrage. Le maître de l'ouvrage ne peut être exonéré de l'obligation d'indemniser la victime qu'en rapportant, à son tour, la preuve soit de l'entretien normal de l'ouvrage, soit que le dommage est imputable à une faute de la victime ou à un cas de force majeure.

3. Il résulte de l'instruction que M. A a été victime d'un accident le 27 septembre 2016 aux alentours de 22 heures alors qu'il circulait à motocyclette sur un rond-point situé au croisement entre la rue d'Arsonval et de l'avenue du douzième régiment des cuirassiers à Gonesse. Il impute cette chute à un défaut d'entretien normal de l'ouvrage au regard de la présence de graviers sur la chaussée pour lesquels le département, et la société Colas chargée de travaux sur ce tronçon de la chaussée, n'auraient prévu aucun dispositif de signalisation. Cependant, d'une part, l'attestation produite par un collègue du requérant, témoin des faits, établie près de neuf mois après les faits, est très peu circonstanciée et ne permet pas d'établir que les graviers ou tout autre obstacle présents sur la chaussée auraient été la cause de la chute de M. A. D'autre part, les photographies versées à l'instance par le requérant, horodatées du 27 septembre 2016, au cours de la nuit peu après la chute, et du 29 septembre 2016, en journée, montrent une chaussée en très bon état, présentant une faible quantité de graviers sur le bas-côté et une anfractuosité de faible largeur de faible profondeur ne pouvant être qualifiée de nid-de-poule. Ces éléments photographiques ne démontrent ainsi nullement que cette présence de gravillons et d'anfractuosités non signalées sur la voie de circulation excédaient, eu égard à leur importance et à leurs caractéristiques, ce que tous les usagers de la voie publique doivent normalement s'attendre à rencontrer. Dans ces conditions, les éléments apportés par M. A ne peuvent être regardés comme révélant un défaut d'entretien normal de la dépendance du domaine public en cause, de sorte que la responsabilité des défendeurs ne saurait être engagée.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise en vue de l'évaluation de son préjudice corporel, que les conclusions indemnitaires de M. A ne peuvent qu'être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur la faute exonératoire de la victime invoquée en défense.

Sur l'appel en garantie :

5. Il résulte de ce qui précède que le présent jugement ne retient pas la responsabilité du département du Val-d'Oise ni de la société Colas et de son assureur. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'appel en garantie mutuels présentées par les défendeurs ne peuvent qu'être rejetées.

Sur la déclaration de jugement commun à la CPAM du Val-d'Oise :

6. Seuls peuvent se voir déclarer commun un jugement rendu par une juridiction administrative, les tiers dont les droits et obligations à l'égard des parties en cause pourraient donner lieu à un litige dont la juridiction saisie eût été compétente pour connaître et auxquels pourrait préjudicier ce jugement dans des conditions leur ouvrant droit à former tierce-opposition à ce jugement. En l'espèce, la CPAM du Val-d'Oise a été régulièrement mise en cause. Dès lors, les conclusions de M. A à fin de déclaration en jugement commun doivent être rejetées.

Sur les dépens :

7. En l'absence de dépens exposés, les conclusions présentées par le requérant tendant à leur remboursement ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. () ".

9. Les dispositions précitées font obstacle à ce que soit mise à la charge du département du Val-d'Oise, de la société Colas et de son assureur, la société SMA qui ne sont pas dans la présente instance les parties perdantes, les sommes demandées par M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. A le versement de sommes au département du Val-d'Oise, à la société Colas et à son assureur, la société SMA, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les conclusions des défendeurs en ce sens seront ainsi rejetées.

DECIDE :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la société Colas, à la Société SMA, au département du Val d'Oise et à la caisse primaire d'assurance maladie du Val d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.

La magistrate désignée,

signé

L. Moinecourt

La greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.